13 octobre 2014

Handbook of Regional & Urban Economics - Volume 5

The Handbook of Regional and Urban economics is online (and free)!

En attendant la nomination des Nobels (et surtout pour après, lorsque la fièvre sera retombée), jetez un oeil au Handbook d'éco régionale et urbaine qui vient d'être mis en ligne. Il est tout simplement formidable et avis à mes étudiants il va être extrêmement utile pour l'enseignement. J'ai particulièrement apprécié les chapitres de méthodo (économétrie + megc), les articles sur les systèmes de villes (Behrens et Robert-Nicoud mais aussi Desmet et Henderson), l'article sur l'utilisation des sols urbains (Duranton et Puga commencent par les bases déjà présentées par Fujita (1989) et nous amènent à la frontière de la recherche avec des questions très précises, avis aux futurs chercheurs il y a là des pistes de recherche clairement posées) et le chapitre sur les transports (écrit par Redding et Turner). Enfin, il y a des chapitres sur la formation des prix sur le marché immobilier qu'il est essentiel de lire. Bonne lecture, c'est ici.



08 octobre 2014

Innovation pédagogique marginale, la gravité filmée

J'innove pédagogiquement! Je viens de faire une vidéo pour un cours en ligne (soyez indulgent, c'est la première, j'utilise une version d'essai de camtasia, si vous connaissez des logiciels libres tout aussi performant, je suis preneur). Voici donc une vidéo d'introduction aux équations de gravité en économie internationale (si la vidéo ne s'affiche pas, c'est que votre navigateur n'est pas à jour).

Le cours est sous contrat privé, donc je ne peux pas faire de l'open access comme à l'accoutumé... ceci dit pour ce fragment de cours, je prends le risque de le poster considérant que cela équivaut à faire de la publicité à la Faculté Ouverte de Paris qui m'a engagée sur cet enseignement introductif destiné à un public de Licence AES.

23 juillet 2014

My name in Journal of Political Economy !!! \o/

Well, OK, just in Footnote 24 of Behrens, Duranton and Robert-Nicoud (2014, JPE, June), but that's enough to make me happy!  

 
If you are interested in urban economics, you have to read this fundamental article, it is a smart explanation of the Zipf's law. Here the link and below the abstract.

Large cities produce more output per capita than small cities. This higher productivity may occur because more talented individuals sort into large cities, because large cities select more productive entrepreneurs and firms, or because of agglomeration economies. We develop a model of systems of cities that combines all three elements and suggests interesting complementarities between them. The model can replicate stylized facts about sorting, agglomeration, and selection in cities. It also generates Zipf’s law for cities under empirically plausible parameter values. Finally, it provides a useful framework within which to reinterpret extant empirical evidence.

Behrens and Robert-Nicoud have also posted a note on vox-eu: "Urbanization makes the world more unequal" that summurizes their forthcoming paper in the Economic Journal.

11 juillet 2014


20 juin 2014

Aeronautic Trade

Et voici un nouvel article sur les échanges commerciaux de l'aéronautique en France (co-écrit avec Serge Rey, publié par Economic Modelling). Voici l'abstract:

After describing the spatial distribution of the aeronautic industry in France, this study analyzes the determinants of French regional bilateral exports and imports, according to a trade gravity model, for the period 2003–2010. The appreciation of the euro has a negative impact on exports and a positive effect on imports, confirming the fears of European politicians and managers in the aeronautic sector. The gravity equation, extended to integrate factor complementarities among partners, also shows that labor productivity levels in France and its partner countries are significant determinants of trade, supporting O-ring theory applied from Kremer (1993) to explicate trade in the aeronautical sector. The spatial organization of this sector is also analyzed via the impact of foreign military spending on French trade. Finally, by distinguishing French imports and arrivals of products manufactured in Europe and in France, supplementary estimations reveal that outward foreign direct investment FDI affects the imports and arrivals of European products negatively but has positive influences on the imports and arrivals of French products.

31 mai 2014

Nationalisme, démocratie et élection européenne

Le résultat du FN aux européennes me fait songer au triangle d'incompatibilité de Dani Rodrik: impossible d'avoir simultanément de l'intégration économique, des Etats nations et de la démocratie. L'intégration économique conduit à une compétition entre Etats providences visant à favoriser les facteurs mobiles au détriment des facteurs immobiles (concurrence fiscale et sociale etc). La démocratie offre donc une résistance naturelle à de telles politiques et demande un retour à l'Etat Nation. Pour poursuivre l'intégration européenne, il y a alors deux solutions:
1) refuser la démocratie. C'est un peu la piste poursuivie jusqu'ici au niveau européen.
2) dépasser les Etats Nations et créer une union politique européenne (voir ce manifeste) à même de régler les problèmes d'intégration.
Enfin certains français pensent que la situation économique serait meilleure en renonçant à l'union européenne. Certes, assurer que l'Europe est un franc succès paraît difficilement tenable (cependant sans l'Euro la récente crise de la dette aurait pu être aggravée par une guerre des monnaies européennes, style 92-93, qui aurait été gravement dommageable, voir Bénassy-Quérré) mais je reste convaincu que l'Europe pourrait être la solution au lieu d'être un problème. Pour cela, il faudrait moins de nationalisme...c'est mal parti.

