La distribution de la taille des firmes est telle qu'il existe des millions de petites et de moyennes entreprises mais seulement une poignée de multinationales dont les profits et la valorisation en bourse sont équivalentes au PIB de certains pays. Les journalistes comparent ainsi régulièrement les valorisations en bourse et les PIB de différentes nations. A ce petit jeu, Apple fait arme égale avec le 16ième plus gros PIB au monde, celui de l'Indonésie, Amazone égalise la Turquie, Alphabet Inc et Microsoft Corp tutoient les Pays-Bas.
Comparaison n'est pas raison et le PIB des Etats n'a rien à voir avec la valorisation boursière des firmes mais ces chiffres permettent cependant de réaliser l'hétérogénéité extrême du système productif. En effet à côté des “champions nationaux”, l'économie des nations est constituée de millions de petites et de moyennes entreprises. Cette hétérogénéité des entreprises peut se mesurer de différentes manières, en terme de valorisation boursière, de chiffres d'affaire mais aussi en terme d'emplois.
En 2019, la France comptait 3,1 millions de TPE et PME, soit 99,8 % du nombre total d’entreprises dont la plupart étaient des microentreprises. Ces entreprises réalisaient 36% du chiffre d'affaire total des entreprises françaises. Seulement la moitié des salariés étaient employés dans ces entreprises, ce qui représentait tout de même 7 millions d'emplois.
Parmi ces millions d'entreprises, lesquelles sont exportatrices? Que représentent la part des exportations des grandes entreprises dans le commerce international des nations? Quelles sont les caractéristiques des firmes exportatrices? Comment les coûts à l'exportation jouent sur la distribution des firmes qui exportent?
Ces questions sont relativement récentes en économie internationale. Les modèles Ricardiens et HOS traitaient des coûts de production mais l'analyse était focalisée sur les nations. Le Portugal exportait du vin et l'Angleterre des draps, en bref le commerce international était une affaire macroéconomique. De la même façon le modèle canonique de concurrence monopolistique en économie internationale, le modèle de Krugman (1980), suppose une firme représentative de l'ensemble des firmes exportatrices; les exportations d'une nation sont donc la somme des exportations de n firmes identiques. Face à une variation des coûts aux échanges, seul le nombre de firmes peut évoluer.
Mais dès lors que l'on prend la mesure de l'hétérogénéité des firmes, ce genre d'analyse devient insuffisante. Nous souhaiterions en effet savoir comment les PTE, les PME et les grandes entreprises réagissent sur les différents marchés internationaux face à des chocs de demande (crise de 2008, COVID-19) et d'offre (concurrence des produits asiatiques, révolution technologique). La marge intensive de ces différentes entreprises, c'est à dire l'ajustement des ventes, est en particulier fondamental pour comprendre les performances à l'export. En d'autres termes, une analyse plus microéconomique est nécessaire.
Depuis les années 2000, cette démarche microéconomique est au cœur des recherches en économie internationale. L'un des points importants de ces travaux est de focaliser le débat sur la productivité des firmes, et notamment sur les seuils de productivité à partir desquels les firmes exportent sur un ou plusieurs marchés. Ce focal sur les productivités a donné un nouveau souffle aux recherches sur la compétitivité et notamment sur la distinction ancienne entre compétitivité prix (coûts du travail, des biens intermédiaires dont l'énergie et des services, change) et compétitivité hors-prix (variété et qualité des produits).
Voici une vidéo pour mes étudiants en L3 Option Economie Internationale sur les nouvelle théories du commerce international.
Cette première partie du cours traite de l'importance de la taille du marché (ou de l'accès au marché) qui permet d'agglomérer des activités (les ateliers du monde) et de développer des territoires jouant le rôle de plateforme aux exportations.
Présentation simplifiée du modèle monopolistique allant de l'économie internationale à l'économie géographique.
Quelques illustrations des conséquences de l'intégration sur l'agglomération des activités en Europe, en Chine et en France.
Voici donc une vidéo d'introduction aux équations de gravité en économie internationale (très pédagogique, accessible à tous les niveaux, je ferai une vidéo plus technique dans les prochains jours).
D'où vient la "surabondance d'épargne au niveau mondial" (global saving glut)? En partie de l'économie Chinoise que nous allons brièvement analysées ici. Avant de rentrer dans le vif du sujet, il peut être utile de rappeler que la balance commerciale (export - import) s'égalise au différentiel d'épargne et d'investissement:
Balance commerciale = Epargne - Investissement
Un pays qui a une épargne plus importante que son investissement a obligatoirement une balance commerciale excédentaire. C'est le cas de la Chine, d'une grande partie des pays d'Asie de l'Est et de l'Allemagne. A l'inverse dans le cas où l'investissement est supérieur à l'épargne, la balance commerciale est déficitaire, c'est le cas de la France, d'une grande partie des pays européens et des Etats-Unis. Les déficits des uns au niveau mondial sont forcément les excédents des autres, mais quel est le facteur explicatif initial.
Remarquons tout d'abord que la relation précédente ne nous indique rien sur le sens de la causalité. Dans certains cas c'est la balance commerciale qui affecte le déséquilibre entre épargne et investissement et dans d'autres cas c'est l'inverse.
En ce qui concerne l'économie chinoise, la causalité initiale semble aller des exportations vers l'épargne.
Au terme d'une succession de réformes débutées en 1978, la Chine a réussi à industrialiser plusieurs zones spécifiques, dont de grandes villes côtières. La hausse des salaires, qui accompagne l'industrialisation, a cependant été limitée par le flux constant de nouveaux arrivants. En effet comme dans tout pays en développement il y avait (et il y a sans doute toujours) un surplus de travail important dans le secteur agricole (chômage déguisé), qui en se déversant dans les villes a contenu la hausse des coûts salariaux.
Ainsi les salaires ont progressé moins vite que les gains de productivités entraînant une hausse de la profitabilité du secteur, permettant progressivement plus d'investissements (conformément à la théorie de Lewis (1954), voir ce doc du FMI de Das et N'Diaye (2013) pour une discussion sur la fin de ce mécanisme).
La Chine a aussi joué sur son taux de change pour renforcer sa compétitivité avec une sous-évaluation très claire sur la période 1984-2003 que nous avions documenté ici (voir surtout la fin du post d'Elisa, section 5, sur les différentes périodes de sous-évaluation du yuan).
Le dynamisme du secteur industriel a eu des retombées dans les services enclenchant un développement local de plus en plus fort. Or la croissance des revenus entraîne mécaniquement une croissance des montants épargnés. Si l'on rajoute a cela que la politique de l'enfant unique a eu pour conséquence évidente qu'un seul enfant supporte la charge financière de ses deux parents (en 2005, 50% des revenus des personnes de plus de 60 ans provenaient de la famille, d'après cette étude de Choukhmane, Coeurdacier et Jin (2014)), on comprend mieux les comportements d'épargne en Chine qui ont été (et sont toujours) excessifs par rapport aux autres nations (l'épargne représente environ 50% du revenu national).
