Blog@ge sur l'économie internationale
Un blog sur des articles de recherche et ouvrages en économie internationale

Migration internationale (1/2)

mardi, février 09, 2010
L'ouvrage d'Hatton et Willamson (noté HW ci-après), dont je vais vous résumer quelques chapitres aujourd'hui, analyse l'Histoire des migrations internationales et ses conséquences économiques. Il est séparé en quatre parties relatant 1) la montée de l'immigration de masse durant le 19ème siècle (chapitre 2 à 7) 2) la chute des migrations internationales durant la première partie du 20ème (chapitre 8-9) 3) la montée d'une nouvelle immigration au lendemain de la seconde guerre mondiale (chapitre 10 à 15) 4) les migrations à venir (chapitre 16 à 18).

Evolution des migrations internationales (Chapitres 2-3-4)

Les deux premiers chapitres opèrent un bref tour d'horizon de l'histoire des migrations de 1500 à 1900. Cette histoire semble avoir connu un tournant radical entre 1820 et 1850. En effet les premières migrations européennes vers le territoire américain étaient d'une ampleur relativement faible en comparaison avec l'incroyable explosion connue après 1820. Cette faiblesse s'explique bien évidemment par le coût élevé du voyage, d'après HW il fallait 5 mois de salaire pour un travailleur agricole du Sud de l'Angleterre en 1650 pour réaliser la traversée de l'Atlantique (il est à noter que ces travailleurs gagnaient l'un des salaires les plus élevé d'Europe). En raison de ce prix élevé les migrants étaient rares. Ainsi à partir de 1760-1820 le commerce d'esclave, hélas lucratif (selon Eltis (2002) un esclave coutait 30$, le voyage 30$ de plus et il était finallement revendu 900$ à Cuba) représente une part prépondérante des migrations.
Mais à partir de 1830 le nombre d'Européens libres dépasse le nombre d'Africains déportés. La transition d'une migration forcée à une migration libre s'opère rapidement: la part des migrants libres était de 20% en 1820 et elle passe à 80% en 1840 (aux USA mais aussi en Australie). Au cours de ce 19ème siècle, les migrations connaissent une nouvelle évolution, les migrations libres de 1800 étaient composées de famille dont les membres étaient relativement riches, à l'inverse les migrants de la fin du siècle sont des urbains moins qualifiés et trés jeunes. Mais au fait, d'où venaient-ils et où allaient-ils?
Les migrants proviennent, jusqu'aux environs de 1830, d'Angleterre et d'Allemagne, puis d'Europe du Nord (Scandinavie etc) et enfin à partir de 1880 d'Europe du Sud et de l'Est (Italie, Pologne etc). Jusqu'en 1880, les USA attirent la plus grande part des migrants, pour vous donner un ordre d'idée entre 1846 et 1850 les usa attirent 81% des migrations vers les amériques. La tendance s'infléchit cependant à partir de 1880, et profite à l'Argentine et au Brésil. Enfin à partir de 1900 le Canada attire de plus en plus de migrants (ceci dit le flux est tout juste positif tant l'émigration européenne vers le Canada est compensée par l'émigration canadienne vers les USA d'après McInnis (1994)).
Autre fait marquant, avec la chute des coûts de transport les retours migratoires deviennent importants, environ 30% des flux entre 1890 et 1914, certains pays comme l'Argentine ont même pu atteindre les 47% (retour des espagnols et des portugais).
Les coûts migratoires ayant diminué, la qualification des migrants semble avoir suivie, des migrants moins riches et moins qualifiés peuvent se payer le voyage. Ceci dit l'exemple irlandais d'O'grada et O'Rourke (1997) invite à relativiser, les plus pauvres n'ont tout de même pas les moyens financiers pour migrer et vivent dans des conditions très difficiles notamment lors de la Famine de 1840. Revenons sur cette période qui est encore dans les mémoires irlandaises. Entre 1846 et 1850 les irlandais représentaient 71% des migrants européens et 50% de l'immigration américaine. L'Irlande qui avait connu une forte croissance démographique (pop de 4.8 millions en 1791 à 8.2 millions en 1841) se vide peu à peu (plus que 5.8 millions en 1850). Environ 1 millions d'Irlandais étaient trop pauvres pour fuir et sont morts en Irlande.

Cette émigration a eu deux effets: 1) elle a facilité la création de réseaux 2) elle a élevé le salaire en Irlande. Ces deux éléments ont induit de l'hystérèse, la vague importante d'immigration Irlandaise dans les années 1890 s'explique sans doute par celle réalisée 50 ans plutôt lors de la grande famine, en effet comme le note Geary:

"The great exodus of 1847-1854, in placing vast Irish population accross the Atlantic and the Irish sea which created a powerful magnetic field in which millions of Irish were irresistibly drawn from their native country in subsequent decades, was the fount and origin of Irish emigration and depopulation.... [The Famine made] migration part of the ordinary life of nearly every family in Ireland...thus making Irish labour the most mobile in the world and the most free to pursue its best market (Geary, 1935-1936, 25, 31)"

Les migrations présentes s'expliquent à la lumière de celles passées. L'Histoire économique compte (pour un autre exemple déjà traité voir ici).
Evidemment, d'autres facteurs jouent pour expliquer les migrations, le premier auquel un économiste pense c'est le salaire. Les analyses de HW nous enseignent que les salaires ont fortement augmenté en Europe. Plus particulièrement au Danemark, en Suède, en Irlande, en Norvège et un peu moins en Belgique, France et Espagne. Si l'on croise ces informations avec les taux d'émigration la relation est "faiblement" négative. En d'autres termes, une hausse des salaires dans le pays d'origine ne semble pas avoir d'impact sur les départs. Ceci dit cette analyse est incomplète ce qui compte, ce n'est pas le salaire dans le pays d'origine mais le salaire relatif entre le pays d'acceuil et d'origine. Dans une grande partie de la littérature théorique sur les migrations (notamment en économie géographique) ce salaire relatif est déterminant dans l'explication des flux migratoires. Or d'après les auteurs, la relation entre salaires relatif et migration n'est pas évidente. En fait les migrations ont suivi des cycles de croissance puis de décroissance (voir Graphique ci-dessous) et les salaires à eux seul ne peuvent pas expliquer l'ensemble de ces observations.
D'après HW la révolution industrielle a eu trois effets importants 1) elle a engendré une hausse des salaires en Europe 2) elle a générée une baisse des coûts de transports 3) elle a engendré des taux de croissance important dans les pays d'acceuils. Les nouveaux migrants ont ainsi pu s'enrichir et financer une partie du voyage de ceux qui étaient restés en europe.
D'après les auteurs les points 1 et 2 pourraient expliquer les phases croissance puis de décroissance migratoires, dans un premier temps l'industrialisation permet de relâcher la contrainte financière liée aux couts de déplacements puis à mesure que les pays européens s'enrichissent la nécessité d'émigrer devient moins importante. Cependant, le point 3, dénommé effet réseaux perturbe sans doute ce cycle. HW notent ainsi que parmi les émigrés une partie non négligeable voyageaient avec des ticket prépayé par des agents du pays d'acceuil. Ces effets réseaux en jouant sur les coûts de déplacement et d'installation des migrants (facilité pour trouver un emploi, logement temporaire etc) ont eu un effet certain.

Situation des migrants (chapitre 5)

A la fin du 18ème, début 19ème, les migrants étaient plutôt jeunes, ce qui n'est pas étonnant du point de vue des choix inter-temporels. Cette notion de temps peut sembler d'autant plus importante, que les gains des migrants ne sont pas immédiats et vont même en diminuant au fil du 19ème, en effet d'année en année les nouveaux migrants gagnent moins que les anciens (Hatton (2000)). D'après vous, cette baisse des rémunérations des migrants indique t-elle un déclin des qualifications des migrants? C'est justement la question posée à la commission Dillingham dans les années (1907-1911), et les conclusions de cette commission sont alors tranchées, elle oppose les premières vagues d'immigration composée d'anglais, d'irlandais, d'allemand et de scandinave à la nouvelle immigration composée d'Italiens et d'européens de l'Est qu'elle considère comme étant beaucoup moins qualifiés.
A juste titre, ce rapport a été fortement critiqué, d'après Hatton (2000) il faut reprendre cette analyse et distinguer deux éléments, d'un côté si l'on compare l'ancienne vague à la nouvelle, les émigrés de chaque pays sont sans doute plus qualifiés que leurs ancêtres (un français de 1900 était plus qualifié qu'un français de 1800 puisque ce derniers ne connaissait rien de la révolution industrielle), d'un autre côté une grande partie de la nouvelle vague provient des pays les moins industrialisés, c'est le "source contry composition effect". Il faut donc déterminer l'effet dominant, selon les calculs d'Hatton (2000), c'est le composition effect qui domine, mais il est cependant décroissant et sa dominance est faible. Hatton (2000) note ainsi que la part des travailleurs qualifiés dans la population migrante a diminué de 4.3 % entre 1873 et 1913. Ceci dit si l'effet composition était resté constant cette part aurait augmenté de 6%.
Mais cette question n'est pas vraiment la plus intéressante, les auteurs poussent un peu loin l'analyse en réalisant l'étude suivante: si on fait le calcul sur tout le cycle de vie quels ont été les gains d'un migrant et quels auraient été ses gains s'il n'avait pas migré. Ils observent alors que les migrants gagnent 50% de plus que s'ils étaient restés dans leur pays d'origine. Ce résultat est évidemment discutable, pour réaliser ce calcul, on regarde par exemple le salaire de Mr A, boulanger de son état qui a migré de France vers les usa et on le compare au salaire de Mr B qui est resté en France. Or Mr A n'est pas Mr B, peut être que A aurait gagné un salaire supérieur à B même s'il était resté en France, tout simplement parce qu'il fait du meilleur pain, qu'il est plus commerçant etc.... Ce problème de variables inobservables est aussi rencontré lorsque les auteurs abordent la question de la fuite des travailleurs qualifiés européens et ses conséquences pour l'Europe. En se basant sur des données observables (analphabeitisme par ex), les auteurs concluent que la fuite des ouvriers qualifiés européens (notamment observé dans les années 1830, ensuite on l'a vu, le niveau de qualification baisse) vers les amériques a été d'une faible ampleur. Ils notent cependant que leur analyse en sous-estime la mesure, il est possible que ce soit les données non observables qui comptent (esprit entrepreunarial par exemple).
Les auteurs abordent ensuite les liens entre migrations et situations des natifs. Comment les migrations affectent-elles les emplois et les salaires des natifs. Sur le court terme peu d'impact, l'immigration est une variable d'ajustement, elle augmente en période de surchauffe et elle diminue en période de récession. Ainsi pendant la recession des années 1890 les retours aux pays sont plus nombreux, l'Amérique exporte son chômage. Sur le long terme cependant on s'attend à ce que soit les salaires qui jouent la variable d'ajustement. En effet l'augmentation des travailleurs peu qualifiés devrait se répercuter sur les salaires. La commission Dilligan défendait cette vision, mais ceci est cependant difficile à prouver empiriquement tant ce raisonnement est basé sur du "toute chose étant égale par ailleurs". Dans les faits, il est difficile de distinguer l'effet des migrations sur les salaires de tous les autres effets (choc technologique etc...) de plus les choix migratoires dépendent eux même des salaires .... Une bonne méthode est de regarder ces effets à une échelle géographique fine et de comparer les résultats sur tout le territoire. Ce genre d'étude est hélas trop rare. Goldin (1994) est une exception, en analysant plusieurs villes sur la période 1890-1915 elle montre qu'une augmentation de 1% du ratio migrants/natifs entraîne une baisse du salaire des peu qualifiés de 1 à 1.5%. Il semble donc que sur cette période, une hausse de l'immigration a diminué les salaires. Ceci dit ce genre d'analyse néglige le fait que lorsque les migrants se concentrent en un lieux, les natifs fuient vers un autre, donc la baisse des salaires n'est peut être qu'articielle, c'est à dire dûe au fait que les salariés les plus aisés ont simplement déménagé (Shelling).