21 mai 2014

Income and Competition Effects on the World Market for French Wines

Nouveau document de travail, co-écrit avec Florent Deisting, en ligne sur le site de l'American Association of Wine Economists, commentaires bienvenus, voici l'abstract:

The price of wine grew at a fast rate between 2001 and 2010 and has since been stagnating. The period of growth may be explained by the rise in the demand from emerging markets and from richest people (the top 1% and 10%), while the stagnation may come from the entry of new varieties causing a crowding/competition effect on the market. We estimate the generalized model of ideal variety proposed by Hummels and Lugovskyy (2009) that combines these two elements and find support for this explanation. A 1% increases in GDP per-capita (income effect) generated an increase in price of 1.13% between 2001 and 2011. In contrast, a 1% increase in market size (competition effect) reduced price by 1.10% over the same period. This paper also analyses these effects by considering exports of wine according to mode of transport and indirectly evaluates economies of scale in transport of wine exported by plane, boat and road.

05 mai 2014

Un hommage d'Enfer à Becker

Gary Becker vient de décéder. Ce lauréat du prix nobel d'économie (et blogueur de 83 ans) était soit adulé, soit détesté pour ses applications microéconomiques à des thèmes tels que le mariage ou la criminalité (il a eu aussi des contributions plus conséquentes sur l'éducation et le capital humain).
 Je connais peu ses écrits (voir Brenda Cronin et Justin Wolfers pour un résumé) mais j'aime son idée de pousser le raisonnement économique dans des domaines à la frontière de l'économie.

Aussi pour son passage dans l'au-delà mon hommage ne sera pas de vous faire une recension de ses travaux, mais de vous faire un petit topo sur un livre que j'ai lu récemment "THE MARKETPLACE OF CHRISTIANITY" d'Ekelund, Hébert et Tollison (2008, MIT press) qui est l'un des premiers ouvrages d'économie des religions.

Ce livre n'est pas une analyse économique du choix religieux avec des individus qui maximiseraient mécaniquement une fonction d'utilité intégrant en arguments des éléments de religion. Non, les auteurs ne s'aventurent pas dans ce type d'analyse qui pourrait être considérée comme de la fantaisie sur un tel thème. La thèse de base est qu'il existe un marché des religions et elle est argumentée par une importante analyse historique où la concurrence entre religions est évidente. 
 
Les auteurs considèrent que de nombreux concepts de la science économique peuvent s'appliquer à la religion, à commencer par le fait qu'il y a une demande et une offre. Côté offre, la concurrence traite des religions chrétiennes, avec son lot d'innovations et des imitations d'une religion à l'autre. Côté demande, le focus est rapidement fait sur une demande de surnaturel (vie après la mort...) et une demande plus intellectuelle des individus, une réflexion sur soi et sur la société.

Le chapitre I est introductif. Le chapitre II réalise un tour d'horizon des économistes qui ont déjà abordé la religion, vous y trouverez le premier des classiques (Smith) et le derniers (Marx) et évidemment Weber (qui contrairement à ce que l'on lit parfois ne défendait pas un lien univoque entre protestantisme et croissance économique).

Le chapitre III commence avec cette citation qui résume bien le début du chapitre "I don't want realism. I'll tell you what I want. Magic!", où les auteurs tentent une définition de la religion, puis ils utilisent plusieurs concepts d'économie pour affiner cette définition.

La religion est ainsi considérée comme un "bien club", au sein d'un groupe, les agents ont des préférences proches, ils partagent des expériences communes. Comme dans tous les clubs, il y a aussi des passagers clandestins qui profitent du bien commun sans contribuer voire qui mettent en danger le bien commun (les gens qui font des trucs pas très catholique au sein de l'Eglise...).

Le marché des religions a aussi tendance à être dominé par des religions "superstars". Comme le note les auteurs cela est dû aux externalités de réseaux liées au fait que la satisfaction est d'autant plus grande que la croyance est partagée. Il est aussi intéressant de constater que ces monopoles sont souvent publics (et/ou l'ont été)...