Notons de plus qu'outre l'émergence d'une classe moyenne, les très hauts revenus ont explosés en Chine. La part des revenus détenus par les 1% les plus riches a ainsi augmenté de 120% entre 1986 et 2003, or sachant que le PIB réel a en moyenne augmenté de 200% sur cette période on mesure en partie l'accroissement inédit des richesses en Chine. Les chiffres sont encore plus impressionnants si l'on prend une période plus longue comme en témoigne Alvaredo et al. (2016) et Piketty et al. (2016) dont les résultats sont résumés dans le tableau suivant.
Cependant, en raison du sous-développement du secteur financier (et d'un désir de diversification des portefeuilles), les gestionnaires de ces capitaux ont cherché des débouchés à l'international, les Etats-Unis et l'Europe ont été les principaux bénéficiaires. La crise de 2008 a freiné momentanément ces flux, mais les investissements sont repartis à la hausse depuis. Le seul changement notable concerne le fait que ces excédents extérieurs (qui étaient investis en titres publics au travers des réserves de change) financent désormais un nombre croissant d'acquisitions d'entreprises.
En 2015, les acquisitions d'entreprises faites en Europe par des entreprises chinoises s'élevait à 38 Mds de $. Notons que ce changement pourrait avoir des conséquences sur les marchés, en effet alors que les achats d’obligations à l’étranger par les investisseurs chinois ont eu tendance à faire baisser les taux d’intérêt à long terme, les acquisitions pourraient faire monter les cours
boursiers américains et européens.
La Chine n'est qu'un exemple marquant de cet excès d'épargne (le Japon, les pays de l'OPEP et l'Allemagne, ont pour des raisons différentes aussi un excédent) qui s'investit en Europe et aux Etats-Unis. Aussi, si nous revenons à notre équation précédente, il semble cette fois que la causalité aille de l'investissement vers la balance commerciale: c'est l'écart entre l'épargne et l'investissement qui creuse la balance commerciale.
Pour caricaturer, d'après cette thèse si les pays développés (notamment les USA) importent plus qu'ils n'exportent, cela n'a rien à voir avec la faiblesse des exports, mais avec l'importance des importations, causée par une forte consommation (e.g. immobilier avant la crise des sub-prime) et à un fort investissement (e.g. gaz de schiste), eux même rendus possible grâce à des taux d'intérêt faibles causés par cet excessive épargne.
Le problème de déficit commercial ne serait donc pas un problème interne de compétitivité mais un problème externe.
La solution, n'est pas évidente, les chinois épargnent énormément parce qu'ils ont peur de l'avenir, notamment parce qu'ils ne disposent pas d'un système de retraite digne de ce nom. Une réforme fiscale d'envergure visant à financer une couverture des risques pourrait améliorer cette situation et enfin allumer le moteur d'une croissance interne en Chine qui peine à démarrer. Cette solution, qui implique de modifier en profondeur le système chinois, est donc plus facile à énoncer qu'à mener, mais la récente diminution du poids des exportations dans le PIB chinois (voir Gaulier, Zignago et Steingress, 2017) est peut-être une indication d'un changement de l'économie chinoise.
Le déficit commercial est un sujet qui revient sans cesse et qui inquiète nos politiques. Aux USA, le débat a été relancé par la nomination de Peter Navarro à la tête du National Trade Council et de ses déclarations alarmistes concernant le déficit commercial américain.
En France, ces commentaires ont été moins nombreux depuis le pic de -74,2 Md€ atteint en 2011 (il a depuis diminué puis légèrement augmenté cette année pour atteindre 50 Md€), mais des déclarations similaires ont très souvent été faîtes (et le seront à nouveau dans le futur).
Pour F. Bayrou, le déficit commercial c'était le "problème central" en 2012: "lorsque un pays s’appauvrit tous les mois, les emplois s’en vont. Soixante-dix milliards, c’est l’équivalent de la totalité du salaire annuel, avec les charges, de plus de 2 millions de salariés. Comme on a 2,5 millions de chômeurs à temps plein… Il ne faut pas chercher plus loin les raisons".
Pour le FN, même combat: "Cette dégradation catastrophique de la balance commerciale française est une calamité pour l’économie. Elle est nourrie en effet par la consommation des ménages, seule variable économique encore dans le vert, qui profite donc à plein à l’emploi étranger au détriment de l’emploi français. Ce sont les importations qui sont stimulées, et non la production nationale."
et ainsi de suite, vous trouverez les mêmes points de vue à gauche, droite et extrême gauche. Ces politiques expriment d'ailleurs sans doute ce qu'une partie de la population pensent qui est que face à la concurrence internationale de pays à bas salaires nos industries ne peuvent pas être compétitives et que la mondialisation est à la base d'une désindustrialisation et d'une perte de compétitivité. Mais le déficit commercial est-il la preuve de cette perte de compétitivité? Existe t-il un lien indiscutable entre déficit et désindustrialisation? Oui et non.
La balance commerciale est la différence entre exportation et importation, donc si les importations sont constantes, la seule raison d'un déficit est une baisse des exportations. Dans le cadre d'une politique de relance, le mécanisme peut être plus subtil dans le sens où la dépense publique peut à la fois entraîner davantage d'importation et susciter une appréciation du taux de change (assez peu vrai pour la France, mais vérifié pour les USA), dans un tel cas les importations deviennent moins chères alors que les exportateurs perdent en compétitivité. Le déficit commercial est alors clairement un signe de perte de compétitivité.
Dans ce post je n'aborderai pas les déterminants des déficits commerciaux que l'on voit dans les premiers cours de macro (i.e. l'épargne et l'investissement que j'aborde dans ce post du "global saving glut", et les déficits publics sur lesquels il faudra que je fasse un post), je vais en rester à cet argument simple des politiques, les importations, c'est mal, donc les déficits aussi.
Le problème de cette analyse est d'opposer de façon systématique la production et les importations, comme s'il y avait une substitution très forte entre les biens produits en France et les biens importés. Toute hausse des importations correspond à une baisse des conso "made in France" et donc affecte négativement le PIB. Consommer "français" serait ainsi un acte patriotique qui améliorerait notre richesse.
Mmm quel titre pour cette photo...le globe pour du made in France?
Alors, oui, il y a du vrai dans cette idée qui est à la base de tous les discours politiques. Il est possible que lorsque vous achetez des sous-vêtements produits ailleurs, vous n'achetiez pas de sous-vêtement français.
Ceci dit, sans jeu de mots, vu le prix de ces biens, il faut être bien sûr que si vous les achetez, vous ne renoncerez pas à un restau ou deux pour compenser, car dans ce cas, pas sûr que le bilan soit positif. L'exemple est évidemment cocasse, mais d'un point de vue général, il n'est pas évident qu'une politique protectionniste (e.g. une dévaluation, ou une hausse des droits de douane) améliorerait la situation économique de la nation.