Source: Hatton Willamson
Le Tableau ci-dessus semble effectivement indiquer une corrélation entre les migrations internes des natifs et les migrations internationale (à considérer avec précaution cependant).

En guise de conclusion

Dans quelques temps, un nouveau post sur les chapitres 6-9 qui montrent que les migrations ont permis une convergence importante des économies - l'ouverture des frontières aux migrants des pays pauvres semble être une aide au développement efficace - mais cela n'est pas sans conséquence sur le marché du travail du pays d'acceuil. Ces conséquences, négatives mais souvent exagérées, rendent la politique migratoire endogène, c'est du moins l'histoire des Etats-Unis d'Amérique présentée par HW qui montrent qu'après une ouverture totale des frontières (60 millions d'européens ont traversé l'Atlantique durant le 19ème, à titre de comparaison en 1820, il n'y avait qu'un milliard d'être humain), le vote des natifs s'oriente vers une politique protectionniste à l'égard des migrants. Dans les années 1920-30, la mise en place des quotas migratoires marquent la fin des migrations internationales de masse.
Biblio: Hatton et Willamson, 2005, Global Migration and the World Economy. MIT press.
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Ouvrages en revue

mardi, février 02, 2010
Juste en dessous du titre de notre blog gît l'inscription "un blog sur des articles et des ouvrages en éco"... des ouvrages??? Oups, jusqu'à présent, pas une seule revue d'ouvrage n'a été réalisée... il faut dire que c'est particulièrement long à faire, notamment lorsque l'on désire éviter une lecture superficielle! Nous vous proposons donc un compromis, dans les semaines à venir, nous réaliserons une revue de seulement quelques chapitres des ouvrages suivants:
  1. Global Migration and the World Economy de Hatton et Williamson. Post prévu pour le 8 février.
  2. Logique de l'action collective d'Olson. Post prévu pour le 15 février.
  3. Trade and the Environment de Copeland et Taylor. Post prévu pour le 22 février.
  4. Institutions and Economic Performance édité par Helpman. Post prévu pour le 15 mars.
  5. Creative destruction de Cowen. Post prévu pour le 12 avril.

Ces bouquins, qui sont des standards, ont peut être été déjà évoqués voire analysés par la blogosphère éco française, nous ferons qq de chose de complémentaire.
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La liste

lundi, février 01, 2010
Il y a quelques temps, j'ai découvert le document suivant sur le site du CERDI intitulé "LISTE AERES CLASSEMENT RECTIFICATIF JUIN 2009", ce rectificatif me semble problématique (est-il officiel, est-ce juste un doc interne ou un projet de l'aeres? Vos commentaires sont les bienvenues). Une grande partie des revues qui étaient en C sont passées en B et la catégorie C ainsi vidée a été supprimée. Cette correction me sembe distorsive notamment en terme d'asymétrie information car pour recruter un maitre de conférences (1) ou un chercheur dans un quelconque organisme, les recruteurs ne se baseront pas sur la classification de l'AERES, ils continueront de penser qu'Economics Letters, Open Eco Rev, Revue Eco, REP etc, classées B depuis 'toujours', sont plus sélectives que la revue Lambda classée B aujourd'hui mais C hier. Les victimes? Les doctorants mal informés qui penseront que Lambda est aussi valable que les autres pour obtenir un job... Pire certaines revues françaises sont surclassées par rapport à des revues anglophones qui ont au moins un peu de visibilité internationale. Quand je pense que certains jeunes chercheurs s'épuisent à la tâche pour publier un article formalisé de qualité en anglais dans une revue française qui n'est lu nulle part et ce sur les conseils de l'AERES, je me demande si ce n'est pas là un gachi de ressources (un détournement de trafic nous dirait Viner) bien déraisonnable.
Songez tout de même, qu'il y a déjà de nombreuses approximations dans l'évaluation d'un chercheur via le classement des revues: au sein d'une revue les articles sont d'inégales qualités (2) et les chercheurs sont notés sur la moyenne de citations d'articles qu'ils n'ont pas écrit... Ceci est déjà une sacré approximation de l'impact d'un article et encore plus de la qualité d'une recherche. Hélas en décrétant comme égales des revues qui ne le sont pas, l'AERES rajoute encore de l'erreur et renforce la mauvaise allocation des articles (je sais, je me répète, mais ceci est problématique, par exemple pour ceux désirant faire un post-doc à l'étranger et qui auront publié dans une revue inconnue en dehors de nos frontières).
Au fait, pourquoi ne connait-on pas la façon dont est réalisé le classement AERES? Comment les citations sont-elles prise en compte?
A vous chers doctorants sous-informés, je vous conseille d'utiliser le classement de Kodrzycki et Yu (2006) ou Kalaitzidakis et al. (2003) en complément de la liste AERES. Certes ils datent un peu (et n'hésitez pas à poster en commentaire des choses plus récentes), mais vous verrez que certaines revues classée A ou B n'apparaissent pas, ou ne sont en fait que des revues de basses qualités à l'échelle internationale. Ceci ne doit pas vous décourager, mais au contraire vous décomplexer, puisque la catégorie B contient des "junk reviews", choisissez avec précaution dans cette catégorie ou alors fuyez vers la qualité et tentez uniquement les revues A* et A.

(1) Un article trés moyen publié dans Lambda obtient la même note qu'un bon article publié dans cette même revue, c'est inévitable (ceci dit je pense que l'écart type doit diminuer avec la qualité de la revue, voir Cherkashin et al. (2009) pour le JIE) et ça limite l'intérêt de noter un auteur sur la note d'une revue, les indices individuels du style H-factor (voir Publish or Perish) sont ainsi de plus en plus utilisés mais ils ne sont pas sans poser qq pbs surtout pour les jeunes.
(2) mais aussi pour les professeurs d'université, à titre d'illustration jettez un oeil au rapport d'aggrégation de Louis Lévy-Garboua (2008), vous verrez que le classement utilisé est différent de celui de l'AERES.

  • Bibliographie
- Cherkashin et al., 2009. The Inside Scoop: Acceptance and Rejection at the Journal of International Economics, Journal of International Economics. Vol 77, Issue 1, Pages 120-132.
- Kalaitzidakis P., Mamuneas T., Stengos T., 2003. Rankings of Academic Journals and Institutions in Economics. Journal of the European Economic Association, MIT Press, vol. 1(6), pages 1346-1366.
- Kodrzycki YK and Yu P. 2006. New Approaches to Ranking Economics Journals. Federal Reserve Bank of Boston.
- Lévy-Garboua (2008), Aggrégation. Revue d'Economie Politique, Vol 118 - 2008/5.
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Quand Einstein dévoile sa méthode sur notre blog

samedi, janvier 30, 2010
C'est en lisant un texte de Damour (2005) que je suis tombé sur ce graphique dessiné par Albert Einstein, résumant sa vision épistémologique.

Le E représente les faits, les résultats empiriques. D'après cet ensemble d'observation, on peut avoir une idée de recherche, c'est à partir de cette idée que nous allons poser des axiomes, noté A, sur lesquels nous voulons/pensons qu'elle repose. A ce stade il n'y a pas encore de liens logiques entre A et E, juste des intuitions. Entre A et S, le boulot devient technique, il faut obtenir à partir de A et de façon logique (d'ou l'utilité des maths) les propositions S. Et enfin l'étape ultime est de vérifier si ces résultats collent bien à la réalité. Si ce n'est pas le cas, la recherche vers la vérité continue et l'on peut écarter une voie de recherche (ce qui n'est pas négligeable). Pour ne citer que celui par qui la lumière fut, c'est à dire Edison "I have not failed. I've just found 10,000 ways that won't work", ou pour paraphraser Mafeco, même les résultats invalidés sont intéressants!


Einstein et Darwin, vous êtes servi!


Comme nous l'a enseigné Darwin (ça change d'HOS et Ricardo) l'environnement influence les spécialisations, aussi l'économiste d'atan faisant face à des données peu fines et à des traitements informatiques peu puissants a investi avec ferveur le côté théorique. Aujourd'hui avec l'apparition des logiciels "presse bouton" et la profusion de données, c'est l'inverse qui semble dominer, on teste un peu tout et n'importe quoi. Evidemment il ne faut pas généraliser, même dans des domaines où le terrain E compte énormément, les leaders ne s'y trompent pas. A titre d'exemple j'ai particulièrement apprécié ces lignes de Banerjee et Duflo (2008):

"To be interesting, experiments need to be ambitious, and need to be informed by theory. This is also, conveniently, where they are likely to be the most useful for policymakers. Our view is that economists' insights can and should guide policy-making. They [...] are often in a position to midwife the process of policy discovery, based on the interplay of theory and experimental research. It is this process of "creative experimentation", where policymakers and researchers work together to think out of the box and learn from successes and failures, that is the most valuable contribution of the recent surge in experimental work in economics."

