Les exportateurs sont des super stars et leurs travailleurs des super héros! (2/2)
jeudi, décembre 10, 2009Peu nombreuses et plus productives
Valeur intrinséque des firmes exportatrices ou sélection des travailleurs?
Marges extensives et intensives
Equation de gravité
- Si l'on compare cette equation avec celle obtenue avec le modèle de Krugman (1980) on observe que si gamma est sup à sigma-1 alors l'élasticité des exports par rapport aux coûts commerciaux (Trade barriers) est plus élevée avec prise en compte de l'hétérogénéité (deux fois plus forte sur données américaines d'après les calculs de l'auteur).
- L'élasticité de substitution ne joue plus sur les barrières commerciales, c'est désormais le degré d'hétérogéneité qui est central: plus les firmes sont homogènes plus l'impact des coûts commerciaux est important (voir aussi Melitz et Ottaviano (2008)).
- L'élasticité des exports par rapport aux coûts fixes d'exportation est négative (en effet si gamma est plus grand que sigma-1, alors le terme au dessus de F est négatif) mais elle l'est d'autant moins que a) l'élasticité de substitution entre les variétés est forte b) l'hétérogénéité des firmes est grande. En d'autres termes les coûts fixes d'exportation sont moins dommageable pour les firmes productives qui produisent des biens fortement différenciés.
En guise de conclusion
- Bernard A, B. Jensen, S. Redding et P. Schott (2007), "Firms in International Trade", Journal of Economic Perspectives 21(3) : 105-130)
- Crozet, M., P. Koenig, 2009, Structural gravity equations with intensive and extensive margins. Canadian Journal of Economics, forthcoming.
- Crozet M., Mayer, T., 2007, Le club très select des firmes exportatrices. Lettre du CEPII 271.
- Chaney Thomas (2008) Distorted gravity: The Intensive and Extensive Margins of International Trade, American Economic Review, 98(4): 1707-1721
- Eaton J., S. Kortum et F. Kramarz (2004), "Dissecting Trade Firms, Industries and Export Destinations", American Economic Review, Papers and Proceedings, 93, 150-154.
- Fontagné L., Gaulier G., 2008, Performances à l'exportation de la France et de l'Allemagne. Rapport du CAE.
- Melitz Marc and Gianmarco I.P. Ottaviano (2008) Market size, trade and productivity, Review of Economic Studies, 75: 295-316
- Mayer, T., Ottaviano GIP, 2007, The Happy Few: new facts on the internationalisation of European firms, Bruegel report
- Schank, Thorsten, Schnabel, Claus and Joachim Wagner, 2007, Do exporters really pay higher wages? First evidence from German linked employer-employee data, Journal of International Economics, 72, 52-74
The Great Trade Collapse
vendredi, novembre 27, 2009Le rôle prédominant des institutions dans la croissance ?
lundi, novembre 16, 2009
Pourquoi certains continents souffrent-ils de la pauvreté et d’un retard crucial de développement ?
Géographie, commerce et institutions
Causalité et autres problèmes rencontrés
Rodrick, Subramanian et Trebbi
- la variable Geo (exogène) : on cite le plus souvent les travaux de Frankel et Romer 1999, concernant la mise en évidence du rôle primordial de la géographie sur l’intégration, puis sur la croissance, à travers l’élaboration d’une équation gravitaire. Un modèle gravitaire s’inspire directement de la loi physique de gravité, en supposant que l’intégration commerciale, approximée par le volume des échanges commerciaux dépend de la masse du pays et de la distance qui le sépare de ses partenaires.
- la qualité institutionnelle est ici approximée par un indicateur appelé « settler mortality » ou SM, qui littéralement signifie Mortalité du colonisateur. Ce concept théorique provient de l’analyse d’Acemoglu, Johnson et Robinson qui utilisent une variable explicative originale pour expliquer les différences de qualité institutionnelle, intrinsèquement liée au risque d’expropriation des colons européens. Ainsi, le « taux de mortalité » ou plus simplement l’engagement dans le temps, des colons sur le territoire (distinction entre colonisation de peuplement ou d’extraction des ressources naturelles) a un pouvoir explicatif fort sur la qualité des institutions mises en place dès lors et qui influencent encore aujourd’hui la qualité institutionnelle des pays anciennement colonisés. Ainsi, grâce à l’analyse d’Acemoglu et l’établissement d’un indicateur de la qualité institutionnelle relativement « exogène », dans le sens où la mortalité des colons n’impacte pas directement les revenus du pays colonisé. Taux de mortalité des colons→ type d’institutions coloniales→ qualité institutionnelle aujourd’hui→ intégration au commerce ; puis dans une deuxième étape économétrique intégration au commerce→ niveau de revenu.