Il y a quelques années, Charlotte Emlinger et Lionel Fontagné avaient évalué que les biens importés représentaient un gain pour le pouvoir d'achat des consommateurs allant de 100 à 300 euros par mois, ils concluaient cette étude par ce commentaire toujours d'actualité:
"La substitution de produits nationaux aux produits importés augmenterait la dépense sur les produits concernés, ce qui réduirait la consommation de services. Or il est tout à fait possible que le contenu en emplois des services, par euro de valeur ajoutée, soit plus important que celui des usines robotisées fabriquant les substituts aux biens importés".
Voir aussi cet article de Blaum et al (2016) qui montre que sans les importations de biens intermédiaires le prix des biens industriels français augmenteraient de 27%.
mais alors, il est où le problème?
Chercher à améliorer la balance commerciale est une obsession dangereuse. Une politique d'austérité qui appauvrirait les gens réussirait à merveille à réduire le déficit de la balance commerciale (où à créer un excédent comme en Allemagne), à l'évidence donc, la lutte contre ce déficit commercial ne peut être une fin en soi. Une réduction du coût du travail, qui affecte les performances à l'export, mais joue aussi sur la demande intérieure, peut être tout aussi contre-productive pour la nation. Ce débat passe de plus à côté d'un fait marquant, récemment relevé par ce rapport du CAE, le coût du travail ne représente que 23% de la valeur ajoutée des exportations, il reste donc de nombreux déterminants à analyser pour améliorer la compétitivité des entreprises qui peuvent être d'intéressantes obsessions économiques.
Inutile donc de copier sur son voisin et sa politique de modération salariale et de fragmentation internationale de son appareil productif, d'autres voies existent [Edit du 05/01/17 voir cette excellente comparaison des économies France/Allemagne]. Vous remarquerez au passage qu'un excédent de la balance n'est pas synonyme de gain net en termes d'emploi industriel...
Le management, la vie dans l'entreprise, la connaissance des marchés (e.g; maîtrise des langues et des cultures), l'investissement (en nouvelles technologies évidemment, mais aussi en maintenance, éducation, formation professionnelle) sont autant d'éléments qui comptent pour améliorer la productivité globale des facteurs et pour gagner des parts de marché.
Ce résultat ne devrait pas nous étonner, les études sur les sources de croissance économique avancent déjà depuis des décennies qu'une partie non négligeable des gains de productivité ne provient pas du travail et du capital physique mais d'éléments plus ou moins extérieurs qui permettent d'élever les capacités de production.
Si l'on adopte une perspective de long terme il est même possible d'aborder le problème du coût du travail et de la compétitivité d'une façon différente comme le font Bas et al (2015) qui discutent du marché immobilier en ces termes:
"Il faut souligner que l’ensemble de l’économie
française participe à la construction de la compétitivité
prix. Améliorer le fonctionnement du marché du logement,
par exemple, contribue à la compétitivité dans la mesure où
la hausse des loyers et de l’immobilier pèse sur le budget des ménages et conduit à terme à des hausses de salaires".
Evidemment espérons que nous n'ayons pas besoin d'un argument de compétitivité pour améliorer le fonctionnement du marché immobilier.
F. Candau
Quelques références citées dans ce post (attention honteuse auto-promo):
Candau Fabien, Florent Deisting, Julie Schlick, 2015. How Income and Crowding Effects Influence the World Market for French Wines with Florent Deisting and Julie Schlick, The World Economy, forthcoming, wp at ideas
Candau Fabien, Serge Rey, 2014. The Effect of the Euro on the Aeronautic Trade: a French Regional Analysis with Serge Rey, Economic Modelling, 2014 (41), wp at ideas.
Est-ce la mondialisation qui crée les inégalités ou le progrès technique? Evidemment ce sont les deux, et il est sans doute de plus en plus difficile de les séparer, mais c'est une habitude bien répandue que de chercher LE coupable. Dans les années 90, la mondialisation était considérée comme non coupable (selon les termes même d'un titre de Paul Krugman). Puis dans les années 2000, les certitudes ont commencé à vaciller, l'entrée de la Chine dans le commerce international a eu des conséquences assez importantes sur le marché du travail. On pouvait ainsi lire le même Krugman en 2007 sur vox-eu:
It’s no longer safe to assert that trade’s impact on the income distribution in wealthy countries is fairly minor. There’s a good case that it is big, and getting bigger. I’m not endorsing protectionism, but free-traders need better answers to the anxieties of globalisation’s losers.
Puis est venu le temps des travaux de David Autor et Gordon Hanson, qui mieux que personne ont quantifié les effets de cette mondialisation aux États-Unis. Vous verrez cependant que dans cette vidéo, ils sont loin de penser que la mondialisation est l'unique cause des inégalités (environ 20% des destructions d'emplois), dans d'autres travaux David Autor a d'ailleurs montré l'importance des progrès techniques pour expliquer la polarisation des emplois aux USA.
Voici enfin cette revue de litérature d'Helpman (2016), dont on pourrait extraire ceci: "Globalization has had only moderate effects on wage inequality".
On pourrait cependant rétorquer que les inégalités de salaires ne sont pas le problème central, ce sont surtout les inégalités de richesse ou de patrimoine qui sont inquiétantes à l'heure actuelle. En France par exemple, les 10 % les plus riches
possèdent la moitié du patrimoine des ménages, les 1 % le sixième. Alors certes, avec Helpman on pourrait considérer que l'évolution du patrimoine n'est pas directement lié à la mondialisation (du moins commerciale), cela dépend énormément du prix du foncier, de la démographie (i.e. concentration de l'héritage du patrimoine) et de la fiscalité (voir cette note sur une société d'héritiers).
"But what about the now-famous Autor-Dorn-Hanson paper on the “China shock”? Autor et al only estimate the effects of the, um, China shock, which they suggest led to the loss of 985,000 manufacturing jobs between 1999 and 2011. That’s less than a fifth of the absolute loss of manufacturing jobs over that period, and a quite small share of the long-term manufacturing decline.
I’m not saying that the effects were trivial: Autor and co-Autors show that the adverse effects on regional economies were large and long-lasting. But there’s no contradiction between that result and the general assertion that America’s shift away from manufacturing doesn’t have much to do with trade, and even less to do with trade policy."