Nota Bene
1) Dans les années 2000, à l'époque où je découvrais l'économie et où elle m'intéressait parce qu'elle utilisait le langage mathématique pour discuter avec rigueur des interactions économiques, d'autres remettaient en cause la place des maths dans l'analyse économique. Je n'ai jamais compris ce débat (quoique, ce post d'Antoine m'a aidé à en comprendre la genèse), les maths permettent de faire des raisonnements logico-déductifs et je ne vois pas pourquoi l'économie s'en priverait (c'est justement notre avantage comparatif par rapport à la socio ou à d'autres sciences humaines dont les visions sont tout aussi importantes car justement basé sur d'autres méthodes). Autant dire que je ne répondrai à aucun commentaire sur la place des maths dans l'économie, ni sur la soi-disant admiration de l'économie pour les sciences dures telle que la physique.
2) Voir Rationalité limitée pour des posts sur l'épistémologie bcp moins limités.

  • Biblio

Barnerjee, A., Duflo, E., 2008. The Experimental Approach to Development Economics. MIT miméo.
Damour, T., 2005. Einstein 1905-1955 : son approche de la physique. Séminaire Poincaré, p. 1-25.
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La sous-évaluation du Yuan à la lumière des modèles de taux de change d'équilibre- 2nd volet

jeudi, janvier 21, 2010



Focus sur le modèle NATREX appliqué aux économies de taille réduite : Économies en transition ou cas du Petit Pays


Le cas du Petit Pays



Lim et Stein en 1995 ont élaboré une version du Natrex adaptée à des économies de petite taille afin d'étudier les comportements du taux de change d'un pays ne pouvant pas avoir d'influence sur les marchés. Cette version est détaillée et illustrée avec le cas du taux de change de l'Australie dans un papier publié en 1995. La lecture du papier mène le lecteur à se pencher sur le modèle d'Edwards élaboré en 1988 dont Stein s'est inspiré pour son analyse d'une petite économie. Il sera donc nécessaire d'expliciter le modèle d'Edwards afin de comprendre la démarche et les apports personnels de Stein dans ce modèle de taux de change d'équilibre. Par définition, le taux de change réel effectif s'écrit

R= ∏i N.(P/P*)^Ѳi
avec N le taux de change nominal bilatéral
P et P* les prix à la consommation domestique et partenaire
la pondération Ѳi appliquée au taux de change réel bilatéral représentent le poids de chaque partenaire en termes de volumes échangés. On suppose également que chaque pays produit un bien exportable (1 ou 2) et un bien n dit « non échangeable », dans une proportion a pour le pays étudié et b pour le ou les pays partenaires.

P et P* s'expriment alors comme le prix composite de deux types de biens produits dans l'économie.
P= Pn^a. P1^(1-a)
P*=Pn^b.P2^(1-b)

On définit les termes de l'échange comme le prix relatif des biens exportables domestiques par rapport aux produits échangeables produits à l'étranger exprimés dans la même monnaie
T=N.P1/P2*

Et le prix relatif des biens non échangeables (n) par rapport aux exportations comme suit
Rn=Pn/P1 
Rn*=Pn*/P2

En reprenant l'expression des prix à la consommation comme des composites des biens exportables et non échangeables, ainsi que l'expression du taux de change réel fonction des indices de prix on obtient l'expression suivante
R=T. (Rn)^a. (P2*/Pn*)^b
R= T. (Rn)^a avec P2*/Pn*normalisé à 1


Le taux de change réel d'une petite économie est donc fonction de T les termes de l'échange, variable exogène puisque un petit pays ne peut exercer aucune influence sur les prix mondiaux, et de Rn le prix relatif des biens n, endogène, dont on verra les fondamentaux de moyen et long terme.
Soit logR= logT+ alogRn+ e
Avec Rn variable endogène qui permet d'équilibrer le marché. Deux hypothèses permettent d'expliquer la formation du taux de change


- L'équilibre du marché interne, qui, en supposant la coexistence de deux secteurs les biens échangeables et non échangeables, passe par un équilibrage du marché des biens non échangeables, étant donné que seul le prix relatif des biens non échangeables étant endogène (les prix mondiaux étant fixes), le retour à l'équilibre se fait grâce à Rn


- L'équilibre externe qui revient à équilibrer la balance commerciale, exportations et importations dépendant du prix relatif des biens n Stein suite au modèle d'Edwards, reprend l'hypothèse que Rn est une variable endogène qui est également déterminée par la consommation sociale (privée+publique) en termes de PIB. En effet, la consommation ou préférence pour le présent a un impact sur l'équilibre interne lorsqu'il s'agit de la consommation de biens n et sur l'équilibre externe en impactant la balance commerciale, donc la balance courante. On peut signaler que contrairement au modèle pour un grand pays, la variable «consommation» n'est pas exprimée en termes relatifs vis-à-vis de la monnaie de référence lorsque le taux de change réel est bilatéral ou vis-à-vis des consommations des pays partenaires lorsque le taux de change réel est dit effectif. En effet, en supposant que l'équilibre d'une petite économie est atteint par le biais de son marché interne des biens n (du fait de la non-influence d'un petit pays sur le marché mondial), on pose implicitement l'hypothèse que les fondamentaux du taux de change réel sont exprimés en termes absolus dans le sens où ils correspondent aux variables domestiques uniquement.

Le rôle de la productivité : l'effet Balassa intégré dans l'analyse


Edwards a tenté d'intégrer dans son modèle le rôle de la productivité par le biais du progrès technique. Stein reprendra et complètera son modèle en introduisant des équations structurelles plus détaillées afin que chaque variable, notamment les productivités relatives de chaque secteur soit expliquée. L'idée sous jacente est relativement intuitive, elle se base sur le constat que les productivités relatives des secteurs n'évoluent pas au même rythme notamment lorsqu'un secteur est exposé à la concurrence internationale et pas l'autre. Ainsi, on admet communément que les gains de productivité seront toujours plus élevés dans le secteur exportable que dans le secteur des biens n. C'est l'hypothèse Baumol Bowen (mise en évidence par Obstfeld et Rogoff) sous jacente qui stipule que les activités non échangeables sont naturellement moins susceptibles d'engranger des gains d'efficience : il parait évident que les services ou encore la construction ne peuvent pas enregistrer des gains de productivité aussi important que l'agriculture ou l'industrie. Si la productivité relative des biens exportables augmente, alors leur prix doit mécaniquement baisser faisant monter le prix relatif des biens non échangeables. Or d'après la définition du taux de change réel, une hausse de Rn entraîne mécaniquement une appréciation réelle de la monnaie.


Balassa suppose que le travail est mobile entre les secteurs, donc que les salaires s'égalisent W=W1=W2. Le prix de vente p doit être égalisé au cout marginal de production p=cm, cm étant lui-même égal à la productivité marginale du travail que l'on note Cm=W/H


Donc Balassa pose l'expression de Rn comme suit:
Rn= Pn/P1= (W/Hn)/(W/H1) = H1/Hn
Ce qui n'est autre que le rapport des productivités relatives entre secteurs. Le taux de change réel s'écrit alors:
R= T. [(H1/Hn)^a]/ [(H'2/H'n)^b]
avec δR/δ (H1/Hn) supérieur à 0 et δR/δ (H2’/Hn’) inférieur à 0;

L'analyse dynamique selon Lim et Stein en 1995


Les auteurs définissent un vecteur Z de fondamentaux de long terme i.e. exogènes : Z=T,u,s,r* soient T, les termes de l'échange, u, le vecteur de la productivité des facteurs (u= u1, un), s l'épargne sociale par le biais de la fonction de consommation reprise du modèle d'Edwards et r* le taux d'intérêt réel mondial par le biais de la fonction d'investissement mais aussi de l'équilibre de portefeuille explicité dans le modèle.

Reprenons rapidement les fonctions sous jacentes du modèle:

- la fonction d'investissement s'écrit
dk/dt=I=I(q)
avec q=q(k,T,Rn,u,r) le ratio de Tobin, qui intègre k le stck de capital et implicitement l'intensité capitalistique, T les termes de l'échange, Rn le prix relatif interne, u les productivités sectorielles relatives et r le taux d'intéret.

- la fonction de consomation sociale
C=C(k-F,1-s), k-F étant la richesse nette (stock de capital-dettes) des agents et s une mesure de l'épargne sociale qui reflète l'inverse d'un taux d'actualisation social (lissage de la consommation)

- Les auteurs spécifient que la valeur d'équilibre de la dette est une variable endogène stable à LT, qui est fonction des fondamentaux Z. La fonction d'épargne sociale s'écrit alors
S=Y(k,u)-r*F-C(k-F,1-s)=S(k,F,Z) avec Y le produit national dépendant du capital et de la productivité des facteurs, moins les intérêts de la dette, moins la consommation. Une hausse de la dette réduit la richesse et augmente l'épargne dans le respect de la condition de soutenabilité de la dette.

- L'équation de balance de portefeuille répond à plusieurs hypothèses qui sont: la non-validité empirique de la parité des taux d'intérêt non couverte qui intègre explicitement les anticipations des agents. On considère l'absence de risque de défaut de paiement à court terme et le différentiel des taux d'intérêt entre le pays étudié et le reste du monde est stationnaire dans le temps.
L'équation de portefeuille s'écrit ainsi: r=r*+h(F,t) Ainsi, le taux d'intérêt du pays étudié doit converger vers le taux d'intérêt mondial, mais la vitesse de convergence est altérée par la dette externe qui au cours du temps augmente le risque à long terme d'un investissement de portefeuille, notamment la probabilité de dévaluation de la monnaie

Ces fondamentaux agissent donc au sein de la dynamique du taux de change réel, du compte courant, de la dette et des mouvements de capitaux. Deux horizons temporels sont clairement distingués dans le cadre de l'analyse dynamique de la formation de R : le moyen terme pour lequel le stock de dette externe (F) et de capital (k) sont fixés et une trajectoire de long terme dans laquelle dette externe et capitaux deviennent endogènes, puis convergent vers une valeur d'équilibre.