Le bien religieux s'approche aussi de la définition que les économistes ont des biens assurantiels, du moins en terme de demande. Face à un avenir incertain (en termes de revenu, d'amour, de survie etc) les individus vont avoir une demande de religion de sorte à s'assurer un soulagement à leur turpitudes.

Le chapitre IV propose des études de cas visant à analyser les changements de forme des religions (vous y trouverez une analyse du passage au mono-deisme sous Akhenaton, puis on rentre dans le christianisme avec une distinction catholique/protestant qui est au coeur du livre).

Le chapitre V est voué à l'entrée du protestantisme sur le marché des religions et le chapitre VI à la réaction du leader, l'église catholique et sa réforme (1555-1648). Le chapitre VII traite de l'évolution du follower soit une concurrence spatiale et quelques changements organisationnels au sein du protestantisme. Le chapitre VIII revisite Max Weber et le lien entre religions et performances économiques. Le derniers chapitre conclut sur cette concurrence des religions au sein du christianisme.

C'était là mon bref hommage à Gary Becker (un peu plus mystique que les autres peut-être, à moins que ce soit avec un brin d'ironie) qui a influencé ce type d'analyse où les instruments de l'économie sont utilisés pour regarder d'un oeil nouveau des thématiques centrales dans d'autres disciplines hélas négligées en économie. C'est aussi l'occasion de lire de l'économie tout en se cultivant (à la marge dirait-on en private joke, mais sans doute au delà).

Voir ici un lien où Michel Foucault commente en 1979 les travaux de G Becker.

07 avril 2014

Désinflation = Chômage

Le graphique du jour (France métro pour ne pas exagérer encore plus la relation en ajoutant les DOM) avec en ordonné les prix à la conso et en abscisse le chômage:

A vous de discuter du sens de causalité et de relancer le débat sur la courbe de Phillips!
---Quelque temps plus tard....
Bon, cela fait désormais quelques jours que le graphique est en ligne, le post a été visionné une centaine de fois et personne pour commenter que la courbe de Phillips concerne l'inflation des salaires nominaux et non des prix. Diantre, soyez attentif à vos cours de macro!
La belle affaire, est-ce important? Oui, car les salaires ont tendance à être beaucoup plus rigides que les prix. En glissement annuel ils ont même augmenté de 2% sur les derniers trimestres de 2013 (ICT-salaire seul de l'INSEE). Le FMI a récemment présenté un graphique qui illustre que même dans un pays comme l'Espagne durement frappé par le chômage, les salaires sont très rigides à la baisse. Le passage de 2008 (en bleu) à 2012 (rouge) montre que l'augmentation a baissé mais qu'une faible portion de la distribution des salaires est passée en négatif, en fait une très grande concentration est observée à zéro, les salaires stagnent.

Or si les salaires stagnent et que les prix diminuent (où augmentent moins dans le cas de désinflation) alors les profits sont affectés et l'ajustement s'opère par l'emploi. C'est le pire des cercles vicieux lié à la déflation car plus de chômage, c'est moins de demande et moins de demande c'est une baisse des prix et une baisse des prix c'est plus de chômage... En clair, le graphique précédent "inflation (HIPC)/chômage" est vraiment important car si la déflation s'installe, la pente négative pourrait s'avérer bien difficile à relever.

05 avril 2014

La BCE dans une trappe d'inactivité



Résumons, on approche des européennes, la zone euro est au bord de la déflation et la BCE ne fait rien. C'est sans surprise. La BCE ne dépend pas des citoyens, elle est indépendante des gouvernements et des peuples qu'ils représentent...mais alors, elle roule pour qui exactement?

Janet Yellen, dans un discours du 31 mars (retranscrit en partie ci-dessous, version complète ici), écrit que la FED ne travaille pas pour Wall-Street mais pour Main-Street. L'inverse est-il vrai pour la BCE? Non, mais l’obsession de la BCE contre une inflation fantôme peut laisser perplexe.

Dans les missions de la FED il y a deux objectifs: l'inflation ET l'emploi. A l'inverse, traumatisée par l'inflation, l'Europe a construit la BCE avec une mission unique: la stabilité des prix. L'objectif est d'atteindre un taux de 2% d'inflation sur le moyen terme. Or la BCE considère que la reprise est là et que les prix vont repartir à la hausse sur le moyen terme, donc circulez, il n'y a rien à voir, la BCE remplira sa mission ce mois-ci en ne faisant rien.