J'ai surligné trivial, car il est hors de question de dire que la mondialisation n'a pas d'effet sur les inégalités, depuis toujours les économistes disent qu'il y a des travailleurs qui vont être durement touchés par la mondialisation et depuis toujours la question qui est posée est celle de la redistribution. L'impact de l'entrée de la Chine dans le commerce inter a affecté la distribution des revenus dans de nombreux pays (idem en ce qui concerne les accords régionaux tels que l'UE ou le NAFTA) et les répercussions ont d'ailleurs sans doute été différentes d'un pays à l'autre. D'après cette étude de Malgouyres (2016) en France l'effet inégalitaire n'a pas été détecté mais 13% des destructions d'emploi dans le secteur industriel sont dues au choc chinois avec un fort effet multiplicateur dans les services (voir Martin Anota pour un topo plus long sur cet article). Treize pourcents, c'est énorme, surtout si l'on songe qu'il y a eu d'autres chocs d'ouverture (i.e. l'Allemagne pour la France) mais il reste quand même un gros pourcentage des destructions qui n'est pas lié au commerce (songez que même la Chine se désindustrialise, dans ce cas là il est peut-être plus facile de comprendre que c'est bien la robotisation ainsi qu'une demande de services plus forte qui expliquent le relatif déclin de l'industrie). En ce qui concerne le marché du travail allemand, vous pourrez lire avec intérêt une étude similaire de Dauth, Findeisen, Suedekum (2014) ou Dauth et Suedekum (2015) avec une dimension plus régionale.
Oh, et si vous pensez que la mondialisation a accouché à elle seule d'un éléphant qui a fait beaucoup parlé de lui sur les réseaux récemment...
Figure 1: ça trompe énormément?
... lisez cet article de Caroline Freund et cette réponse de Lakner et Milanovic dont la prudence illustre l'intelligence (voir la section "B. Explanation"):
"We remain open to the possibility that globalization is part of the reason for the low income growth of the Western middle classes. It is unlikely to be an entire explanation; and actually no single factor can be".
Pour conclure, mondialisation et progrès technique sont intimement liés (les nouvelles techniques de communication ont permis de fragmenter l'appareil productif à l'échelle internationale, ont favorisé la mobilité des capitaux, la robotisation a engendré une polarisation des emplois et la mondialisation a abaissé les coûts de fabrication de ces robots etc), et ces deux facteurs sont sources d'inégalités internes et de croissance économique. L'énorme problème est que ces inégalités n'ont pas été corrigées (dans les pays anglo-saxons encore moins qu'ailleurs), elles ont même été relativisées dans les discours ce qui explique en partie la colère légitime des peuples.
To introduce "its" New Economic Geography, Krugman (1991) starts by facts "one of the most remarkable things about the United States is that [...] the bulk of the population resides in a few clusters of metropolitain areas. [...] nighttime satellite photos of Europe [] clearly suggest a center-periphery pattern whose hub is somehere in or near Belgium".
Here a picture of urban areas in 2010 (in red) in the US...
Not very red...
... and here a picture of light pollution by night in Europe where the Blue Banana or Core-Periphery scheme may be observed.
People are indeed not evenly distributed across space. Why? Mainly in reason of a trade-off between increasing returns and trade costs according to Krugman (1991). To understand this, think to the industrial revolution which by reducing dramatically trade costs and by fostering increasing returns (and thus wages and/or profits) in cities can explain partially the agglomeration of activities there.
Maybe when you are on a high speed train or when you think about futuristic ideas, like the Hyperloop, you wonder about the possible effects of these innovations on the location choice of people and firms.
Regional economics
In Krugman (1991), when trade costs are small enough then agglomeration forces dominate the dispersive ones and a virtuous circle of agglomeration occurs. This is the main result of Krugman (1991), let's now discuss the different effects that explain this result:
1) Local competition effect: an increase in the number of entrepreneurs in one region exacerbates local competition among firms. Thus new entry triggers a slump in the price index, and thereby in operating profits, too. So that in order to stay in the market, firms need to remunerate their workers less.
2) Market access effect: as the income generated by new entrepreneurs are spent locally, sales and operating profits increase and under the `zero profit condition' this implies a higher nominal wage.
When the local competition effect is smaller than the market access effect, you get the "home market effect": a country with a share of world demand for a good that is larger than average will obtain a more than proportional share of world production of that good. The HME is still analyzed in international economics, see for instance this Costinot et al. (2016) article (with the interesting title "The More We Die, The More We Sell?"), and also Behrens et al. (2009) and Crozet and Trionfetti (2008) for theoretical discussions and empirical tests.
3) Cost of living effect: goods are cheaper in a large agglomeration because imports are lower (many goods are produced there) and thus the burden of transaction costs too. Hence, the purchasing power of individuals are higher in this location, which attracts people.
This last effect has been less studied than the HME and it is quite dubious: the cost of living is considered by the layman as higher in large cities than in small ones, the reverse seems silly. However varieties consumed in small and large cities are not exactly the same, there is a bias due to the fact that in large cities wealthier households purchase more expensive varieties, a fact that is not in Krugman (1991). Handbury and Weinstein (2011) show that once they control for this composition effect, this cost of living effect is not so stupid, prices for the same good are actually lower in larger cities. One can however raise some doubt about its strength in comparison to the higher price of housing in large cities that heavy weight on the costs of living of individuals. In brief, agglomeration may destroy itself by increasing the cost of living in big cities.
By considering this, Krugman and Livas-Elizondo (1996) introduce urban costs (land rent, commuting) and reverse the result of Krugman (1991): trade integration leads to a dispersion of activities once urban costs are taken into account (see also Helpman, 1998; Murata and Thisse, 2005; Suedekum, 2006; Candau, 2011).
Differents authors have unified these two results, finding a process of dispersion-agglomeration-dispersion due to trade integration i.e. a rise and fall of regional inequality (Puga, 1998; Tabuchi, 1998). This bell shaped relationship between trade integration and agglomeration is certainly one of the main result of the NEG.
In France, Combes et al. (2008) find evidence of this concerning manufacturing and services that experienced bell-shaped spatial development curves, the agglomeration process reaching maxima around 1930. Kim (1998) has found the same result for the U.S. manufacturing industries, observing a dispersion tendency since 1950. At the European level, Brulhart and Traeger (2005) have observed a dispersion of activities at the national level and agglomeration at the regional one.
This is also a well verified fact in France, where the Core-Periphery pattern, considered by Gravier (1947) as "Paris and the French desert" has known a strong process of dispersion. Paris has lost activities and people relatively to Marseille, Lyon, Lille and many other large cities. In contrast, at the regional level, agglomeration has been the rule, these cities attracting activities from their immediate proximity. To illustrate this simply, just look this old "leopard" map of France (in red positive change of the population between 1975 and 1990, in green negative change). Obviously many other things can be said about this map, e.g. urban sprawl, but this is another story.
International economics
Krugman (1991) is a model belonging to the field of the regional economics because individuals working in the increasing returns sector can move from one region to another making wages endogeneous to location choices. This regional mobility of the labour force was not a feature of models developed in international economics, economists in that field were simply not interested by the local consequences of globalization such as the geographical change of activities inside a country (excepted Ohlin maybe).
Economists on international economics in the 90s were increasingly interested by trade of intermediate goods, this trade representing a growing part of international trade. Thus when Venables (1996) and Krugman and Venables (1995) propose a new version of Krugman (1991) with international trade of intermediate goods, the NEG takes a new dimension. The virtuous circle explaining agglomeration with this model is quite realistic. The agglomeration of firms producing intermediate goods leads to more competition implying a decrease of price that makes firms of the final goods more competitive, increasing their demand in local intermediate goods to save trade costs which fosters more agglomeration of firms in the intermediate sector and so on.