La démarche générale de l'analyse dynamique consiste en une décomposition en trois parties:

- Comment les fondamentaux affectent Rn et R à moyen terme pour k et F fixés?
- Comment le capital (k) et la dette (F) évolue en réponse aux fondamentaux ?
- Comment l'évolution de la dette et du capital affectent-ils l'évolution de R et Rn pour atteindre un état stationnaire?

Jusqu'à l'état d'équilibre de LT, le prix relatif interne Rn dépend donc du stock de capital (k), du stock de la dette (F), et des fondamentaux exogènes, le vecteur Z =T, u, s, r*. Ainsi, le taux de change d'équilibre à moyen terme dépend des mêmes composantes puisqu'il s'écrit:
R= T. (Rn)^a = R [k(t), F(t), Z(t)]

Le capital est la dette évoluent dans le temps en fonction de l'épargne et de l'investissement, donc du compte courant. Ceci représente la clé de la dynamique de moyen terme vers l'état stationnaire de long terme. A l'équilibre de long terme le stock de capital et la dette atteignent leur niveau soutenable de long terme associés à k(Z) et f(Z), dépendant strictement des fondamentaux exogènes. Le Natrex doit alors converger vers R(Z(t)), état non stationnaire du taux de change réel car il s'agit d'un équilibre instable dépendant du temps.

Les équations du modèle Natrex dans le cadre d'un petit pays s'écrivent alors:

- Equilibre interne: Cn (Rn,k-F,s,T)+(1-m)I(q)-Q(Rn,k,u)=0 soit la demande de biens non échangeables (qui équivaut à la consommation des ménages Cn ainsi que la part de l'investissement consacrée aux biens non échangeables dans une proportion (1-m) qui égalise l'offre de biens non échangeables. On rapelle que la consommation de ces biens dépend du prix des biens, de la richesse nette des agents qui s'identifie au stock de Capital moins le stock de dette k-F, de l'épargne et des termes de l'échange; l'investissement est une fonction classique du ratio de Tobin; l'offre de biens n étant fonction du prix, des productivités relatives et dotations factorielle

- Equilibre externe: CA=Q₁(Rn,k,u)-mI(q)-C₂(Rn,k-F,s,T)-r*F soit la balance commerciale qui s'écrit comme le total des exports (P1= numéraire) moins la part des biens importés investis moins la consommation importée.


Le Scénario économique sous jacent du modèle est le suivant: Le prix relatif interne doit équilibrer le marché des biens, en rappelant qu'il est fonction de Z= (T, u, s, r*) mais aussi de variables endogènes qui sont F et k, la dette et le capital à moyen terme.
R est donc fonction de Z, F et k à moyen terme, et uniquement fonction de Z à long terme, les fondamentaux influençant de manière endogène stock de capital et dette qui convergent vers leur valeur d'équilibre.

Deux hypothèses fortes à long terme:
- Le stock de dette et de capital en termes de PIB sont supposés stables
- Les évolutions de F et k produisent de nouvelles solutions de Rn.

Autour de ces deux hypothèses Lim et Stein analyse le passage d'un état stationnaire de moyen à long terme. Le stock de capital et de dette évolue à travers le temps avec l'épargne et l'investissement, ce qui produit une trajectoire particulière du Natrex avec des excédents ou déficits de la balance courante.

Posons le système dynamique complet de R
dR/dt=dR/dL(k,F,Z)+dR/dJ(k,F,Z)+dR/dZ.dZ/dt
avec les deux hypothèses de long terme dk/dt=0=J, soit la stabilité du stock de capital dans le temps dF/dt=0=L, soit la stabilité du stock de la dette dans le temps 


Le respect de ces deux conditions de long terme permet d'introduire les niveaux k* et F* d'équilibre et le mécanisme sous jacent : Une augmentation de k le capital implique une baisse du produit marginal et donc une baisse de l'investissement net et donc un désendettement extérieur qui réduit le risque h(F) et par la même entraîne la réduction de r le taux d'intérêt réel d'où une incitation à investir de nouveau pour un retour à l'équilibre i.e. une restauration du niveau d'investissement à son niveau stable. Dans le cadre d'une contrainte budgétaire intertemporelle il est requis par les auteurs que la dette réelle converge vers un niveau soutenable de la dette CA=B*-rF*=0,avec B la balance commerciale et rF* les intérets de la dette.


Pour la stabilité du modèle deux conditions doivent être respectées:
- Une hausse de l'intensité capitalistique baisse le produit marginal du capital et donc réduit l'incitation à investir (effet visible par le biais du ratio de Tobin)
- Une hausse de l'endettement, pour un niveau de capital donné doit augmenter l'incitation à épargner, (effet Ricardien) produisant une sortie de capitaux et réduisant la dette pour atteindre L=0


Donc, les solutions simultanées de J(k*,F*,Z)=0 et L(k*,F*,Z)=0 impliquent que l'état d'équilibre de long terme dépendent uniquement du vecteur Z exogène. Ainsi le taux de change réel d'équilibre à long terme pour une petite économie s'écrit: RnatrexLT= R(s,u,T) avec à long terme, une égalisation des taux d'intéret au niveau du taux mondial, avec s le taux de préférence pour le présent ou consommation sociale, u la productivité relative du secteur exportateur, et T les termes de l'échange

Le cas de l'économie émergente

Dans le cadre d'une économie dite émergente, Stein établit une variante de son modèle adaptée aux économies de taille réduite. En effet Stein avance l'idée qu'une économie émergente grâce à sa politique d'ouverture commerciale "agressive" et à l'attraction des capitaux étrangers et investissements directs étrangers, le pays alimente des fondamentaux du taux de change plus spécifiques. Les IDE, d'une part, permettent des transferts technologiques tout en finançant les déficits de balance courante, les politiques d'ouverture commerciale, d'autre part, amènent à des gains de productivité importants via une réallocation plus productive des ressources et donc à une amélioration du rendement du Capital. Ainsi, de manière plus globale, une économie émergente par son ouverture commerciale et financière connait des gains de productivité, une amélioration des termes de l'échange, de la balance commerciale et de son taux de croissance économique.


Ces élements font que l'équilibre du taux de change va être impacté de manière un peu différente à moyen et long terme. Le taux de croissance économique a un rôle important dans la formation du taux de change, devenant ainsi une variable fondamentale du modèle, au même titre que la productivité et les consommations sociales. On sort du cadre théorique précédent puisque l'équilibre ne s'établit plus autour du marché interne via l'équilibre des biens non échangeables. Ce constat est relativement intuitif lorsque l'on considère des économies qui posent leur stratégie de croissance sur une ouverture très forte de leur économie.


A moyen terme, l'équilibre du taux de change tient compte des flux d'IDE, qui entraînent mécaniquement une appréciation du taux de change réel via une entrée massive des capitaux et une amélioration de la rentabilité économique via les transferts technologiques, donc des gains de productivité, une amélioration des termes de l'échange et du taux de croissance.Ceci permet de montrer que les termes de l'échange deviennent endogènes aux IDE, et qu'il n'est donc plus pertinent de les introduire comme variable fondamentale du taux de change réel. A plus long terme, deux effets opposés sont mis en évidence par Stein: d'une part, plus les flux d'IDE seront abondants, plus le montant de revenus du Capital versés à l'étranger sera élevé, ce qui contribue à terme à détériorer la Balance courante. D'autre part, l'amélioration des gains de productivité et les effets positifs sur la balance commerciale entraîneront via l'effet Balassa-Samuelson une appréciation réelle de la monnaie. Si le second effet domine, l'appréciation réelle de la monnaie sera vérifiée à long terme. l'équilibre de long terme s'écrie alors en ofnction des seuls déterminants exogènes qui sont:

RnatrexLT= R(s/s*,u/u*,g)

avec s et s* les taux de préférence pour le présent ou les consommations sociales relatives, u et u* les productivités relatives des biens exportables et g le taux de croissance du pays étudié, devenu exogène à long terme.

Ainsi en guise de conclusion de cette partie théorique, partant du modèle détaillé de Stein adapté aux économies de taille réduite, il a été possible d'établir une extension encore plus proche de la réalité des économies émergentes, afin d'associer à l'analyse du taux de change réel chinois, un modèle adapté à aux caractéristiques et besoins de l'économie chinoise. Stein permet ainsi de juger la valeur réelle du Yuan de manière moins indépendante de ses besoins en termes de croissance afin de répondre à la nécessité de réduire le taux de chomâge important et souvent déguisé de la Chine.


Vérification empirique du modèle dans le cadre du Renminbi Chinois :

On rappelle que la Chine est très régulièrement montrée du doigt comme faussant régulièrement les règles du Commerce international par le biais d'une instrumentalisation de son taux de change. Certains économistes allaient jusqu'à évaluer la sous évaluation du Yuan à hauteur de 20- 30% par rapport à sa valeur d'équilibre. Or, il est évident que ce genre de conclusions dépend de manière considérable du modèle d'équilibre choisi, i.e. des fondamentaux utilisés pour déterminer la valeur d'équilibre du monnaie. Il est intéressant de tester empiriquement le modèle Natrex, d'une part dans le but de confirmer ou infirmer les ordres de grandeurs avancés jusqu'alors, d'autre part pour illustrer l'idée que la prise en compte de fondamentaux du taux de change caractéristiques des économies émergentes telles que la Chine.


Après avoir récolté les données sur la période 1970-2008 et estimé économétriquement le modèle Natrex dans sa version adapté aux économies émergentes, il est possible d'établir un graphique représentant les mésalignements monétaires du Yuan par rapport à sa valeur d'équilibre de long terme (estimé sur la période 1972-2006). On obtient ainsi le graphique suivant : Les sources de données sont la base du FMI (IFS database CD-ROM) pour les taux de change (nominaux plus les prix à la consommation pour estimer les taux de change réels) et les consommations privées, publiques, PIB, UN database, la base des Nations-Unies pour les taux de croissance du PIB chinois et enfin la base de donnée établie par Maddison pour obtenir les productivités relatives (PPA).



Ce graphique nous permet d'émettre des commentaires intéressants sur les mésalignements au cours du temps de la monnaie chinoise. On peut distinguer trois voire quatre phases distinctes en observant les allures des courbes :

- de 1970 à 1977 : une période pendant laquelle le taux de change réel observé et le Natrex seraient relativement proche, alternant entre une légère surévaluation puis sous évaluation du Yuan. Suite à la fin du système de Bretton Wood et du flottement général des principales monnaies, la Chine a décidé de passer à un ancrage composite (suite à un régime fixe qui s'est étendu sur 17 ans), dans lequel le Renminbi est ancré sur 13 monnaies occidentales. Néanmoins, en 1975, ce panier de devises est composé à 50% de dollars et 50% de Deutsch Marks.