Que fera t-elle dans les prochains mois? Comment pourrait-elle intervenir?
Elle pourrait injecter des liquidités dans l'économie en rachetant des titres de dette des Etats. Elle s'y refuse car elle ne veut surtout pas faciliter l'endettement des pays Européens qui est déjà élevé. Elle pourrait aussi injecter des liquidités dans les banques, mais pas sûr que ces banques prêteraient davantage pour au moins deux raisons a) l'offre de crédit est rationné, les banques sont sans doute plus frileuses que par le passé, b) la demande de crédit est faible, face à un avenir incertain les agents ne sont pas prêt à s'endetter. Enfin, elle pourrait utiliser des politiques non conventionnelles comme celles employées par d'autres banques centrales qui permettrait de directement prêter aux entreprises et aux ménages (on parle depuis des lustres des Asset Backed Securities). Si ce type de politiques non conventionnelles peuvent permettre de résoudre le problème de l'offre de crédit, ils n'affectent en rien la demande.

En d'autres termes, si l'UE se situe dans une trappe à liquidité, alors peu importe, les agents ont peur de l'avenir, vous pourriez imprimer des billets et les mettre directement dans les poches des gens... ils y resteraient! Les banques, les investisseurs, les consommateurs sont figés dans leur comportements économiques, ils ne prêtent plus, n'investissent plus et ne consomment plus. Davantage de liquidité, ne relancerait peut-être pas l'économie....

La BCE pourrait cependant jouer davantage sur les anticipations d'inflation en affichant une vraie volonté de lutter contre la déflation/dépression à laquelle l'Europe fait face. Une telle politique de forward guidance permettrait de réduire (faiblement) le taux réel et d'aider (mollement) l'activité. C'est le genre de politique basée sur des postures qui ne rapporte pas grand chose mais qui ne coûte rien. La BCE pense sans doute avoir fait un pas dans cette direction en affirmant que ses membres étaient prêts, à l'unanimité, à valider des mesures non-conventionnelles. Mais quasiment dans la même phrase, Mario Draghi annonçait que pour l'instant il n'en était pas question. Pourtant seuls des taux d'intérêt réels négatifs pourraient contrer les tendances déflationnistes en résorbant l'excès d'épargne et en stimulant l'investissement.

Décidément, la BCE semble être dans une trappe d'inactivité, elle ne veut pas agir et même parler clairement en faveur d'une politique monétaire expansionniste lui est difficile. Est-ce un aveu d'impuissance? ou à l'inverse un excès de confiance? Je pencherais pour l'excès de confiance (et un zest d'idéologie). La BCE pense sans doute qu'il suffit de murmurer à l'oreille des marchés (avec du  "whatever it takes") pour que tout baigne. D'ailleurs, certains experts sur BFM commentaient cette semaine que si l'Euro était autour des 1,38 c'était grâce à Mr Draghi, sans lui l'euro seraient à 1,50. Il y a donc des gens sur les marchés qui pensent que l'Euro aurait pu monter à 1,5 (!) et que la BCE a habilement sauvé l'Euro, voire l'Europe. Avec les taux de chômage actuels et un taux d'inflation qui s'éloigne de l'objectif, il est cependant difficile de voir le verre à moitié plein.
Les règles/objectifs de la BCE devraient être revues, si l'emploi faisait partie de ses objectifs, peut-être des décisions de QE auraient-elles été prises depuis longtemps.

En comparaison, voici le derniers discours de J. Yellen, un discours volontaire sur les politiques à mener dans le futur en contraste frappant avec la présentation hésitante de Draghi. Evidemment les situations sont différentes, aux USA la transmission à l'économie réelle fonctionne (à titre d'exemple et de caricature: les retraites sont sur le marché, alors quand le marché va mieux, on se sent plus riche et on consomme (effet richesse, fonctionne aussi en sens inverse...)), mais tout de même, dire que tout va mieux en Europe et penser que l'on peut "laisser faire" est très problématique.

The past six years have been difficult for many Americans, but the hardships faced by some have shattered lives and families. Too many people know firsthand how devastating it is to lose a job at which you had succeeded and be unable to find another; to run through your savings and even lose your home, as months and sometimes years pass trying to find work; to feel your marriage and other relationships strained and broken by financial difficulties. And yet many of those who have suffered the most find the will to keep trying. I will introduce you to three of these brave men and women, your neighbors here in the great city of Chicago. These individuals have benefited from just the kind of help from community groups that I highlighted a moment ago, and they recently shared their personal stories with me.