In this model, as in Krugman (1991), trade integration leads to a core-periphery pattern but this time at the international level. Interestingly, trade integration first leads to a divergence of income, and then when trade costs decrease even more, to convergence: the periphery gains in terms of real incomes, while the core nation can be a loser of this deeper integration. Gordon Hanson, a former Ph-D student of Paul Krugman, is certainly one of the authors of the NEG that has surpassed the master on this topic, with its analysis on the detrimental effect of trade with China on the U.S. economy in a series of article co-written with David Autor and David Dorn.
Urban economics
Finally Krugman (1991) becomes urban with Fujita and Krugman (1995) from which the following Figure is borrowed.
The virtuous circle is exactly the same than in Krugman (1991) but now used to analyze a typical topic of urban economics, the emergence of an urban system. This first paper is mainly on the conditions of agglomeration in a single city, but Krugman (1996) already question the size distribution of cities in the United States which follows "a simpler power law: the number of cities whose population exceeds S is
proportional to 1/S".
However, the low hanging fruits of the NEG seems to have been picked in the regional/international fields. For instance regarding the city size distribution, Gabaix and Ioannides (2004) wrote "Models of the new economic geography (Fujita et al. (1999)) in their pure forms fail the task of predicting a Zipf’s law, and in fact not even a power law". In fact the NEG has known only recently a real success in urban economics (more on this in the next post).
At the end of the twentieth century, the triumph of the NEG was however clear, Krugman and its co-authors have propulsed the NEG in the AER, QJE, JPE and some empirical applications of the NEG have found similar success; such as Ades and Glaeser (1995) finding that trade liberalization does not impact the size of urban primacy (once endogeneity is treated), Davies and Weinstein (1999, 2003) finding that agglomeration may be a stable equilibrium despite violent shocks, Hanson (1998) analyzing the US local labor market and its regional integration and so on.
A new generation of researchers led by Anthony Venables, Richard Baldwin and Jacques-François Thisse were ready to extend the NEG to various domains. We are going to survey this new wave in the next post from the the NEG applied to public policies and to quantitative models that have been recently developed.
As a soundtract: Arcade Fire (Krugman is a fan) with the song "Ready to start".
In the lyrics you can hear:
All the kids have always known
That the emperor wears no clothes
This is a good transition for what is following (maybe in two weeks): the kids of the second wave of the NEG, their disillusion and their success.
F. Candau
To learn more on the NEG:
The Spatial Economy
Cities, Regions, and International Trade
By Masahisa Fujita, Paul Krugman and Anthony J. Venables
Hanson, G. H. (2001) U.S.-Mexico Integration and Regional Economies: Evidence from Border-City Pairs, Journal of Urban Economics 50: 259-287.
Hanson, G. H. (2005) Market Potential, Increasing Returns, and Geographic Concentration. Journal of International Economics 67: 1-24.
Helpman, H. (1998) The Size of Region, In D. Pines, E. Sadka, and I. Zildcha (eds.). Topic in public economics. Theorical and Applied Analysis. Cambridge: Cambridge University Press, 33-54.
Krugman, P. (1991) Increasing Returns and Economic Geography. Journal of Political Economy 99: 483-499.
Krugman, P. and Livas, R. (1996) Trade policy and the third world metropolis. Journal of development Economics 49: 137-150.
Krugman P and Venables AJ (1995) Globalization and the inequality of nations. Quarterly Journal of Economics 110: 857-880
Murata Y and Thisse J-F (2005) A simple model of economic geography à la Helpman-Tabuchi. Journal of Urban Economics 58: 137-155.
Puga, D. (1999) Rise and fall of regional inequalities. European Economic Review 43: 303-334.
Sudekum J., (2006). Agglomeration and Regional Costs-of-Living, Journal of Regional Science 46, p 529-543.
Sudekum J., (2008). Regional Costs-of-Living with Congestion and Amenity Differences - An Economic Geography Perspective, Annals of Regional Science.
Tabuchi, T. (1998) Urban agglomeration and dispersion: a synthesis of Alonso and Krugman, Journal of Urban Economics 44: 333-351.
Venables, AJ. (1996) Equilibrium locations of vertically linked industries. International Economic Review 37: 341-359.
"The majority of trade is not across sectors but rather within industries. That is, instead of observing a country that exports tiles to import shirts, we observe a country that exports tiles to also import tiles, and we observe the same country to export and import shirts. Grubel and Lloyd (1975) developed an index, now known as the Grubel-Lloyd index, for measuring the fraction of trade flows that take place within industries as opposed to across sectors. Using this decomposition they showed that in many countries the majority of trade is intra-industry rather than intersectoral." H. Helpman, 2011, Understanding Global Trade, page 102.
As I explained in the previous post, the finding that "the majority of trade is intra-industry rather than intersectoral" explains why models of the New Trade Theory have known such a success since they typically analyze this trade of varieties between similar nations. When I teach this story to my students I always ask, as every teacher, "Have you got any questions?", they don't. It's a pity because many questions can be ask, such as "how do you define exactly an industry?", this is an important question because if you compute the Grubel and Lloyd indicator at different levels of the international classification of goods, you obviously don't have the same results (see below the comparison between 3-digit and 5-digit from Brulhart, 2009).
When you see this number, you realize there is "only" 43.7% of intra-industrial trade at the world level (at the 3-digit level) which means that there is still a large amount of trade that is intersectoral.
Furthermore, in the sentence of Helpman ("in many countries the majority of trade is intra-industry"), after questionning "the majority of trade" we also need to question who are these "many countries" between which intra-industry trade occurs.
Intrasectoral trade concerns mainly rich and intermediate countries (see the Figure below from Brulhart (2009), line Hi-Hi and Med-Hi), representing respectively around 40% and 30% of their trade. In contrast, one can observe that there is very few intra-sectoral trade between similar countries that are poors or between countries with intermediate level of incomes (Low-Low, Med-Med).
You also have to be skeptical about what are "similar products", indeed since the 80s, the literature has improved its description of intra-industry trade and has observed that a bulk of that trade concerns goods that are vertically differentiated. So don't mix up the theoretical models of the 80s that analyze trade of horizontally differenciated varieties and the reality. On the Figure below, from Fontagné, Freudenbeg and Gaulier (2006) you can see that vertical intra-EU12 trade has increased between 1980-99 while trade of varieties differenciated horizontally has been constant.
With Cabral et al. (2006) we can conclude that "the distinction between trade in horizontally and vertically differentiated products [...] seems to be as important as the distinction between inter-and intra-industry trade” (pg. 562).*
Another important point (quite related): many of the models that we use in the classroom speak about trade of final products. In fact, a large share of trade concerns trade in intermediate goods, and this is also true to explain intra-sectoral trade, see below the share of intra-sectoral goods by product group.