- De 1978 à 1984, les résultats de l'estimation du Natrex permettent de conclure à une surévaluation du Yuan durant toute la période sans interruption. A cette même période correspond une nouvelle phase historique du régime de change chinois. En effet, en 1979, suite à des réformes économiques, la Chine introduit l'IRTS (taux interne des règlements commerciaux), qui est un autre taux de la monnaie, existant en parallèle au taux de change officiel. Ce taux (coté au certain) inférieur au taux officiel jouait comme une dévaluation, et par la même a entrainé mécaniquement une surévaluation du taux de change officiel. Les résultats que nous avons obtenus semblent correspondre à l'histoire du Régime de change. En effet, en 1981, de nombreuses dévaluations du taux de change officiel ont lieu afin d'éliminer la surévaluation héritée de ce système. Le taux officiel rejoint la valeur de l'IRTS, qui devient inutile en 1984.

- De 1984 à 2003 : on constate un renversement de la tendance avec une sous évaluation du Yuan. Cette période correspond d'une part à une période d'ancrage du Renminbi sur différentes monnaies (les autorités créent des droits de rétention de devises), le contrôle est important. Néanmoins, en 1994, une grande réforme est élaborée, le régime de change devient un régime de flottement géré. Le système de droit de rétention de devises est aboli, mais dans les faits, les bandes de fluctuation par rapport au dollar sont tellement étroites, que le taux de change du yuan demeure sous évalué.

- De 2004 à 2006, les résultats du modèle permettent d'avancer le constat suivant : la valeur du Yuan semblerait sur évaluée vis-à-vis de sa valeur d'équilibre, sur évaluation de l'ordre de 3 à 10% environ. Ce résultat parait surprenant car il est en contradiction avec les accusations encore très actuelles portées sur la politique de change chinoise, dans le sens où le gouvernement maintient la monnaie sous évaluée. Néanmoins, ce constat correspond à la période des réformes du régime chinois, qui tentent de répondre aux exigences des institutions internationales telles que l'OMC, qui exercent une pression forte en vue d'une réévaluation de la monnaie chinoise. Ainsi, le gouvernement chinois a élargi les bandes de fluctuation de sa monnaie, ce qui a mené le Renminbi à être réévalué de 2,5%.

De fait, les mésalignements de la monnaie chinoise sur les trente dernières années correspondent dans les grandes lignes aux ruptures historiques du régime monétaire chinois. Mais plus que tout ce qui suscite le plus la controverse politique et médiatique est l'ampleur de la sous évaluation de la monnaie ces dernières années. Certains économistes et politologues avaient estimé que la sous évaluation du Yuan atteignait 15-30%.

Or, depuis l'entrée de la Chine dans l'OMC soit en décembre 2001, et d'après les estimations de la valeur d'équilibre à cette même période par le modèle Natrex, il semble que la monnaie soit sous évaluée tout au plus de 4,3% par rapport à sa valeur d'équilibre.

Conclusion

Ces résultats montrent avant tout l'intérêt d'une analyse plus approfondie des modèles de taux de change d'équilibre, qui parce qu'ils sont loin de refléter parfaitement la réalité, ont des spécifications qui dans le cadre théorique de Stein permettent des adaptations plus rigoureuses à des formations du taux de change qui diffèrent fondamentalement les unes des autres , selon les caractéristiques économiques des pays étudiés. Ainsi, en tenant compte des besoins en croissance économique de la Chine, la sous évaluation de sa monnaie est rapportée à 5% au maximum. Les estimations très élevées qui sont souvent mises en évidence reflète l'application d'un modèle général ne tenant pas compte du fait que la Chine est un pays qui a besoin de se développer pour employer sa population et réduire à terme les inégalités, à travers une politique d'ouverture indispensable.

Références bibliographiques



-BOUVERET, A. et H. STERDYNIAK (2005), «Les modèles de taux de change: Equilibre de long terme, dynamique et hystérèse », Revue de l’OFCE, avril.

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-HINKLE L. E. and P. J. MONTIEL ed. (1999), Exchange rate misalignment, Concepts and measurement for developing countries, A World Bank Research Publication, Oxford University Press.

-MACDONALD R. (1997), “What Determines Real Exchange Rates? The Long and Short of It”, Journal of International Financial Markets, 8, pp. 117-153.

-MACDONALD, R. (2000), Concepts to Calculate Equilibrium Exchange Rates: An Overview, Discussion paper 3/00, Economic Research Group of the Deutsche Bundesbank.

-STEIN, J.L. (1990), “The Real Exchange Rate”, Journal of Banking and Finance, 14, Special issue, pp. 1045-1078.

-STEIN, J.L. (1994), “The Natural Real Exchange Rate of the United States Dollar and Determinants of Capital Flows”, in J. Williamson (ed.), Equilibrium Exchanges Rates, Institute for International Economics, Washington, DC.

-STEIN, J.L and P. R. ALLEN eds. (1995), Fundamental Determinants of Exchange Rates, Clarendon Press, Oxford.

-STEIN, J.L and G.C. LIM (1995), “The Dynamics of the Real Exchange Rate and Current Account in a Small Open Economy: Australia”, in Fundamental Determination of Exchange Rates, J.L. Stein and P.R. Allen (eds.), Clarendon press, Oxford

-WILLIAMSON, J. (1994), “Estimates of FEERs”, in Estimating Equilibrium Exchanges Rates ed. Institute for International Economics, Washington.
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Brève histoire des coûts commerciaux

lundi, janvier 18, 2010
« Les armées de Napoléon se déplaçaient à la même vitesse que celles de Jules César » Paul Valéry

Comme l'illustre cette citation, l'histoire des transports est souvent perçue comme étant une longue et lente évolution jusqu'au début du 19ème siècle, puis les révolutions technologiques s'enchaînent entraînant une mobilité plus grande des personnes et des biens. Ainsi dans le dixième des Voyages extraordinaires, Phileas Fogg part de Londres le 2 octobre 1872, il traverse la Manche, prend le train à Calais, transite par Paris et descend l'Italie jusqu'à Brindisi. Il traverse ensuite la Méditerranée puis atteint la Mer Rouge par le très récent canal de Suez (1), de là Fogg met 11 jours pour atteindre Bombay. Le voyage de Bombay à Calcutta aurait dû se faire en 3 jours, mais la ligne de chemin de fer n'étant pas terminée, l'aventurier mettra deux jours de plus à dos d'éléphant.

En partance de Calcutta et en l'espace de 39 jours Fogg atteint Hong Kong par paquebot, puis Yokohama en goélette et traverse le Pacifique jusqu'à San Francisco. La ligne transcontinentale joignant San Francisco à New York, achevée en 1869, permet ensuite à Fogg de réaliser ce trajet d'un océan à l'autre en 7 jours. Enfin Fogg traverse l'Atlantique et rejoint Londres, achevant de la sorte un voyage autour du monde long de 80 jours. Ainsi le héros de Jules Vernes a t-il pu bénéficier de toutes les avancées de son siècle. Selon Hobsbawm (1975), quelques années après la parution de cet ouvrage une agence de voyages américaine proposait le même périple et dans les même délais, chose totalement impensable une trentaine d'années plus tôt où l'on mettait au mieux, plus de 11 mois pour réaliser un tel voyage. En effet, comme l'illustre la Figure 1.1 l'évolution des modes de transport fut rapide, la longueur mondiale du réseau de chemins de fer atteint 1 105 500 km en 1913, alors qu'elle était quasi-nulle 80 ans auparavant. Mais ces avancées technologiques n'augmentent pas seulement la vitesse du transport, la baisse des coûts est tout aussi impressionnante. Dans un article de 1989, Bairoch rapporte que le transport de viande sur une distance de 800 km pouvait représenter jusqu'à 79% du coût de production en 1830 contre 12% en 1910 (et respectivement 92% et 19% concernant le transport de barres de fer). Pour Bairoch (1976) la baisse réelle des coûts de transport terrestre a ainsi été de l'ordre de 10 à 1 sur la période allant de 1850 à 1913.

En ce qui concerne les transports maritimes, le Graphique 1 indique la diminution importante des coûts de fret sur le réseau Europe-Amérique du Nord (qui représente 40% du commerce extra-européen total), cette baisse a de plus été accentuée par une diminution des coûts d'assurance et de manutention, abaissant de la sorte le prix du transport maritime par 7 au cours du 19ème siècle. Cette diminution importante des coûts fut l'un des facteurs majeurs permettant à des millions de personnes de fuir les persécutions religieuses et/ou la détérioration des conditions sociales faisant suite à la révolution industrielle.

Migration internationnale

D'après Rostow (1960), les Etats-Unis réalisent leur décollage économique entre 1843 et 1860, et comme l'indique le graphique ci-dessous (sur ce graphique l'échelle de droite représente le PIB par tête de la Grande Bretagne divisé par celui des Etats-Unis), les Etats-Unis convergent très rapidement vers la Grande Bretagne et sur la période allant de 1890 à 1910, le basculement s'opère, le PIB par tête américain devenant relativement plus élevé. L'Europe connaît alors sa plus forte phase d'émigration (voir graphique, l'échelle de gauche représentant l'émigration Europe vers Etats-Unis), constituée majoritairement d'Irlandais (40% selon Bairoch (1997)).


Cette forte mobilité des populations est un trait particulier de certaines phases de libéralisation commerciale, ainsi comme le note Molle (1990), la mise en place du marché commun entre 1958 et 1973 a elle aussi entraîné d'importants mouvements de population, la part de travailleurs étrangers en Allemagne passant de 2 à 6% sur cette période et augmentant de 2% en France et en Belgique, en tout, près de 11 millions de personnes émigrent à l'échelle internationale sur cette période.
A la baisse des coûts de transport, accélérée par la chute du prix des transports aériens, s'est de plus ajoutée une diminution vertigineuse des coûts de communication. Selon un rapport de la Banque Mondiale de 1995, le prix d'une communication téléphonique de 3 minutes entre Londres et New York représente en 1990, 1% du coût de cette même communication en 1940. Sur la dernière décennie c'est évidemment la chute rapide du prix des ordinateurs qui abaisse fortement les coûts d'information, ainsi internet devient un bien de consommation de masse dans les pays développés et les cyber cafés se multiplient dans les pays en voie de développement. Cette baisse historique des coûts de communication et de transport n'a cependant pas eu les mêmes effets sur les mouvements migratoires que ceux observés lors des périodes précédentes. En effet, comme le souligne Faini et al. (1999), des coûts de transport plus faibles et une information améliorée sur les conditions de vie à l'étranger, auraient du favoriser une immigration internationale massive, mais il n'en fut rien en raison des politiques d'immigration très restrictives mises en place au sortir des années 70. Politiques qui sont d'ailleurs toujours d'actualité; audibles dans les termes "d'immigration choisie" et visibles sur les images récentes provenant des enclaves européennes en Afrique.