It might seem obvious, but the second thing that is needed to help people find jobs...is jobs. No amount of training will be enough if there are not enough jobs to fill. I have mentioned some of the things the Fed does to help communities, but the most important thing we do is to use monetary policy to promote a stronger economy. The Federal Reserve has taken extraordinary steps since the onset of the financial crisis to spur economic activity and create jobs, and I will explain why I believe those efforts are still needed.
The Fed provides this help by influencing interest rates. Although we work through financial markets, our goal is to help Main Street, not Wall Street. By keeping interest rates low, we are trying to make homes more affordable and revive the housing market. We are trying to make it cheaper for businesses to build, expand, and hire. We are trying to lower the costs of buying a car that can carry a worker to a new job and kids to school, and our policies are also spurring the revival of the auto industry. We are trying to help families afford things they need so that greater spending can drive job creation and even more spending, thereby strengthening the recovery.

When the Federal Reserve's policies are effective, they improve the welfare of everyone who benefits from a stronger economy, most of all those who have been hit hardest by the recession and the slow recovery.[...]

The recovery still feels like a recession to many Americans, and it also looks that way in some economic statistics. At 6.7 percent, the national unemployment rate is still higher than it ever got during the 2001 recession. ... It certainly feels like a recession to many younger workers, to older workers who lost long-term jobs, and to African Americans, who are facing a job market today that is nearly as tough as it was during the two downturns that preceded the Great Recession.

In some ways, the job market is tougher now than in any recession. The numbers of people who have been trying to find work for more than six months or more than a year are much higher today than they ever were since records began decades ago. We know that the long-term unemployed face big challenges. Research shows employers are less willing to hire the long-term unemployed and often prefer other job candidates with less or even no relevant experience.

[...]
And based on the evidence available, it is clear to me that the U.S. economy is still considerably short of the two goals assigned to the Federal Reserve by the Congress. The first of those goals is maximum sustainable employment, the highest level of employment that can be sustained while maintaining a stable inflation rate. Most of my colleagues on the Federal Open Market Committee and I estimate that the unemployment rate consistent with maximum sustainable employment is now between 5.2 percent and 5.6 percent, well below the 6.7 percent rate in February.

The other goal assigned by the Congress is stable prices, which means keeping inflation under control. In the past, there have been times when these two goals conflicted--fighting inflation often requires actions that slow the economy and raise the unemployment rate. But that is not a dilemma now, because inflation is well below 2 percent, the Fed's longer-term goal.


...

Pour le côté "faucon" de la dame (auquel je ne crois guère) voir ici et pour une vision plus optimiste du QE de la BCE voir .
Enfin ce graphique (source ici) montre le bilan des deux banques.
 
Enfin pour conclure, c'est en peu de temps la deuxième fois que la BCE montre un entêtement problématique. En effet en 2011, anticipant une reprise et de l'inflation, elle augmente les taux deux fois d'affilés avant de reconnaître son erreur. Il aura fallu attendre 5 ans pour arriver à des taux identiques à ceux de la FED... 

 Edit du 14/05/14: Antonio Fatas a une analyse similaire à celle développée ici.


24 mars 2014

Le match France versus Royaume-Uni

Tiens la blogosphère française s'agite sur un "match économique France versus Royaume-Uni" suite à ce graphique de Xavier Timbeau sur les répercussions de la crise sur la productivité des deux côtés de la Manche.

La France s'en sort donc bien mieux!!! Olivier Bouba-Olga surenchérit à juste titre avec un graphique sur l'emploi, mais lorsqu'un lecteur attentif au graphique des PIB par tête dont l'année de base est 2008 fait la remarque "on prouvera tout avec la bonne date de départ" il répond sereinement "je vous laisse essayer [...] Vous pourriez isoler des petits intervalles pour lesquelles la dynamique UK est plus favorable, mais sur les vingt dernières années, et depuis le début de la crise, il n’y a pas photo".

Je relève le défi car ce propos me donne l'occasion de discuter d'un thème qui me tient à coeur portant justement sur l'importance de la référence que l'on choisit. J'utilise les données de la banque mondiale pour les pib par tête (en dollars) que j'ai sous la main.