En guise de conclusion
References
- D. Acemoglu, S. Johnson, J.A. Robinson, “The colonial origins of Comparative Development: An empirical investigation”, Dec 2001, The American Economic Review. - D. Dollar, A. Kraay, “Institutions, Trade and Growth”, April 2002, The World Bank - R.E. Hall, C.I. Jones, “Why do some countries produce so much more output per worker than others?” 1998 - D. Rodrick, A. Subramanian, F. Trebbi, “Institutions rule: The primacy of institutions over Geography and Integration in Economic Development”, Oct 2002, IMF Working Paper 189Une blogueuse est née
lundi, novembre 16, 2009j'ai le plaisir de vous annoncer que les posts de ce blog seront rédigés à quatre mains: Elisa Dienesch, doctorante en première année de thèse se lance dans l'aventure. Elle postera ici, un à deux messages par mois traitant d'économie du développement et/ou d'économie internationale, les deux thèmes de sa thèse. Je compte sur vous pour lui réserver un acceuil chaleureux.
Firmes hétérogènes, productivité et commerce (1/2)
mardi, octobre 27, 2009Anciennes et nouvelles théories du commerce international
Mélitz (2003)
La théorie juste avant et juste après Mélitz (2003)
Teasing
Remarque
Pour plus de détail sur les extensions du modèle de Melitz, voir Melitz (2009).
Bibliographie
Bernard, A., B. Jensen, S. Redding and P. K. Schott, 2007, "Firms in International Trade," Journal of Economic Perspectives 21(3), 105--130.
Behrens, K., Robert-Nicoud F. (2009). Krugman's Papers in Regional Science: the 100-dollar bill on the sidewalk is gone and the 2008 Nobel Prize well deserved. Papers in Regional Science 88(2), pp 467-489.
Baldwin, R., 2005. "Heterogeneous Firms and Trade: Testable and Untestable Properties of the Melitz Model," 2005. NBER Working Papers 11471.
Bernard, A., S. Redding, and P. Schott. 2007. "Comparative Advantage and Heterogeneous Firms." Review of Economic Studies, 74(1): 31--66.
Helpman, E., 1999. "The Structure of Foreign Trade." Journal of Economic Perspectives, 13(2): 121--44.
Helpman, E., 2006. Trade, FDI, and the organization of firms, Journal of Economic Literature XLIV: 589-630, 2006.
Melitz M.J., 2003, "The Impact of Trade on Intra-Industry Reallocations and Aggregate Industry Productivity," Econometrica 71(6), 1695--1725.
Melitz M., 2009, International Trade and Heterogeneous Firms", New Palgrave Dictionary of Economics, 2nd Edition.
Délocalisation et Inégalité, une histoire d'épingles et de poupées Barbie
mardi, septembre 22, 2009Pourquoi délocalise t-on des tâches? Quels sont les effets de cette fragmentation internationale de l'appareil productif? Doit-on craindre une augmentation de cette sous-traitance à l'international?
De Smith à Blinder en qq lignes
Le modèle de Grossman et Rossi-Hansberg
Wait a minute!
5 millions d'emplois en moins dans le secteur industriel par rapport à 1979 (voir Figure ci-dessous "all educations") et une partie des peu diplomés a été remplacée par des travailleurs sortant des universités.
- les inégalités salariales entre les diplomés et les non diplomés ont fortement augmentées.
Les auteurs testent tout d'abord l'impact de différentes variables sur les salaires à l'aide de l'équation suivante:
où
- wijt le log du salaire horaire d'un individu i, travaillant dans une industrie j à la date t.
- Z est un vecteur de caractéristiques individuelles: nombre d'année d'expérience, age, sexe, niveau d'éducation etc
- Routine mesure le caractére plus ou moins routinier des tâches.