Coûts commerciaux

Si John List, économiste allemand fut à l'origine du tracé ferroviaire de l'Allemagne du Nord (2), quelques années plus tôt, en 1819, alors que le Savannah, premier bateau à voile muni d'un moteur à vapeur traverse l'Atlantique en 28 jours (3), cet auteur propose une union douanière qui deviendra en 1833 le Zollverein. Mais outre cet accord régional, sur la période allant de 1820 à 1860, le protectionnisme est LA politique commerciale de l'Europe. Seule la Grande Bretagne, qui a souffert durant les guerres napoléoniennes de prix élevés (blocus de Napoléon 1er) et qui connaît encore jusqu'au milieu du siècle des problèmes persistants en ce domaine, cède au loobying industriel et suit les conseils des pères fondateurs de l'économie en abrogeant les Corn Laws (en mai 1846), puis en opérant un libre échange unilatéral.



Libre échange particulièrement visible sur le Graphique 1.4 (Source: Bairoch (1997)), puisque les droits de douane moyens sur les produits manufacturés passent de 50% en 1820 à 0% en 1875. L'absence de données disponibles ne permet hélas pas de voir sur ce même graphique que de 1860 à cette date, le monde a suivi l'exemple libre échangiste de l'Angleterre et ce notamment sous l'impulsion de Napoléon III qui multiplie les accords bilatéraux dont certains incluent la fameuse clause de la nation la plus favorisée. Ainsi comme le soulignent Bouët et Le Cacheux (1999) l'Europe de 1875 affiche les mêmes tarifs sur les biens industriels que l'Europe de 1994 qui sort de l'Uruguay Round. Mais cet effet domino d'accord bilatéraux, est suivi d'un retour au protectionisme initié par la Prusse puis par la France (tarif Méline en 1892) et dégénérant finalement en guerre commerciale (France vs Italie (1886-1898), France vs Suisse (1892-1895), Allemagne vs Russie (1893-1894)). Seule la Grande Bretagne reste fidèle au libre échange, les propos tenus alors sont remarquables comme en témoigne cet extrait du Times de 1881 (cité par A. Bouet (1997)):

« La protection, nous le savons, apporte avec elle son propre châtiment. Nous n'avons rien à craindre à laisser ceux qui croient tirer les leçons de leur expérience. La nature se vengera d'elle-même sur la France, que nous nous en mêlions ou non ».

Mais cette bravade est de courte durée, dès 1881 la Grande Bretagne cède aux tentations protectionnistes qui atteignent un point culminant une cinquantaine d'années plus tard à la suite du Hawley-Smoot Tariff Act voté par les Etats-Unis en 1930. La protection américaine atteint ainsi les 50%, et la première guerre mondiale commerciale naît alors (4).
Au sortir de la seconde guerre mondiale, les nations sont soucieuses d'éradiquer le protectionnisme hérité des années folles. Trois types de stratégies sont alors adoptés, le multilatéralisme sous l'égide du GATT devenu aujourd'hui l'OMC, le régionalisme (5) et l'unilatéralisme. Ainsi au fil des négociations, la baisse moyenne des niveaux de protection est particulièrement forte. A ce titre, le Tableau 1.2 révèle deux éléments : un niveau de protection des secteurs manufacturés particulièrement bas, obtenu grâce aux successifs rounds de négociations multilatéraux, et une ouverture des marchés développés aux pays les moins avancés rendue possible par différents accords préférentiels non réciproques. Les PMA pénètrent ainsi le marché européen à un taux de 0.8% contre 2.9% pour les pays en voie de développement et 3.6% pour les pays riches.

Source: Candau et Jean (2009) calculs réalisés pour l'année 2001

Ce tableau reflète aussi partiellement l'enjeu de l'interminable cycle de Doha dont l'ambition était de libéraliser le secteur agricole. Cette libéralisation, si elle aboutit, devrait notamment bénéficier aux pays intermédiaires plutôt qu'aux PMA et ce pour au moins deux raisons. La première réside dans le fait que les PMA sont des importateurs nets de biens agricoles, la seconde est que ces pays bénéficient déjà d'accès très favorables aux marchés des pays développés en raison des préférences qui leurs ont été accordées. Le tableau 1.3 montre ainsi que les exportateurs des PMA ne payent qu'un droit de 2.8% pour vendre leurs produits agricoles sur le marché européen, alors que leurs concurrents des pays riches et des PVD non PMA font face à des taux respectivement de 14.7% et de 18.5%. La baisse multilatérale des tarifs et le rabotage des pics tarifaires sauneraient ainsi le glas de certains PMA par une érosion de leurs préférences et l'entrée en concurrence de pays tels que le Brésil ou l'Argentine. Certains auteurs ont pourtant contesté ce dernier fait, l'existence de règles d'origine trop restrictives contraindrait ainsi ces pays à ne pas utiliser ces préférences. Mais c'est là un autre débat auquel nous participerons un autre jour.

Note de bas de post
En complément voir EcoInter Views sur cette baisse historique des coûts commerciaux.
(1) En raison de l'absence de vent seuls des bateaux à vapeur peuvent traverser le canal de Suez, or lorsque Ferdinand de Lesseps lance le début des travaux en 1859 à peine 5% des navires sont à vapeur, mais 10 ans plus tard au moment de l'inauguration du canal ce pourcentage a déjà doublé et suit une évolution exponentielle atteignant les 88% en 1914 (calculs basés sur le tableau 8 de Bairoch (1976), les navires de moins de 100 tonnes étant exclus). On peut se demander dans quelle mesure le Canal de Suez a influencé les décisions d'investissement dans les moteurs à vapeur.
(2) Le tracé du réseau ferroviaire de l'Allemagne du Nord est dicté par le souci d'une absence de frontière naturelle. L'inquiétude d'une invasion, structure ainsi la construction ferroviaire comme en témoigne ces propos de List : "[Par le chemin de fer] la Prusse peut devenir un bastion défensif au coeur même de l'Europe. La rapidité de la mobilisation, le rythme auquel les troupes pourraient être amenées du centre du pays vers la périphérie serait d'une importance plus grande pour l'Allemagne que pour toute autre nation. Nous avons aussi peu le droit d'hésiter à nous servir des nouveaux moyens que nos ancètres l'ont eu de décider s'ils devaient adopter le fusil à la place de l'arc et des flèches."
(3) Le Savannah est bien le premier bateau à voile muni d'un moteur à vapeur à traverser l'Atlantique en 28 jours, mais son moteur ne fonctionna que 8 heures en raison des risques d'explosion...
(4) Bouet (1997) rapporte à ce sujet une anectote qui en dit long sur l'impression laissé par cette politique américaine, "en Italie, la réaction fut unanimement violente, [...] la presse accusa les Etats-Unis de vouloir ruiner le pays, le Royal Automobile Club d'Italie voulut publier le nom de tous les Italiens qui possédaient des automobiles américaines; ceux-ci furent régulièrement pris à parti, les pneus de leurs voitures crevés..."
(5) Les accords régionaux qui sont des accords commerciaux discriminatoires sont de type très différents ils peuvent être : i) des zones de libre échange (ALENA) ii) des unions douanières (MERCOSUR) iii) des marchés communs (UE25) iv) des unions économiques (UE15) v) des accords préférentiels non réciproques. Ces derniers se définissant par une libéralisation unilatérale de la politique commerciale des pays développés en faveur des Pays en Voie de Développement (PVD). L'importance de ces accords se mesure ainsi par la différence existant entre le taux de la Nation la Plus Favorisée (NPF) et le taux préférentiel accordé. Ces accords, dont le premier dénommé Système Généralisé des Préférences (SGP) fut proposé en 1964 par Prebish, ont pour ambition première de promouvoir une croissance économique des PVD par une augmentation de leurs exportations. Outre le SPG, l'Europe a ainsi contracté plusieurs accords préférentiels dont les accords de Lomé signés en 1975 avec des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), approfondis en 2000 par les accords de Cotonou, et plus récemment, l'initiative Tout Sauf les Armes (TSA) visant à favoriser la pénétration du marché européen par les pays les moins avancés (PMA).

Références
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- Bairoch, P., 1993. Economics andWorld History. Mythes and Paradoxes, Harvester Wheatsheaf.
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- Bouët A., 1997, Le protectionnisme, Analyse économique. Vuibert.
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- Hobsbawm, E., 1975. The Age of Capital 1848-1875, Weidenfeld and Nicolson Ltd.
- Molle, W., 1990. The economics of European Integration. Aldershot : Darmouth.
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La sous-évaluation du Yuan à la lumière des modèles de taux de change d'équilibre- 1er volet

mardi, janvier 12, 2010

Introduction

La sous-évaluation de la monnaie chinoise est souvent dénoncée comme l’une des causes des déséquilibres mondiaux. En effet, Les Etats-Unis, qui enregistrent un déficit historique de leur balance courante, atteignant près de 5,3% du PIB (OECD Factbook 2009), accusent régulièrement la Chine d’être en partie responsable du creusement de leur déficit commercial. La politique de change de la Chine est donc très souvent décriée, car elle remet potentiellement en question les « règles du jeu » du commerce international. L’analyse du taux de change réel est donc particulièrement pertinente dans le cadre de la politique de change chinoise, illustrant au mieux, l’instrumentalisation du taux de change.
On rappelle la définition exacte du taux de change réel : le taux de change réel entre deux pays est le prix relatif d’un panier de biens de référence, autrement il s’agit de la comparaison du coût d’un même panier de biens, une fois les monnaies converties dans un même numéraire. Ainsi, on peut citer l’exemple de la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA), théorie du taux de change réel, qui considère qu’une fois les monnaies nationales converties dans une même monnaie de référence (par exemple le dollar), le prix relatif du panier de biens de référence est constant et égal à 1. Or, cette première théorie du taux de change réel n’est pas vérifiée empiriquement, puisqu’on constate des écarts importants de pouvoir d’achat entre les différentes monnaies, et on constate que le taux de change réel peut même être un instrument au service de la politique commerciale, en maintenant par exemple, la valeur réelle de la monnaie sous évaluée afin de favoriser les exportations, ou à l’inverse en tentant de conserver une monnaie « forte » afin de minimiser le coût des importations, dans le contexte actuel où beaucoup de pays ne disposent pas de matières énergétiques et subissent l’explosion du coût d’acquisition des minerais.
Ainsi face à la mise en évidence de cette « instrumentalisation » de la monnaie, il fût indispensable de construire de nouveaux modèles explicatifs afin de comprendre la formation du taux de change réel, ce qui permettrait ensuite d’évaluer les politiques de change des pays en comparant le taux de change réel observé avec sa valeur dite d’équilibre.