F. Candau
As a soundtract of this post, because he just won a well deserved Nobel Prize in literature, Bob Dylan, "Don't Think Twice, It's All Right".
Once upon a time, a famous researcher in international economics wanted to win new fans in regional and urban economics. This guy was famous for good reasons: he was one of the first to use a simple model with increasing returns, trade costs and monopolistic competition to analyse international trade and to obtain clear-cut results. The "home market effect" is one of them, in Krugman (1980) conditions under which countries export goods for which they have relatively large domestic markets are, maybe for the first time, clearly established. Obviously, Linder and many other have developed similar thesis by considering that specialization can come from the domestic demand, but the use of "small models applied to real problems, blending real-world observation and a little mathematics to cut through to the core of an issue" so typical to the MIT (see Cherrier (2014)) was new in international economics. [Edit 11/10/16: Today, P Krugman uses this Home Market Effect to explain the depreciation of the pound since the vote on Brexit]
In other simple models, Krugman (1979, 1981) explains intra-industry trade another real-world observation that cannot be explained with neo-classical models. With Helpman, they wrote in 1985 an important textbook for graduate, offering a integrated treatment of a variety of issues in international trade. The ambition was nothing less than "to make this branch part of the core of trade theory rather than merely a promising new area". This monograph has been very influential to popularize the New Trade Theory (NTT).
It was also the right moment. Indeed the conclusions of the NTT were that trade policies can be used strategically to protect some industries and in the 80s, in response to globalization and in particular competition from Japan; this kind of idea were useful for policymakers. For instance in 1983 Reagan raises tariffs to protect Harley-Davidson in an incomparable way, according to the New-York Times.
Obviously trade theorists, Krugman included, were against these policies, considering with Krishna, Hogan and Swagel (1994) that "it remains vital not to oversell such models to policymakers".
Many elements of the New Economic Geography of Krugman (1991) was already in Krugman (1980). In its own words (quoted by Robert-Nicoud and Behrens) "Why exactly I spent a decade between showing how the interaction of transport costs and increasing returns at the level of the plant could lead to the ‘home market effect’ and realizing that the techniques developed there led naturally to simple models of regional divergence (Krugman 1980, 1991a and c) remains a mystery to me. The only good news was that nobody else picked up that 100 dollars bill lying on the sidewalk in the interim."
Indeed in the 80s the bill lying on the sidewalk has not been picked but urban and regional economics has been an active field thanks to economists working on spatial competition and due to geographers.
Urban studies 1970-1990
While the international context was beneficial to economists of the NTT in the 80s, the urban situation was totally detrimental to neo-classical economists in urban studies. In the 70s and 80s, many large cities in developed countries have known dramatic downturn.
Industrial relocation and public deregulation have led to an important decline of many metropolis that we consider now as safe and beautiful. For instance in 1980 the number of homicides was three times higher than today in NY.
Source: O’Flaherty and Sethi (2014)
The incredible increase in cocaine, crack, heroin in the streets of these cities was also a new phenomenon (Narcos, big time).
I guess that economists and theirs models with perfect competition have found an hostile ground during that period. Beatrice Cherrier reports an interesting debate between economists, with Richardson (1973) criticizing Solow and Mirrlees for their (lack of) contributions as follows:
"The key impulse to urban economic research is … the urgent policy needs of how to handle and control metropolitan cities. A danger in papers of the kind discussed here is that they are likely to distract the attention of researchers away from the policy end of the spectrum towards the mathematical modeling end …This would be a good thing if the models developed were capable of aiding policy solutions, but my fear is that … the choice of model structures will be determined by their capacity to yield to mathematical tricks, and that this implies the most abstracts and simple cases. It would be a disaster if a policy-oriented field such as urban economics went the way of growth theory"
It becomes also clearer than never for economists that a world with constant returns and competition was a "world without cities" to quote Mills (1967, p198). In 1978, Starrett even presents an impossibility theorem of agglomeration with perfect competition (and homogeneous space)... It was time for urban economists to drop out their old models with perfect competition.
Two kinds of imperfect competition were considered as crutial to analyze the spatial economy: strategic interactions between firms that compete in price but also in term of location and increasing returns. Hotelling (1929) and its principle of minimum differenciation analyzed the first kind of imperfection (the NEG is born latter on the second one linking trade costs, increasing returns and monopolistic competition).
According to Hotelling, firms which compete to attract customers, minimize their spatial differentiation. In 1979, d'Aspremont, Gabszewicz and Thisse show that Hotelling was wrong since there is no price equilibrium in pure strategies when firms are agglomerated: price competition is a strong dispersive force, and firms that sell identical products, maximize their spatial differentiation to relax this competition. This analysis has stimulated many contributions on spatial competition in urban economics. One can notice that Hotelling was however "almost right" when firms compete in a multi-characteristic space (Irmen and Thisse, 1998). Hard to not see the agglomeration of restaurants that supply different kind of foods under that lens.
Despite these important works on spatial competition, the lack of a general model of monopolistic competition and increasing returns was clearly a drawback for economists.
About Geographers
In contrast, geographers have many new champions. Needless to say, what follows is not exhaustive, only suggestive of the dynamism of studies in human geography.
First, geography has known its quantitative revolution during the 60s. Many geographers were able to construct econometric models and to analyze very concrete problems. Brian Berry, winner of the Vautrin Lud Prize, was for instance a precursor in the analysis of many problems that are at the heart of urban economics. See for instance its JUE paper in 1976 in which he analyzes ghetto expansion and housing prices. In that study, he considers the urban housing stock as "racial filtering", black families became owners when white households left poor center for residential suburbs (see Boustan and Margo (2013) for a brief review of the literature on that subject and new results showing that up to one half of the national increase in black homeownership between 1940-1980 can be attributed to white suburbanization).
Jane Jacobs, urbanist, has also made significant contributions in urban economics. Jacobs (1969, 1984), for instance consider that technological spillovers between industries may be more important than inside industries to explain urban growth. This is an important point going against many theories (Marshall-Arrow-Romer and Porter) implying that the variety and the diversity of industries matter more than geographical specialization to foster innovation and growth.
The 70s and 80s also gave birth to behavioural and radical geography. David Harvey is a central figure of the radical movement. He wrote in 1973 a book "Social Justice and the City" which according to Urban Studies "makes quite clear that urban geography and non-marxist urban economics can never be quite the same again". In this book, which is surprisingly readable for an economist (Harvey speaks about Alonso, Muth, Smith and many other economists in respect), he proposes a marxist approach applied to cities, considering that over-accumulation of capital at the city level inevitably leads to urban crisis. After "The Limits to Capital" in 1983, the reputation and idea of Harvey were enough popular to influence many geographers and policy makers in the UK and in the US. I am however not sure of its influence on economists.
There is also new kinds of scientists interested by cities like Jay Forrester who was a computer engineer, known for the bullwhip effect, who wrote in 1969 Urban Dynamics with the aim to understand the complex system of cities with stocks, flows and many other parameters. His work has influenced the Club of Rome (its colleague, Dennis Meadows, was the director of the study "Limits to Growth") and many urban planners.