- G est un vecteur de différentes mesure de l'exposition d'une industrie j aux délocalisations et au commerce international. Plus précisément 4 variables sont testées: les emplois délocalisés vers les pays à faible revenu, les emplois délocalisés vers les pays à haut revenu, la part des exportations domestiques dans la production domestique, la part des importations nationales dans la consommation nationale.
- TPFj représente la productivité totale des facteurs dans l'industrie j
- PINV représente le coût des biens d'investissement, l'idée est de capturer la baisse des prix des biens informatiques et l'impact potentiel d'une épargne en travail rendue possible grâce aux nlles technologies
- Realship est une variable de controle pour les transports et d et I représentent les effets fixes temporels et sectoriels.
Cette dégradation salariale lors d'une reconversion s'efface cependant avec le niveau d'étude.
En guise de conclusion: sauvons les travailleurs, pas forcément les emplois!
Remarques
Le dessin est de ga (rue 89). Sur ce thème des délocalisations voir aussi ecointerviews et (d'après ce post) un prochain article d'Olivier Bouba-Olga.
Bibliographie
- Autor, David H., Lawrence F. Katz and Melissa S. Kearney (2008), “Trends in US Wage Inequality: Revising the Revisionists”, Review of Economics and Statistics 90 (May), 300-23.- Baldwin R, Globalization, the great unbundling(s), Report by the Secretariat of the Economic Council.
- Blinder, A. S. (2006): Offshoring: The Next Industrial Revolution? Foreign Affairs, 85:2, 113–128.
- Ebenstein, Avraham, Ann Harrison, Margaret McMillan and Shannon Phillips (2009), “Estimating the Impact of Trade and Offshoring on American Workers Using the Current Population Surveys”, NBER Working Paper 15107, June.
- Grossman, G. & Rossi-Hansberg, E. (2006a): The Rise of Offshoring: It’s Not Wine for Cloth Anymore. July 2006. Paper presented at Kansas Fed’s Jackson Hole conference for Central Bankers. http://www.kc.frb.org/
- Grossman, G. & Rossi-Hansberg, E. (2006b): Trading Tasks: A Simple Theory of Offshoring. August 2006. PDF file. www.princeton.edu/~grossman/offshoring.pdf
- Lemieux T, 2006, Increased Residual Wage Inequality: Composition Effects, Noisy Data, or Rising Demand for Skill, American Economic Review 96, 461--498.
Au delà du PIB, le revenu équivalent
lundi, septembre 14, 2009Théorème d'impossibilité d'Arrow
- une population finie N={1,...,n} d'individus rationnels (rationalité = choix cohérents : les préférences sont transitives et réflexives ).
- un ensemble d'états sociaux (de situations) X
- un domaine D représentant le profil de préférences de la population analysée sur ces états sociaux RN=(R₁,...,Rn),
- Le domaine D doit être universel, le choix social doit tenir compte de la diversité des choix individuels, il ne doit en exclure aucun.
- La règle de choix social (la fonction f) doit vérifier l'axiome de rationalité (la préférence f(RN) doit être un préordre sur la totalité de l'ensemble X)
- La règle d'agrégation (la fonction f) doit vérifier l'axiome faible de Pareto. Si tous les individus ont une préférence stricte unanime alors cette préférence doit être choisie par la société.
- La règle d'agrégation doit être indépendante des alternatives non pertinentes. En d'autres termes, le classement de deux alternatives ne doit tenir compte que des préférences individuelles sur ces deux alternatives.
- La règle d'agrégation ne doit pas être dictatoriale (version faible de l'anonymat). La préférence stricte d'un individu ne peut pas être imposée à la société.
Des solutions?
Comparaison inter-personnelle et rationalité collective
Théorie de l'équité
Le revenu équivalent, un peu de théorie
- prise en compte des TMS. cette information très locale (variations infinitésimale le long des courbes d'inf aux alentours des allocations) est suffisante pour construire une règle d'agrégation non dictatoriale, mais l'anonymat n'est cependant pas respecté.
- prise en compte des courbes d'inf dans la boîte d'Edgeworth. L'impossibilité d'Arrow persiste.
- prise en compte d'une partie de la courbe d'indifférence allant de la situation actuelle de l'agent jusqu'à un rayon particulier dans l'espace des biens. Cette dernière extension permet de construire une règle d'agrégation.