Une utilité à étudier les déséquilibres monétaires

Les années 80 ont donc vu s’étoffer la théorie économique sur les mécanismes de fluctuation du taux de change d’une monnaie, ce qui a permis d’enrichir l’analyse à la fois politique et économique du Commerce International et des problèmes liés à l’intégration des pays émergents dans l’Economie Mondiale. C’est en effet, un des problèmes présents dans la littérature actuelle, les pays émergents ont besoin de créer des avantages comparatifs, afin de s’intégrer massivement dans le Commerce Mondial et ainsi propulser leur croissance économique. Or, pour cela, il est nécessaire que leur politique commerciale agisse activement pour favoriser les exportations et gagner des parts de marché ; ce qui va le plus souvent à l’encontre des principes de l’OMC, qui depuis la fin de la guerre mets tout en œuvre pour éliminer toute tentative protectionniste. L’instrumentalisation du taux de change est donc souvent condamnée comme étant créatrice d’un biais dans les lois du Commerce International. La Chine est bien évidemment au cœur de ce débat en tant que pays émergent ayant amorcé sa croissance économique par le biais d’une augmentation exponentielle de ses exportations et de ce fait par sa participation au Commerce International.
Il est aujourd’hui bien connu que les mésalignements d’une monnaie par rapport à sa valeur d’équilibre, ont des conséquences à la fois sur l’équilibre interne et externe d’une économie. En effet, une monnaie sur ou sous évaluée entraîne des modifications dans la répartition sectorielle des revenus, avec des transferts importants entre les secteurs importateurs qui se trouvent pénalisés et les secteurs exportateurs pour qui une sous évaluation de la monnaie est un levier considérable pour relancer les ventes face aux devises étrangères. La politique de change peut donc favoriser une allocation des ressources plus efficiente, dans le sens où elle va dynamiser les secteurs exportateurs d’où une concentration des investissements dans les secteurs les plus productifs et ainsi permettre de relancer la croissance économique. Cependant l’instrumentalisation du taux de change n’est pas sans conséquences sur les pays étrangers, qui voient leurs exportations pénalisées de manière arbitraire, contre leur gré, et leur balance commerciale déséquilibrée. Néanmoins, même à l’étranger, une appréciation de la monnaie peut entraîner une allocation des ressources internes plus efficiente, dans le sens où toutes les économies possibles seront faites pour compenser la perte de compétitivité liée au change. Si un pays domestique a besoin de dynamiser ses exportations en sous évaluant sa monnaie, les pays partenaires peuvent contourner le déséquilibre commercial, en menant des politiques d’amélioration interne de l’allocation des ressources. C’est ainsi que l’Allemagne a su se placer en tête des meilleurs exportateurs mondiaux, malgré une monnaie européenne très forte, en menant des politiques internes de réallocation des ressources très actives. Leur équilibre interne est donc également bouleversé par les fluctuations du change.
En outre, des monnaies qui s’écartent de leur valeur fondamentale perturbent les équilibres externes avec des ajustements des flux commerciaux importants qui entraînent un creusement des déficits commerciaux et des excédents qui gonflent de manière exponentielle dans certains cas. Les investissements directs étrangers sont également influencés par les fluctuations de la monnaie, et les effets d’une arrivée massive, mais surtout d’un retrait brutal des capitaux étrangers peuvent avoir de lourdes conséquences sur les économies notamment émergentes, puisque ce sont elles qui instrumentalisent encore aujourd’hui la valeur de leur monnaie : pays asiatiques, pays du Maghreb…

Les premiers modèles d'équilibre du taux de change réel

Plusieurs modèles ont ainsi vu le jour depuis le début des années 80 et l’échec de la PPA, tels que le modèle FEER de Williamson, le modèle BEER de Mc Donald, le modèle d’Edwards appliqué aux économies de taille réduite et enfin, en réaction à ses prédécesseurs Stein établie le modèle NATREX (Natural Exchange rate)
En 1983, Williamson tente de répondre aux difficultés de vérification empirique de la PPA, en proposant de rechercher un taux de change réel d’équilibre appelé FEER « Fundamental Equilibrium Exchange Rate ». Son idée générale suggère que le taux de change d’équilibre doit à la fois garantir l’égalité entre la balance courante et les flux de capitaux sous-jacents et assurer que le niveau atteint par la balance courante, correspondent à son niveau « soutenable », ou désiré. Le concept de soutenabilité de la balance courante relève en grande partie d’une analyse normative, qui à première vue, ne trouve pas d’explication ou d’illustration concrète. Selon Williamson, une balance courante soutenable, dans le sens où elle est financée par des flux de capitaux à long terme. Le caractère très normatif de la théorie de Williamson se heurte donc aux faits stylisés, qui ont largement démontré qu’une dette externe de long terme non stationnaire n’est pas souhaitable.
Alors, en 1997, Macdonald élabore le modèle BEER « Behavioural Equilibrium Exchange Rate » est une approche positive du taux de change d’équilibre, en réponse au caractère trop normatif du travail de Williamson. Basé principalement sur la condition d’équilibre financier donnée par la Parité des Taux d’intérêt Non Couverte (PTINC), Macdonald considère que le taux de change réel dépend des anticipations de change des agents économiques, qui dépendent elles-mêmes des fondamentaux macroéconomiques, et du différentiel des taux d’intérêt réels (comme le veut la logique de la PTINC). Ainsi, si à long terme la PTINC se vérifie, alors le taux de change d’équilibre ne dépend plus que des anticipations de change, donc, de la position nette extérieure, en pourcentage du PIB (représentant l’équilibre entre épargne et investissement), le ratio des productivités relatives témoignant de l’effet Balassa-Samuelson, et enfin les termes de l’échange, soient les trois fondamentaux du taux de change selon Macdonald. L’effet Balassa Samuelson dans sa définition la plus réduite et simplifiée, peut s’expliquer de la manière suivante : Si un pays en développement s’intègre progressivement dans le commerce international, alors il verra la productivité relative de la production des biens exportables, par rapport aux biens non échangés, augmenter plus vite que celle de ses pays partenaires. De fait, les prix des biens échangeables vont baisser beaucoup plus vite que les prix des biens non échangés, ce qui a pour conséquence d’entraîner une appréciation réelle de la monnaie.
Néanmoins, de nombreuses limites apparaissent : d’une part la parité des taux d’intérêt est plutôt mal vérifiée dans les faits stylisés, car l’influence des primes de risque dans la formation des taux est aujourd’hui indéniable, si bien que certains auteurs ont décidé de l’intégrer dans l’explication de la formation du taux de change. En outre, l’hypothèse forte des anticipations rationnelles reste un pilier très fragile de cette modélisation, et elle est de plus en plus contestée du fait d’absence d’une spécification précise de ce qui compose les « anticipations du taux de change ».
Enfin, la dernière limite réside dans le fait que le modèle BEER ne fait aucune distinction dans les horizons temporels, mêlant des fondamentaux de court, moyen et long terme. Un équilibre de long terme ne peut donc pas être spécifié de manière rigoureuse.
Stein propose alors un modèle plus complet, en s’appuyant sur les limites des modèles précédents qui confrontés aux faits stylisés ou aux réalités des outils économétriques et des moyens disponibles ont montré une efficacité encore limitée. Ainsi, Stein avait pour défi de proposer un modèle, qui distingue un équilibre pour chaque horizon temporel, qui puisse se prêter à une estimation économétrique rigoureuse, basée sur des équations structurelles solides, intégrant dans l’analyse une approche dynamique avec le passage d’un état stationnaire à un autre.

Conclusions sur le premier volet

Ainsi face à la multitude des modèles explicatifs de la formation des taux de change réels, il parait contre-intuitif de se fier aux estimations données à la sous évaluation de la monnaie chinoise, sans au moins en connaître le modèle théorique sous jacent. En effet, il semble évident que ces modèles donneront lieu à des estimations différentes de la valeur d'équilibre, qui conditionneront pour ainsi dire, l'évaluation de la sous évaluation monétaire du Renminbi chinois.
En effectuant une analyse plus approfondie du modèle Natrex de Stein, il est rapidement mis en évidence, qu'en plus d'une amélioration apportée aux modèles généraux de ses prédécesseurs, Stein va concevoir des versions différentes de son modèle adaptées aux différents types d'économies: économies émergentes ou économies de petite taille, n'ayant aucune influence sur les prix mondiaux. Il sera donc d'autant plus intéressant d'évaluer la sous évaluation chinoise à la lumière de ce modèle qui met à disposition des outils d'analyse adaptés aux caractéristiques économiques de la Chine.