To conclude this section, one needs to keep things in perspective. Economists have met difficult challenges in the 70s and 80s and maybe the 80s have not produced long lasting models as the 60s (Alonso, 1964), or the 70s (Henderson, 1974) but many contributions were announcing the next revolution, in particular many papers by Masahisa Fujita (I will come back on that in the next post).
Furthermore, the decline of urban economics is debatable, Jennifer Roback (1982) for instance has written an important contribution on the role of amenities on wages, rents and on the quality of life that is still a reference (among many, see this paper by Rebecca Diamond on skill sorting). Furthermore, seminal models of the 60s have been used during the following decades to analyze different public policies, e.g. in urban public finance, see authors like Anas, Arnott, Brueckner, Wildasin, Zodrow etc.
The next post (here it is) is going to be on the NEG, if you cannot wait, start to read Peter Neary about the "hype and hyperbolas" of the NEG. Here the hype:
"[Fujita, Krugman and Venables] find the predictions of one model so plausible that they call it "History of the World, Part I" (p. 253); they describe the pattern of world industrialisation implied by another as "a story of breathtaking scope" (p. 277); and on his website Krugman expresses the hope that economic geography will one day become as important a field as international trade. This sort of hype, even if tongue-in-cheek, is not to everyone’s taste [...]. What next, the unconvinced reader may be tempted to ask? the tee-shirt? the movie?"
As a soundtrack, Max proposes Esctasy of Gold, I've found this version below interesting (Backened follows with it's optimistic view "Never a rebirth, evolution's end" that may be (or not!) a topical question concerning the NEG).
References
Alonso, W. (1964) Location and land use. Cambridge, MA:Harvard University Press.
Boustan, L, and R A Margo, 2013. "A Silver Lining to White Flight? White Suburbanization and African-American Homeownership, 1940-1980," Journal of Urban Economics.
Neary, P. (2001) Of hype and hyperbolas : introducing the new economic geography, Journal of Economic Literature 39: 536-561.
Irmen A, J-F Thisse, 1998. Competition in Multi-characteristics Spaces: Hotelling Was Almost Right. journal of economic theory 78, 76 102
Jacobs, J. (1969) The Economy of Cities. New York: Vintage.
Jacobs, J. (1984) Cities and the Wealth of Nations: Principles of Economic Life. New York:Vintage.
Krugman, P. (1979) Increasing returns, monopolistic competition, and international trade. Journal of International Economics 9: 469-479.
Krugman, P. (1980) Scale economies, product differentiation, and the pattern of trade. The American Economic Review 70: 950-59.
Krugman, P. (1991) Increasing Returns and Economic Geography. Journal of Political Economy 99: 483-499.
d'Aspremont C., J. J. Gabszewicz, and J.-F. Thisse, On Hotelling's stability in competition, Econometrica 47 (1979), 1145 1150.
Hotelling H., Stability in competition, Economical Journal 39 (1929), 41 57.
Starrett, D (1978) Market allocations of location choice in a model with free mobility. Journal of Economic Theory 17: 21-37.
von Thünen, JH. (1826) Der Isolierte Staat in Beziehung auf Landwirtschaft und Nationalökonomie (Perthes, Hamburg) English translation The Isolated State (Pergammon Press, Oxford)
Coming soon
here a series of wonkish posts on my field, the New Economy Geography (NEG)
born with Krugman (1991) and about urban economics. This series is motivated by
a discussion with Beatrice Cherrier, a "though leader" among
historians of economics,
who suggests that the NEG has cannibalized urban economics.
I don't think so, the
NEG has brought very little contributions to urban studies and in this series I
will show that the opposite hold, many authors that have started their carrier
with the NEG are now urban or trade economists that only occasionally use the
NEG framework which is something like a Proust's madeleine for them. Instead,
urban and international economics have cannibalized the NEG. The NEG is dead,
long live to the NEG!
This announcement
is not a teaser (ok, maybe a little), just the illustration that I don't have
many time to blog, so I will divide this task in three parts.
Next week,
the last hope of reunification with quantitative models. F. Candau As a soundtrack of this post, Max (alias @blinis), proposes "Battle for the Soul of the Universe" ;)
Court entretien avec Gita Gopinath sur l'impact des dévaluations. Comme elle le rappelle les effets sont asymétriques, une dépréciation/appréciation du dollar qui est la monnaie de référence a d'important effets pour la compétitivité américaine. A l'inverse, la dépréciation d'un petit pays aura peu d'effet... à écouter (c'est court, 4min!)....
...et à méditer si vous pensez qu'une sortie de l'euro permettrait à n'importe quel pays de gagner une guerre des monnaies.
Voir les travaux de cette auteure pour en savoir plus ici.
La question épineuse est évidemment de savoir quel
pourcentage ces chiffres représentent par rapport au total de fraude et d'évasion fiscale. D'après
Gabriel Zucman (2013), environ 12% du patrimoine financier des ménages
européens est détenu dans un paradis fiscal et les ménages français détiennent
environ 175 milliards d'euros en Suisse. Selon cet auteur, si cette évasion fiscale
n'existait pas et si ces sommes étaient taxées normalement (i.e. aux taux en
vigueur), la dette de la France ne serait pas de 95% mais de 70% du PIB. Au
niveau mondial, les chiffres sont encore plus vertigineux, environ 5800 milliards
d'euros soit 8% du patrimoine financier échapperait à tout impôt.
Historiquement, en ce qui concerne la France, cette évasion a en grande partie été
organisée depuis la Suisse. D'ailleurs sur les 44 894 dossiers de régularisation, soit 27 milliards d’euros traité depuis 2013 par le service de traitement des déclarations rectificatives, environ 90% étaient domiciliés en Suisse.
L'attractivité de la Suisse pour les capitaux à la recherche
d'un secret bancaire est presque centenaire. Suite à la première guerre
mondiale, les nations sont ruinées et pour payer la reconstruction taxent
fortement les revenus (le taux marginal de l'impôt sur le revenu passe de 20% à
72% entre 1920 et 1924 en France). Cette répression explique l'évasion
fiscale, de 1920 à 1929 la croissance
réelle des comptes offshore augmente de 14% par an en moyenne avec des pics
dans les années où la France durcit ses lois sur les grandes fortunes. Les
années 50, 60 et 70 sont l'âge d'or du système helvète qui "détient"
1/3 des actions américaines détenu par des étrangers (soit loin devant le RU ou
la France qui n'en détient que 7%), signe que la Suisse est devenu un cheval de
Troie important. Dans les années 80 de nouveaux paradis fiscaux apparaissent
mais ils ne se font pas forcément concurrence, chacun se spécialise dans une
activité et ils opèrent en réseaux de façon complémentaire. On achète depuis la
Suisse des sicav luxembourgeoise ou des sociétés écrans des îles Caïman.