Le revenu équivalent, un peu d'empirique
- Revenu national par tête
- Temps de travail
- Précarité, risque de chômage
- Espérance de vie en bonne santé
- Taille des foyers
- Inégalités
- Soutenabilité (analysée via consommation de capital physique et naturel, dont les émissions de gaz à effets de serre)
Note
Bibliographie
- Fleurbaey M., Hammond P. (2004), Interpersonally comparable utility, in S. Barbera, P. Hammond, C. Seidl eds., Handbook of Utility Theory, vol. 2, Kluwer, 2004.
- Fleurbaey, M., Maniquet F., 2008, Fair social orderings, Economic Theory 34 : 25–45.
- Fleurbaey, M., Suzumura K., Tadenuma K., 2005, Arrovian aggregation in economic environments : How much should we know about indifference surfaces ?, Journal of Economic Theory 124 : 22-44.
- Sen A.K. 1999, “The possibility of social choice,” American Economic Review 89: 349-378.
Commerce, flux de capitaux et frictions financières
mercredi, août 26, 2009
Autarcie
Ouverture
What else
Bibliographie
Les rendements croissants remis en questions !?!
samedi, juillet 04, 2009
Les rendements croissants sont-ils en train de décliner ? L’économie moderne doit-elle revenir sur ses fondements classiques ? Telles sont les deux questions posées par Paul Krugman dans sa lecture du prix Nobel. Ces questions sont étonnantes pour l’enseignant que je suis, qui débute son cours de micro par la concurrence pure et parfaite et qui poursuit en vantant par comparaison le réalisme de la concurrence imparfaite. Ces questions sont aussi surprenantes pour le chercheur en économie géographique… mais avant de vous en expliquer le pourquoi, peut être est-il utile de revenir très brièvement sur la lecture de Krugman. L’auteur présente tout d’abord ses travaux, ceux sur l’économie géographique démontrent que dans un modèle avec rendements croissants, la baisse des coûts de transport débouche sur une agglomération des activités. Pour Krugman ce processus d’agglomération semble appartenir au passé, il présente notamment une carte des USA sur l’industrie automobile qui reflète le fait que les nouvelles industries se sont localisées au Sud au lieu de s’agglomérer autour de Détroit. On aurait tord de penser que cette idée est nouvelle, Krugman lui-même dans Krugman et Livas (1996) amendait son article de 1991 en montrant que l’agglomération en engendrant une hausse des prix du foncier et des coûts de navette débouchait suite à une intégration commerciale plus approfondie sur une dispersion des activités (voir aussi Candau (2009) dans lequel je montre que ces forces de dispersion urbaines alliées avec une dispersion de la demande débouchent sur une séquence dispersion / agglomération / dispersion lorsque les économies se libéralisent commercialement). Cette séquence a été vérifiée empiriquement par nombre de chercheurs, dont notamment Combes et al. (2008) sur données françaises (le processus d’agglomération aurait eu lieu de 1860 à 1930 et depuis les activités semblent se disperser).
Le constat de dispersion n’est donc pas nouveau et ne surprendra personne, c’est l’interprétation qui en est donnée qui est nouvelle, car c'est une remise en cause des rendements croissants :
« So increasing returns may represent the wave of the past, not the future [...]Problems facing workers in advanced economies: 1) Increasing inequality 2) Decline of “good jobs”. To some extent, both may be explained by the decline of increasing returns as a force in the world economy»
Krugman semble considérer que ce sont les avantages comparatifs qui jouent désormais un rôle important dans la configuration spatiale des pays avancés (pour les pays en voies de développement son modèle Centre-Périphérie lui semble peut-être encore adapté (il fait référence à la Chine)).