Prenons l'année 1998, cela a du sens pour de multiples raisons, primo c'est une période où la construction européenne avance à grand pas. Pour certains français c'est un peu une période bénie où ils avaient du franc dans leur porte-monnaie et où la France blanc-black-beur allait bien... Pour la City, c'est aussi un point de référence important, la crise asiatique débouche sur un retour des capitaux et la construction européenne va lui permettre de retrouver son lustre d'antan. Bref, ce point de référence est justifiable (mais tout aussi critiquable, j'y reviendrai).
On observe alors que jusqu'à la crise de 2008 la productivité par tête des anglais a progressé bien plus rapidement que celle des français. Puis la finance s'est écroulée, le Royaume-Uni plus spécialisé sur ce secteur en a payé le prix fort.* Peut-on en conclure que le match a été gagné par la France?
Prenons l'année 1974, c'est l'année du choc pétrolier et aussi une année particulièrement mauvaise pour l'Angleterre (par rapport à la France). Là encore, si l'on accepte de prendre 2008, on ne peut qu'admettre que 74 est une bonne date. C'est à partir de cette date que le chômage devient massif et que les économies développées s'enlisent dans des taux de croissance faibles associés à un long processus de désindutrialisation et de tertiarisation de l'économie.
Le graphique est alors étonnant, la productivité anglaise si l'on choisit cette base a totalement dominé la France sur toute la période! Le schéma économique anglais est-il donc le bon? Non, pas plus que précédemment pour la France. Vous l'aurez compris, l'année de référence pèse énormément sur nos conclusions.
Prenons l'année 1960, au milieu des trente glorieuses, période mythique avec des taux de croissance important et pas de chômage. Nos grand-parents à n'en pas douter considéreraient que c'est une sacré référence. C'était cependant une période où le PIB par tête était bien plus faible à ce que l'on connait aujourd'hui, la référence (i.e. le dénominateur) pèse donc beaucoup moins que pour les années 1974, 1998, 2008. Qu'observe t-on?
Pour moi ici le tableau d'affichage du match nous donne France: 3 - UK: 3, pour trois révolutions économiques partout.
La productivité dépend avant tout des avancées technologiques et depuis déjà bien longtemps les deux pays sont grossièrement au même niveau. Si le Royaume-Uni a été le chef de file en Europe des innovations financières qui lui ont permis d'élever légèrement son PIB par tête au dessus de celui de la France, aujourd'hui où disons depuis que ces innovations ont été dépréciées, le pays est à peu près au même niveau. Légèrement en dessous si vous y tenez, mais la différence en terme de productivité, aujourd'hui comme hier, est mineure.

Je pense que les auteurs cités plus haut seront tous les deux d'accord avec moi pour dire que le match se joue ailleurs. Pour réellement arbitrer les performances économiques, il faudrait aller bien au delà du pib par tête et regarder le bien-être économique des citoyens, c'est à dire comparer le taux de chômage, les inégalités, le système de santé, les situations familiales, les liens sociaux... Ce travail consiste aussi à se donner une référence, mais pas une année de référence (comme ci-dessus, on peut faire mieux) mais plutôt un idéal économique en référence. Si par exemple en posant la question aux anglais et aux français de savoir combien de revenu ils seraient prêt à céder pour avoir moins d'inégalités et atteindre un "idéal" (disons le taux d'égalité du Luxembourg ou de la Norvège... je donne simplement ces exemples pour donner du concret, mais la question de la référence est totalement ouverte) quel serait le score du match? Idem si on leur posait la question en terme de santé, de risque de chômage etc...

Hélas aucun sondeur ne fera un tel boulot et c'est bien dommage car c'est ce genre d'expérience qui permet de savoir du point de vue des citoyens quel est le pays qui gagne! Ceci dit, le runmycode de Gaulier et Fleurbaey (2009) nous permet de jouer avec ces notions. Pour un même taux d'aversion pour l'inégalité (j'ai utilisé la version démo avec 0.8), les anglais seraient prêts à débourser beaucoup plus que les français, le revenu équivalent (i.e. le revenu une fois corrigée de cette somme) serait donc très proche pour l'année 2004 qui est pourtant une année où le match semblait être gagné par le Royaume-Uni!
En clair, les différences les plus importantes ne sont sans doute pas sur la production mais sur d'autres variables (chômage, insécurité etc) qui hélas sont à leur plus haut dans les deux pays mais avec une situation certainement encore plus catastrophique pour les anglais. Inutile de s'énerver exclusivement sur les PIB et sur une année donnée, il est temps de réaliser de nouvelles comparaisons (qui incluront ces PIB tout en les corrigeant) et qui permettront de mieux mesurer les points faibles et les points forts de chaque économie.

F. Candau

*Note de bas de post: 
*J'ai longtemps été géné pour dire que les fluctuations d'un secteur pouvait expliquer de grandes fluctuations pour un grand pays, mais depuis l'excellent papier de Gabaix j'ose davantage, il montre les variations du PIB américain ne dépendent pas d'une somme immense de petit agents mais simplement d'une centaine de grosse firmes (article à méditer pour un quelconque passage micro-macro en termes de fluctuation).
**Evitez de me commenter une merveilleuse inversion de tendance du pib en Angleterre, je n'y crois pas non plus et j'ai déjà marqué un certain scepticisme ici avec d'ailleurs un graph qui ressemblait fort à celui de Timbeau mais pour un match UK/USA