Les années 90 et 2000 de libéralisation financière et de
digitalisation de l'économie ont été des années fastes pour la mobilité
discrète des capitaux, mais la crise de 2007 et l'endettement des Etats a relancé la lutte contre l'évasion. Les scandales a répétition de
firmes multinationales ayant des taux effectifs de taxation très faibles
(Google et le double Irish Dutch sandwich permettant de payer seulement 2% d'impôt sur les sociétés, luxleaks, etc) a aussi sans doute joué en faveur d'une pression politique
plus forte sur des pays tels que l'Irlande, la Suisse ou le Luxembourg. Les
rentrées fiscales récentes témoignent d'un certain succès de ces politiques. On aurait cependant tord
d'être trop optimiste. D'après cette étude de Johannesen et Zucman (2014) une
partie des capitaux est en train d'être transférée de la Suisse vers d'autres
paradis fiscaux qui n'ont pas signé d'accord d'échange d'information avec la
France (dont Hong Kong, Singapour et l'Uruguay).
Bibliographie
Johannesen et Zucman, 2014. The End of Bank Secrecy? An Evaluation of the G20 Tax Haven Crackdown. American Economic Journal: Economic Policy 2014, 6(1): 65–91
Zucman, G. 2013. Richesse cachée des nations. Seuil.
Zucman, G. 2013. The Missing Wealth of Nations, Are Europe and the U.S. net Debtors or net Creditors?, Quarterly Journal of Economics, 128(3): 1321-1364.
Notre article sur l'impact négatif de l'appréciation de l'euro sur les exportations du secteur aéronautique en France entre 2003 et 2010 vient d'être publié par Economic Modelling, wp). Voici l'abstract:
After describing the spatial distribution of the aeronautic industry in France, this study analyzes the determinants of French regional bilateral exports and imports, according to a trade gravity model, for the period 2003–2010. The appreciation of the euro has a negative impact on exports and a positive effect on imports, confirming the fears of European politicians and managers in the aeronautic sector. The gravity equation, extended to integrate factor complementarities among partners, also shows that labor productivity levels in France and its partner countries are significant determinants of trade, supporting O-ring theory applied from Kremer (1993) to explicate trade in the aeronautical sector. The spatial organization of this sector is also analyzed via the impact of foreign military spending on French trade. Finally, by distinguishing French imports and arrivals of products manufactured in Europe and in France, supplementary estimations reveal that outward foreign direct investment FDI affects the imports and arrivals of European products negatively but has positive influences on the imports and arrivals of French products.
La semaine dernière s'est clôturée le congrès de l'asso d'éco américaine, une gigantesque conf où les jeunes docteurs cherchent un job en présentant leur papier et en réalisant une multitude d'entretiens d'embauche. Comme les américains ont un sens du show qui me laissera toujours pantois, ils ont fait une session "humour" où Noah Smith a fait une présentation en image sur le mode "comment les gens se voient et comment le monde les perçoit" qu'il a intitulé econo-troll. La diapo sur les "top job candidate" ci-dessous avec une photo de Luke Skywalker versus Justin Bieber m'a fait marrer et le commentaire "nice hair" m'a tout de suite fait penser à quelqu'un.
Ça ne vous rappelle personne? Non, sérieux si vous bossez sur de l'éco inter je suis sûr que vous pensez à quelqu'un... Allez voici la photo parce qu'il le vaut bien (et le veux bien aussi) avec sa coupe anti-gravité à la Einstein.
Bon alors ça me semble à peine imaginable (et à lui encore plus) mais il est possible que certains de mes lecteurs ne sachent pas qui est Thomas Chaney. Sa popularité a débuté avec un excellent papier sur les équations de gravité. Les équations de gravité, c'est cette relation initialement sans fondement théorique que l'on a emprunté à la physique (oh les affreux économistes!). Depuis Newton on sait que la force de gravité entre deux objets dépend positivement de leurs masses et négativement de la distance qui les sépare. Transposé au commerce inter, on observe que les échanges entre deux nations sont effectivement massivement expliquées par le PIB des nations rapportée à la distance géographique entre les pays. Depuis Anderson (1979) de nombreux fondements micro ont été trouvés, on peut même dire que quelque soit le mode de concurrence considérée (concurrence parfaite, oligopolistique, monopolistique) on retombe toujours sur une équation de gravité. Certains débats tournent depuis sur les différences, au sens mathématique oserais-je avancer (i.e. dérivée), puisqu'il s'agit souvent de savoir comment la variation des échanges suite à une variation de la distance ou des PIB est différente d'un modèle à l'autre (fondamentalement l'intérêt est de savoir quel est le modèle qui décrit le mieux la réalité pour pouvoir ensuite faire des prédictions). C'est justement la question que se pose Chaney en focalisant sur les coûts de transport. Je vous passe les détails (partiellement traités dans plusieurs posts dont un ici qui date de 4 ans et dans ce draft qui nous sert de base pour un cours sur les équations de gravité) mais en gros le papier de Chaney (et avant lui celui de Melitz) pourquoi le commerce chute si fortement avec la distance, cela est du à l’hétérogénéité des firmes (seules les plus productives exportent sur des marchés éloignés) et aux coûts d'entrée qu'elles rencontrent sur les marchés extérieurs. La marge extensive (combien de firmes exportent) est mise en valeur alors que les modèles traditionnels (à la Krugman, 1980) n'expliquent que la marge intensive (volume exporté par des firmes identiques).
Deux nouveaux papiers élèvent le Justin Bieber au rang de Jedi.
Le premier intègre les réseaux dans un nouveau modèle d'éco inter. Les firmes recherchent leurs consommateurs en fonction du lieu où elles sont localisés et ensuite se basent sur ce réseau pour élargir leur marché. Le deuxième est encore plus élégant, en utilisant une distribution des firmes qui suit une loi de Zipf, il explique pourquoi l'élasticité du commerce par rapport à la distance est égale à un. Du grand art, à lire et à étudier.
F. Candau
--
Chaney Thomas (2008) Distorted gravity: The Intensive and Extensive Margins of International Trade, American Economic Review, 98(4): 1707-1721
Chaney Thomas. The Network Structure of International Trade. NBER
Chaney Thomas. The Gravity Equation in International Trade: An Explanation. NBER
voir aussi mais sur un thème différent:
"The Collateral Channel: How Real Estate Shocks Affect Corporate Investment", American Economic Review, 2012, Lead.
Fabien Candau, Pr UPPA
Depuis 2009, ce blog vulgarise des articles de recherche en économie et fournit du contenu pour des cours allant de la L1 au M2. Les thèmes abordés sont souvent reliés à des enseignements (en éco inter, éco géo, éco de la santé, micro, macro), l'objectif est de poursuivre une discussion qui aurait débuté à la fin d'un cours.
Citation du blog
« Cover what you do best, link to the rest » Jeff Jarvis (quasiment une paraphrase de David Ricardo que nous essayons de garder à l'esprit lorsque nous écrivons sur ce blog).