Cette lecture a suscité une réaction de Marius Brülhart (l’un des premiers à avoir tester empiriquement les prédictions de Krugman) qui défend la pertinence de l’économie géographique Krugmanienne pour les problèmes actuels. J’ai franchement apprécié la sortie de Brülhart et j’en aurais souhaité d’autres, ceci dit je n’ai pas vraiment montré l’exemple, donc voici mes interrogations et commentaires sur cette intervention de Krugman. Premièrement l’économie des pays développés est une économie qui se tourne de plus en plus vers les services, ces derniers sont souvent différenciés, n’y a-t-il pas des rendements croissants dans ces secteurs ? Deuxièmement, d’un point de vue théorique la vision de Krugman est évidemment juste, depuis le théorème d’impossibilité spatiale de Starret on sait que la dispersion des activités peut aussi résulter d’un modèle concurrentiel en l’absence d’avantages comparatifs (espace homogène), à l’inverse leur présence explique les zones de spécialisation et d’agglomération. En d’autres termes, Krugman nous rappelle qu’il est important de ne pas oublier les premiers résultats de l’économie spatiale qui ont toujours une importance, il nous invite aussi à discriminer entre les différentes théories. Cette intervention m’a fait songer à un élégant article d'Ellickson et Zame (2005) qui présentent le point de vue suivant:
“We think the literature has taken the wrong lesson from Starrett's theorem. Locations are not all the same, and transportation costs are not zero, so the question, in our minds, is not whether a competitive model can have anything interesting to say about a world in which locations are identical and transportation costs are zero, but rather whether a competitive model can have anything interesting to say about a world in which locations are not identical and transportation costs are not zero.
Put differently, the question is not whether competition can lead to a heterogeneous present from a homogenous past, but whether competition can lead to the kind of heterogeneity we actually see in the present from the kind of heterogeneity we see (or imagine) in the past.”
En d’autres termes concurrence et avantages technologiques/factoriels (ou diversité des goûts… bref toute hétérogénéité) hérités du passé peuvent expliquer le processus de dispersion actuelle. Aussi c’est avec une certaine impatience que j’attend l’article qui testera si les rendements croissants déclinent (et pourquoi ?), car si une telle prédiction se vérifie ce n’est pas seulement la nouvelle économie géographique qui appartiendra au passé mais une grande partie des théories actelles basées sur ce concept.Biblographie
Corruption et commerce
mardi, juin 30, 2009
Evasion fiscale et tarifs, la méthodologie de l’étude de Bouët et Roy
BR mettent alors en œuvre une méthodologie que nous allons décrire pour tester ce lien entre tarif élevé et évasion tarifaire. La première estimation en valeur des auteurs est la suivante :
Où EvValueiptc représente une mesure de l’évasion, soit la différence entre la valeur d’un produit p (niveau HS6) à la date t indiquée par un exportateur c et la valeur de ce même produit reportée par l’importateur. En d’autres termes l’idée intéressante est de considérer les flux indiqués par l’exportateur et non reporté par l’importateur comme étant détournés. La variable Tariffptc représente la taxe imposée à l’exportateur.
Mais l’évasion peut aussi se manifester par une mauvaise spécification, le produit importé étant déclaré sous une autre ligne tarifaire pour bénéficier d’un taux plus faible. Exemple fictif : un produit A est taxé à 50% alors qu’un produit différencié B est taxé à 10%, si vous êtes un exportateur de A vous avez tout intérêt à corrompre le douanier pour qu’il inscrive votre exportation comme étant une entrée de B. Pour appréhender ceci les auteurs calculent une moyenne pondérée par les exportations des autres produits à un niveau plus agrégé (au niveau HS4), dénommées tariffrelptc.
Enfin d est une dummy qui prend la valeur 1 lorsque le produit est différencié et l’interaction tariffptc*d teste si un produit différencié et fortement taxé a plus de chance d’expliquer l’évasion. En effet plus un produit est différencié plus il est difficile de le faire passer pour un autre et plus il taxé plus la corruption est attractive.
Les auteurs introduisent ensuite des effets fixes par produits, temps et partenaires.