Références

  • Gabaix, Xavier (2011). “The Granular Origins of Aggregate Fluctuations,”Econometrica, 79(3), 733-772.
  • Gaulier Guillaume et Marc Fleurbaey (2009). International Comparisons of Living Standards by Equivalent Incomes. The Scandinavian Journal of Economics


17 février 2014

Economie numérique, le bouquin à lire, le blog à suivre

Une fois n'est pas coutume me voilà en situation de vous faire la recension d'un ouvrage dont je connais bien l'un des auteurs, Sylvain Dejean (on a fait notre thèse en même temps) qui a coécrit avec Godefroy Dang Nguyen: "Le Numérique, Economie du partage et des transactions" publié chez Economica.
Ladej (son pseudo Twitter donné par un pote rappeur qui coupait la fin des noms et rajoutait "la" au début), passionné par l'économie numérique, a réalisé une thèse sur les biens culturels, le piratage et l'émergence des communautés virtuelles. Puis, il a décroché un post-doc à Rennes avant d'intégrer l'un des labos de référence en France sur les technologies de l'information et de la communication (ici). Aujourd'hui, il est maître de conférences à La Rochelle et compte bien dynamiser ses cours en bloguant sur l'économie numérique (le blog du bouquin est ici).

Le chapitre 1 définit les termes du débat, le numérique est une économie de l'information et de la connaissance, où les biens produits ont les caractéristiques de biens publics et où les monopoles ont tendance à naître compte tenu des coûts fixes importants. Les auteurs mettent ensuite en avant l'importance de cette économie de la connaissance pour la croissance économique. De mon point de vue ce chapitre n'est pas le plus réussi, c'est un peu le bazar, certains éléments auraient pu faire l'objet de chapitres séparés (typiquement le lien connaissance/croissance), bref, le meilleur est à venir.

Le chapitre 2 traite des réseaux, il est passionnant, mêlant analyse économique et sociologique. Après avoir défini les effets réseaux, les auteurs partent des éléments constitutifs: les liens forts et faibles entre agents (pour reprendre les termes de Putnam (2001) le bridging et le bonding), pour ensuite analyser la structure des réseaux (les hubs, les cliques, trous structuraux, la théorie des graphes etc). Il y a dans ce chapitre des phrases qui donnent envie de se lancer dans la recherche en analyse structurale des réseaux, qui je cite, "a pour objet de comprendre comment les individus établissent leurs réseaux de relation et, ce faisant, créent ou font évoluer des structures sociales qui contraignent à leur tour leur comportement futur".

Le chapitre 3 est essentiel, il traite du système technique d'internet. L'architecture du net y est précisément décrite, son découpage horizontal avec un contrôle par les extrémités permet d'expliquer le caractère inédit d'internet et les effets réseaux qu'il a crée. Le chapitre conclut avec l'apparition des plateformes mises en place par les membres de la GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui ont tendance à verticaliser le net et mettent ainsi à mal le vecteur d'innovation passé (avec un impact non négligeable sur la neutralité du net).

Le chapitre 4 analyse la société numérique. Quelles sont les motivations des contributeurs du net? De purs égoïstes narcissiques, de purs altruistes? Les auteurs illustrent la diversité des agents qui évoluent sur le net, et montrent comment les communautés virtuelles s'organisent pour contraindre les égoïstes qui ont souvent des comportements de passager clandestin délétère pour le bien commun. La sanction est l'arme nécessaire qui permet aux "restituteurs forts" de dompter les comportements opportunistes et de forger l'économie du partage. Les travaux d'une Nobel, E. Ostrom, y sont présentés ainsi que les questions shakespeariennes de l'identité numérique.

Le chapitre 5 étudie l'organisation des marchés sur le net. On passe donc du côté de l'offre, du e-commerce et des chaînes de valeur avant d'aborder la fixation des prix. Les mécanismes d'enchère y sont présentés ainsi que le rôle des plateformes.

Le chapitre 6 découle naturellement du précédent, il porte sur les institutions d'Internet et détaille entre autres, les caractéristiques de l'ICANN et son contrôle des noms de domaines (du moins des TLD, i.e. ".com", ".fr" etc). Puisqu'il est question de gouvernance, la neutralité du net refait surface en fin de chapitre.