Résultats
A partir de l’estimation sans effets fixes ils observent que l’évasion est d’autant plus forte que le tarif du produit concerné et celui des produits reliés sont élevés. Contrairement aux études existantes, BR constatent que la différenciation a peu d’effet. Ce résultat provient de la mesure de la protection et de la spécificité des partenaires étudiés par les autres études. En effet Javorcik and Narciso (2008), Mishra et al (2008) et Levin and Widell (2007) utilisent uniquement les taux ad-valorem et étudient un seul partenaire (l’Allemagne pour les premiers, l’Angleterre pour les derniers) En rajoutant les effets fixes les auteurs obtiennent toujours une élasticité tarif de l’évasion positive et observe qu’elle est plus forte pour le Nigéria que pour le Kenya et la Mauritanie (pour ce derniers pays la corrélation entre tarifs et évasion n’est pas toujours significative). Le classement des trois pays suivant cette simple méthodologie est cependant sujet à caution car les partenaires de chaque pays et les produits échangés sont différents, ce qui pousse les auteurs à réduire l’échantillon au même ensemble de produits et de partenaires. Une analyse de robustesse est ensuite réalisée, les auteurs utilisent notamment des variables instrumentales pour limiter les biais d’endogénéité et des régressions non paramétriques et semi-paramétrique pour tester la non linéarité de la relation. Dans tous les cas leurs résultats sont confirmés. Il est intéressant de noter que le coefficient mesurant l’élasticité tarif de l’évasion pour le Nigéria double avec l’introduction des effets fixes sur les produits. Ce résultat, qui diffère de Mishra et al (2008) indique que pour certains pays les caractéristiques des produits jouent un rôle important dans l’explication de l’évasion (en caricaturant les diamants engendreraient plus de corruption que les pois chiches).
En guise de conclusion
L’objectif des pays en voie de développement est de taxer fortement les importations pour faire rentrer des recettes fiscales mais d’après cette étude de BR on peut se demander s’il n’y a pas là une courbe en U-inversé (les économistes adorent les courbes en cloche: exemple courbe de Laffer, courbe de Kuznets et ses dérivés etc) : plus ces pays taxent plus les recettes augmentent, sauf si les taxes sont vraiment prohibitives, dans un tel cas la corruption augmente et les recettes s’effondrent. Je ne connais aucun papier qui ait testé cette relation, pourtant savoir si les pays en voie de développement peuvent gagner plus en taxant moins leurs importations est une question majeure et il fait peu de doute qu’avec l’amélioration des données concernant les pays en voies de développement une telle relation soit testée prochainement. Alors stay tuned, je vous en reparle dès qu’il y a du nouveau.
Bibliographie
- Allingham, Michael G., and Agnar Sandmo, 1972, “Income Tax Evasion: A Theoretical Analysis,” Journal of Public Economics, Vol. 1, pp. 323-38. - Bouët A, Roy D, 2009, Trade protection and tax evasion: evidence from Kenya, Mauritania and Nigeria, CATT Working Papers Series n°1. - Fisman, Raymond and Shang-Jin Wei, 2004, “Tax Rates and Tax Evasion: Evidence from Missing Imports in China,” Journal of Political Economy, No. 112 Vol. 2, pp. 471-496. - Mishra Prachi, Arvind Subramanian and Petia Topalova, 2008, "Policies, Enforcement, and Customs Evasion: Evidence from India” Journal of Public Economics, vol. 92(10-11), p 1907-1925.
Aux origines du sous développement en Afrique, le commerce d'esclave
samedi, juin 06, 2009
Effet positif d'un désavantage géographique
Rentrons brièvement dans le détail de l’article, les auteurs testent tout d’abord les équations suivantes :
où yi est le revenu par tête, r la variable géographique (r pour ruggedness) et I une dummy qui prend la valeur 1 pour les pays Africains et 0 pour les autres. L’idée étant que pour les pays africains un terrain accidenté peut avoir un effet bénéfique alors que pour les autres pays (qui n’ont pas connu l’esclavage) seul l’effet négatif lié notamment aux coûts de transports domine. Dans la seconde équation les pays ne sont pas différenciés ce qui permet aux auteurs de tester les trois hypothèses suivantes : 1) si béta1 est négatif une géographie accidenté a un impact négatif sur le revenu 2) si béta2 est positif alors en Afrique une géographie accidentée a un impact positif 3) si béta1 est inférieur à béta5 alors ne pas prendre en compte la spécificité historique africaine biaise l’impact négatif de la géographie vers zéro. Ces trois hypothèses sont vérifiées. Les auteurs testent ensuite l’équation suivante :
où xi mesure les exportations passées d’esclave. L’objectif étant d’analyser si 1) ces exportations affectent négativement le revenu, dans un tel cas béta10 devrait être négatif 2) l’effet d’une géographie accidentée n’est pas différent en Afrique lorsque ces exportations sont prises en compte, en d’autres termes l’esclavage explique totalement que des terrains accidentés puissent avoir eu un impact indirect positif en Afrique puisqu’ils ont permis de se cacher ou de se protéger contre ce commerce, dans un tel cas béta8 est égal à zéro 3) les effets d’une géographie accidentée sont négatifs lorsque ces exportations sont prises en compte, dans un tel cas béta7 est négatif. Ces trois hypothèses sont vérifiées par les auteurs. Robustesse des résultats
Les estimations précédentes peuvent cependant souffrir d’un manque de variable qui biaise l’analyse. Si par exemple des sols accidentés sont des sols riches en diamants et si la production de diamants enrichit des pays à l’extérieur de l’Afrique mais appauvrit les africains en raison de mauvaises institutions alors l’estimateur géographique peut être biaisé. Les auteurs prennent ainsi en compte la production de diamants entre 1994 et 2000, et leur résultat est robuste à cette introduction. De plus ils introduisent d’autres variables de contrôle telles que le climat, l’accès à la mer et la qualité des sols sans dévier de leur conclusion principale. Puga et Nunn (2008) vérifient aussi que leurs estimations ne sont pas guidées par des pays atypiques (les îles, les pays très accidentés ou très peu accidentés), puis supprime systématiquement toutes les observations pour lesquelles les coefficients estimés pour la géographie sont supérieurs à un certain seuil (2 sur la racine carré du nombre d’observations (méthode de Belsley, Kuh, and Welsch (1980)). Il est aussi intéressant de noter que pour tester la robustesse de ces résultats il suffit d’inverser le raisonnement et de vérifier qu’une géographie accidentée n’a pas d’effet positif dans des pays qui n’ont pas connus l’esclavage. Les auteurs testent alors si cet effet positif existe pour l’Europe, l’Océanie, l’Amérique du nord et celle du sud. Ils constatent alors que seul l’effet négatif existe pour ces continents à l’exception de l’Europe à laquelle il faut retrancher la Suisse pour effacer l’effet positif de la géographie (les auteurs n’explique pas pourquoi la Suisse biaise ainsi les résultats et perso je n’ai pas d’idée pouvant l’expliquer. Si vous avez une explication je suis preneur).Agglomération cumulative dans les zones à géographie désavantageuse
Si les auteurs montre qu’une géographie accidentée a des effets indirects positifs, ils montrent aussi que les coûts ne sont pas absents, l’agglomération initiée par le choc historique s’auto entretient, la population s’agglomérant aujourd’hui encore dans les terres les plus accidentés.Conclusion
En conclusion les auteurs nous mettent en garde, leurs résultats sont spécifiques, ils ne prouvent pas que les désavantages géographiques ont toujours un impact positif dominant. Alors bossez vos manuels d’histoire et regardez si un choc historique différent de l’esclavage et dans d’autres pays tel que la Chine ou l’Inde ne pourrait pas être un terrain d’étude intéressant.Bibliographie
- Easterly,William. 2006a. The White Man’s Burden: Why the West’s Efforts to Aid the Rest Have Done so Much Ill and so Little Good. New York, ny: Penguin Press.
- Easterly,William. 2006b. Reliving the 1950s: The big push, poverty traps, and takeoffs in economic development. Journal of Economic Growth 11(4):289–318.
- Easterly, William. 2007. Was development assistance a mistake? American Economic Review Papers and Proceedings 97(2):forthcoming.
- Nunn, Nathan. 2006. The longterm effects of Africa’s slave trades. The Quarterly Journal of Economics, MIT Press, vol. 123(1), pages 139-176, 02.
- Puga Diego, Nunn Nathan. 2007. Ruggedness: The Blessing of Bad Geography in Africa (soumis à Review of Economic Studies.
- Sachs, Jeffrey. 2005. The End of Poverty. New York, ny: Penguin Press.
- Sachs, Jeffrey and Pia Malaney. 2002. The economic and social burden of malaria. Nature 415(6872):680–685.