Le chapitre 7 est ambitieux: lier l'économie géographique à l'économie numérique. Le mariage est possible mais la chose n'est pas aisée, passer de l'ICANN à Krugman (1991) est un peu rude. Pourtant dans le fond, c'est passer de la description du net à ses conséquences sur les choix de localisation. Je tente l'expérience (attention auto-promo): les bons modèles d'éco géo (Candau, 2011; voir aussi Candau, 2008 pour un survey) montrent que la baisse des coûts aux échanges (la révolution des transports, des TIC etc) entraîne une dispersion des activités. En effet pourquoi s'agglomérer dans des lieux où les prix du foncier sont exorbitants (Paris) si vous pouvez avoir accès à toutes les technologies, à l'information et à la demande à partir de lieux où votre pouvoir d'achat est plus grand (Rennes)? C'est la raison pour laquelle depuis plus de 50 ans la France concentre de moins en moins d'activités au niveau national. C'est aussi la thèse de Combes, Lafourcade, Thisse et Toutain (2011) qui montrent que l'image d’Épinal de Paris et du désert français n'est plus d'actualité. En fait, le pic d'agglomération des activités remonte aux années 30, depuis c'est la dispersion! Mais si les activités sont de moins en moins concentrées à l'échelle des nations (ce phénomène est vrai en Europe et aussi aux USA), elles sont par contre de plus en plus concentrées au niveau des régions. Aujourd'hui on pourrait facilement parler de Toulouse et de son désert régional par exemple. Cette distinction dispersion/agglomération au niveau nation/région est vraiment importante pour comprendre à quelle échelle ont lieux les interactions spatiales.

Se pose alors la question des clusters au sein des métropoles et les auteurs présentent l'emblématique Silicon Valley. Rajoutons un chaînon à la discussion qui aborde les travaux de Saxenian, auteur incontesté et passionnant sur ce sujet. Il me semble qu'un intérêt central de l'oeuvre de Saxenian (1999) est de montrer l'important apport de l'immigration dans la success story de la Valley. Près de 40% des entrepreneurs étaient asiatiques. Leurs atouts étaient d'avoir à la fois un pied en Asie et d'être intégré à la communauté high-tech américaine. Si tant de clusters ont échoué ailleurs dans le monde, c'est justement parce que ce fait n'a pas été suffisamment observé. Voici ce qu'en dit Saxenian:

"The traditional image of the immigrant economy is the isolated Chinatown or “ethnic enclave” with limited ties to the outside economy. Silicon Valley’s new immigrant entrepreneurs, by contrast, are increasingly building professional and social networks that span national boundaries and facilitate flows of capital, skill, and technology. In so doing, they are creating transnational communities that provide the shared information, contacts, and trust that allow local producers to participate in an increasingly global economy".

Le liens entre les réseaux ethniques des migrants et le réseau américain est encore plus clair dans ce passage:

"Many Chinese and Indian immigrants socialize primarily within the ethnic networks, but they routinely work with native engineers and native-run businesses. In fact, there is growing recognition within these communities that although a start-up might be spawned with the support of the ethnic networks, it needs to become part of the mainstream to grow. It appears that the most successful immigrant entrepreneurs in Silicon Valley today are those who have drawn on ethnic resources while simultaneously integrating into mainstream technology and business networks"

Le lieu des clusters n'a intrinsèquement aucune importance, ce qui compte c'est la connexion au reste du monde, aux autres réseaux. Ce qu'il y a de passionnant dans cette histoire, c'est que les mécanismes de coopération et de sanction que Sylvain et Geodefroy mettent en avant dans l'économie numérique étaient au cœur des associations chinoises et indiennes au sein de la Silicon. Voici typiquement les propos d'entrepreneurs interviewés par Saxenian (1999):

“Doing business is about building relationships, it’s people betting on people, so you still want to trust the people you’re dealing with. A lot of trust is developed through friendship and professional networks like school alumni [...] if you don’t fulfill your obligations, you could be an outcast . . . the pressure of, hey, you better not do this because I’m going to see you at the temple or sitting around the same coffee table at the TiE meeting . . . and I know another five guys that you have to work with, so you better not do anything wrong".

Voilà, je complète la discussion sur "Le Numérique" simplement pour ne pas passer pour le béat de service. Cet ouvrage a du nécessiter des mois de travail et des choix difficiles sur les choses à traiter et à approfondir au confluent de diverses disciplines. Bravo aux auteurs, il ne fait aucun doute que ce premier traité d'économie numérique en langue française va devenir une référence.

F. Candau
ps: ci-dessous, en spécial dédicace, une vieille photo de l'auteur (légèrement retouchée... se voyait-il déjà au firmament?) et du critique.
Références (à citer dès que vous parlez d'éco géo ;-))
  • Candau, F., 2011. Is Agglomeration Desirable? Annals of Economics and Statistics, vol 101/102, 203-22. Ici ou ici dès fois que le premier lien soit gated
  • Candau, F., 2008. Entrepreneur's Location Choice and Public Policies, a Survey of the New Economic Geography. Journal of Economic Surveys, 2008, vol 22, 5, 909-952.