L'euro, le dollar et un peu d'Histoire.
dimanche, mai 31, 2009
Depuis 2001 l'euro connaît une appréciation face au dollar (voir graphique ci-dessous), et nombre d’observateurs économiques promettent régulièrement au billet vert un sort tragique. Si le déclin catastrophique et rapide tarde à venir, les fondamentaux qui permettaient au dollar de résister ont sans doute disparu et un peu comme Vil le coyote continue de courir en suspension dans les airs avant de se rendre compte qu'il n'est plus sur la falaise (pour reprendre l’image de Paul Krugman), le dollar se maintient, mais pour combien de temps encore? Une autre question qui peut se poser lorsque l'on observe l'euro s'apprécier ainsi est de savoir quelle est actuellement sa place dans le système monétaire international.
- Bibliographie:
- Chinn et Frankel (2007) Will the Euro Eventually Surpass the Dollar as Leading International Reserve Currency? In G7 Current Account Imbalances: Sustainability and Adjustment, R. Clarida (ed), University of Chicago Press. - Creel J, Fitoussi J-P, Laurent E et J Le Cacheux (2008) La zone euro : une enfance difficile. Lettre de l’OFCE. no 304. - Flandreau M, Jobst C, 2009, The emipirics of international currencies: network, externalities, history and persistence. The Economic Journal. - Rey H (2001), International trade and currency exchange, Review of Economic Studies, vol 68(2), pp 443-64. - Krugman (1980) Vehicule currencies and the structure of international exchange. Journal of money, credit and banking, vol 12(3), pp 513-26.
Commerce Nord-Sud et spécialisation verticale
mercredi, avril 29, 2009Un commerce de variétés différentes démasqué
Regard sur les parts de marché et sur l'évolution des spécialisations
Equation de gravitation
Enfin, FGZ utilise une équation de gravitation pour étudier les déterminants du commerce de variété. Je ne présente ici qu’une partie de l’équation testée : Ln Xtijk= a+…+b1g1LnGDPPCti+ b2g3LnGDPPCti + b3g1LnGDPPCtj+ b4g3Ln GDPPCtj + c1g1Ztij+ c1g3Ztij+uk+vt+ etijk où Xtijk représente la valeur des exportations bilatérales du pays i vers le pays j à la date t pour une industrie k. Seuls les segments de marché de haute qualité g1 et de basse qualité g3 sont analysés. GDPPC représente le PIB par tête en parité de pouvoir d’achat. Le PIB du pays exportateur (GDPPCti) capte les déterminants de X du côté de l'offre alors que le PIB de l’importateur (GDPPCtj) devrait appréhender les facteurs jouant sur la demande. Pour l'offre on s’attend à ce qu’une productivité plus forte augmente les exportations en bien de qualité. Pour la demande un niveau de revenu par tête important devrait entraîner une demande de qualité plus forte et donc favoriser les exportations des industries spécialisées sur ces variétés. Enfin, Z est un indicateur de friction bilatérale incluant la distance, le langage commun, et les barrières tarifaires. Les biens de qualité, par essence plus complexes, sont peut être davantage exportés lorsque les deux pays partagent le même langage et sont relativement proches géographiquement (sur ce dernier point deux effets s’opposent: d’un côté des coûts de transport élevé devrait être plus favorable aux biens de qualité puisqu’ils vont augmenter le prix relatif des biens de basse qualité, mais à l’inverse le manque d’information due à la distance devrait avoir un impact négatif sur le commerce de qualité). Les GDPPC des importateurs et des exportateurs ont les signes attendus. Ainsi le revenu par tête du pays exportateur est bénéfique aux exportations de qualité et une hausse du revenu national se traduit par une hausse de la valeur unitaire des biens importés (le revenu marginal est consommé dans des produits importés de meilleure qualité plutôt que dans une hausse des quantités importées). Enfin l’éloignement géographique semble avoir plus d’importance pour les biens de basse qualité.
En guise de conclusion
En conclusion, il est temps de revenir la citation introductive : quel est l’impact des évolutions de spécialisation sur le marché du travail au Nord ? A première vue et puisque les pays ne produisent pas les même variétés on peut penser que les qualifiés sont plutôt protégés grâce à une faible concurrence - quoique grandissante dans la mesure où le développement permet de grimper l’échelle des spécialisations - mais pour les peu qualifiés la spécialisation des pays du Nord sur de la haute qualité est probablement néfaste… à vous de trouver (ou de faire) une étude qui le montre!
- Biblio



