Références bibliographiques

BOUVERET, A. et H. STERDYNIAK (2005), «Les modèles de taux de change: Equilibre de long terme, dynamique et hystérèse », Revue de l’OFCE, avril.
CLARK, P. and R. MACDONALD, (1999), “Exchange Rates and Economic Fundamentals: A Methodological Comparison of BEERs and FEERs”, in R. Mac Donald and J. L. Stein (ed. (1999), Equilibrium Exchange Rates, Kluwer Academic.
HINKLE L. E. and P. J. MONTIEL ed. (1999), Exchange rate misalignment, Concepts and measurement for developing countries, A World Bank Research Publication, Oxford University Press.
MACDONALD R. (1997), “What Determines Real Exchange Rates? The Long and Short of It”, Journal of International Financial Markets, 8, pp. 117-153.
MACDONALD, R. (2000), Concepts to Calculate Equilibrium Exchange Rates: An Overview, Discussion paper 3/00, Economic Research Group of the Deutsche Bundesbank.
STEIN, J.L. (1990), “The Real Exchange Rate”, Journal of Banking and Finance, 14, Special issue, pp. 1045-1078.
STEIN, J.L. (1994), “The Natural Real Exchange Rate of the United States Dollar and Determinants of Capital Flows”, in J. Williamson (ed.), Equilibrium Exchanges Rates, Institute for International Economics, Washington, DC.
STEIN, J.L and P. R. ALLEN eds. (1995), Fundamental Determinants of Exchange Rates, Clarendon Press, Oxford.
STEIN, J.L and G.C. LIM (1995), “The Dynamics of the Real Exchange Rate and Current Account in a Small Open Economy: Australia”, in Fundamental Determination of Exchange Rates, J.L. Stein and P.R. Allen (eds.), Clarendon press, Oxford
WILLIAMSON, J. (1994), “Estimates of FEERs”, in Estimating Equilibrium Exchanges Rates ed. Institute for International Economics, Washington.
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Les exportateurs sont des super stars et leurs travailleurs des super héros! (2/2)

jeudi, décembre 10, 2009

Dans un précédent post nous avions mis en avant la modélisation théorique de l'hétérogéneïté des firmes et son intérêt dans les modèles de commerce inter. Il est temps aujourd'hui de questionner empiriquement les résultats théoriques présentés et de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. Nous aborderons aussi briévement les implications en terme de politique publique qui peuvent être tirés de ces modèles et enfin la réinterprétation des équations de gravité qui a été lancée par cette nouvelle littérature.


Peu nombreuses et plus productives


Les firmes exportatrices sont-elles peu nombreuses et plus productives? D'après Crozet et Mayer (2007) seulement 4,4% des firmes françaises exportent en 2003. Evidemment si on restreint l'ensemble aux secteurs dont les produits sont facilement exportables (hors services donc), le compte augmente mais reste tout de même faible, seulement 19,1% des entreprises des secteurs agricoles, industriels et de construction exportent. Cette faiblesse du nombre d'exportateur n'est ni une nouveauté - Eaton, Kortum et Kramarz (2004) obtiennent un chiffre similaire pour l'année 1986, soit 17% de firmes exportatrices dans le secteur manufacturier - ni une particularité française, aux Etats-Unis près de 14% des entreprises manufacturières exportent selon Bernard et al. (2007).
Au sein même des firmes exportatrices des différences importantes apparaissent. Ainsi le Graphique ci-dessous d'Ottaviano et Mayer (2007) illustre la présence d'exportateurs "super-star" qui réalisent une part importante du commerce français. En effet ce graphique prend en compte les 1% des exportateurs les plus performants et permet d'observer que 0.1% des exportateurs réalisent 40% des exportations françaises.

Les firmes exportatrices sont de plus caractérisées par une plus grande taille et une productivité plus forte que leurs homologues non exportateurs. Ceci est très clairement lisible sur les deux graphiques ci-dessous issue de Fontagné et Gaullier (2008).

Comme le notent les auteurs la similarité des courbes de 2001 et 1995 indique le caractère structurel des différences de productivités entre exportateurs et non exportateurs. On peut aussi noter avec Mayer et Ottaviano (2008) que les firmes réalisant des IDEs sont encore plus productives que les firmes exportatrices.

Mais d'où viennent ces différences de productivité?

Valeur intrinséque des firmes exportatrices ou sélection des travailleurs?

La question essentielle est évidemment de comprendre l'origine de ces différences de productivité. Jusqu'à présent les études étaient uniquement basées sur les firmes sans aucune référence à la force de travail employée. Face à ces analyses on pouvait se demander si la productivité plus élevée des firmes exportatrices provenait d'une organisation interne plus efficace, d'une technologie particulière ou encore d'une qualité plus grande de la main d'oeuvre employée. Dans un document récent axé sur la Norvège, Irarrazabal et al. (2009) montrent que c'est bien du côté de la main d'oeuvre qu'il faut chercher les explications aux performances à l'exportation. A titre d'illustration, vous trouverez ci-dessous les différences de qualification et d'expérience entre exportateurs et non exportateurs pour plusieurs secteurs. Cette différence est positive pour quasiment tous les secteurs!


Si l'on savait déjà que les firmes exportatrices rémunéraient mieux leurs mains d'oeuvres (Bernard and Jensen (1995), Schank et al. (2007)), ce papier permet d'envisager les raisons de cette meilleure rémunération.
Légère digression: on est ici à la croisée de plusieurs champs, un rapprochement des travaux d'économie du travail pourrait être fort intéressant pour mieux comprendre les mécanismes de sélection des travailleurs au sein des firmes exportatrices. De plus ces analyses ne sont pas sans rappeler les travaux d'économie urbaine et d'économie géographique, qui montrent que les grandes villes attirent elles aussi les travailleurs les plus productifs.... bref ces différents champs gagneraient à interagir et à mon avis la cross-fertilisation n'est pas loin.

Marges extensives et intensives


Puisqu'un nombre limité de firmes exportent, les pouvoirs publics, s'ils désirent augmenter les exportations, peuvent agir soit sur le nombre de firmes (favoriser l'entrée de nouveaux exportateurs), on parle alors de marge extensive soit sur les ventes moyennes à l'export des firmes qui sont déjà exportatrices, on parle alors d'une amélioration de la marge intensive.
Le Graphique ci-dessous extrait de Crozet et Mayer (2007) et inspiré par les équations gravitaires représentent ces marges intensives et extensives des exportateurs français en fonction du degré d'accessibilité aux différents marchés extérieurs (PIB des pays importateurs pondérés par la distance les séparant de la France). Ces graphiques indiquent que l'accessibilité joue positivement sur les performances à l'export (pente des regressions positive) mais ils montrent surtout qu'une amélioration de l'accessibilité favorise deux fois plus les marges extensives que les marges intensives.


Les performances à l'export sont donc largement tirées par les marges extensives. En terme de politique publique un tel résultat n'est pas anodin, il indique qu'un gouvernement désirant améliorer sa balance commerciale via les exports doit en priorité aider les PMEs qui désirent rentrer sur les marchés extérieurs. Les voyages présidentiels avec les super star du CAC seraient ainsi moins efficaces qu'une politique permettant de réduire les barrières à l'entrée pour des entreprises de plus petite taille.

Equation de gravité

L'introduction des firmes hétérogènes a engendré une réinterprétation des équations de gravité permettant d'affiner l'analyse que nous venons de mener sur les marges intensives et extensives. Cette réinterprétation a été suscitée par Chaney (2008), l'auteur nous rapelle tout d'abord de quoi dépendent les exportations entre deux pays A et B dans le modèle de Krugman (1980):


où sigma (supérieur à 1) représente l'élasticité de substitution entre les variétés (j'ai très légérement modifié l'équation présentée par Chaney). Cette expression est au coeur des équations de gravité: des PIB élevés associés à des coûts commerciaux faibles stimulent les exportations. Si le numérateur de cette expression représente l'importance de la taille du marché, le dénominateur lui peut être analysé comme un indicateur de l'offre dans la mesure où cette expression nous indique que plus l'élasticité de substitution est forte (forte concurrence) plus l'impact des barrières commerciales sur les exportations sera fort.
Il est important de noter que dans ce modèle, l'ouverture n'entraîne pas une augmentation des exportations des biens qui étaient déjà consommés (au contraire) mais une augmentation du nombre de variétés exportées. Les gains passent donc par la marge extensive.
Avec hétérogéneité des firmes, l'ouverture commerciale entraîne non seulement l'entrée de nouvelles firmes (marge extensive) mais aussi une hausse des quantités exportée (marge intensive). Ceci dit tout dépend de la dispersion des productivités (hétérogéneité des firmes) et de l'élasticité de substitution entre les variétés.
En rajoutant cette l'hétérogéneïté et des coûts fixes d'exportations, Chaney obtient une expression ressemblant à celle qui suit (par pédagogie j'ai modifié l'expression présentée dans la Proposition 1):

où gamma est une mesure inverse de l'hétérogéneité et F le coût fixe d'exportation entre A et B. Plusieurs nouveautés dans cette équation:
  1. Si l'on compare cette equation avec celle obtenue avec le modèle de Krugman (1980) on observe que si gamma est sup à sigma-1 alors l'élasticité des exports par rapport aux coûts commerciaux (Trade barriers) est plus élevée avec prise en compte de l'hétérogénéité (deux fois plus forte sur données américaines d'après les calculs de l'auteur).
  2. L'élasticité de substitution ne joue plus sur les barrières commerciales, c'est désormais le degré d'hétérogéneité qui est central: plus les firmes sont homogènes plus l'impact des coûts commerciaux est important (voir aussi Melitz et Ottaviano (2008)).
  3. L'élasticité des exports par rapport aux coûts fixes d'exportation est négative (en effet si gamma est plus grand que sigma-1, alors le terme au dessus de F est négatif) mais elle l'est d'autant moins que a) l'élasticité de substitution entre les variétés est forte b) l'hétérogénéité des firmes est grande. En d'autres termes les coûts fixes d'exportation sont moins dommageable pour les firmes productives qui produisent des biens fortement différenciés.
L'autre intérêt de cet article réside dans la décomposition de l'effet des coûts commerciaux sur les performances à l'export. Dans le point (2) précédent nous venons de voir qu'une baisse des coûts commerciaux ne dépendaient que de gamma, mais en travaillant sur le modèle on obtient la décomposition suivante:



L'élasticité de substitution a donc un effet opposé sur les deux marges, plus les variétés sont différenciées, plus l'impact de l'ouverture (trade barriers: cout variable à l'export, tarifs etc) sur la marge intensive est grande (les firmes en place vendent davantage à l'export) mais moins l'entrée de nouvelle firme est importante.
Si on calcule cette élasticité par rapport aux coûts fixes d'exportation, on observe que l'élasticité de substitution impactent seulement la marge extensive et de façon négative comme précédemment.
Crozet et Koenig (2008) ont testé ce modèle sur données française et en réalisant une estimation structurelle d'un modèle de gravité ils montrent que les conclusions théoriques ne sont pas invalidées pour 28 secteurs sur 34. Ils démontrent aussi que : "les coûts de transport ont un impact très différent de celui des droits de douanes, et que l'impact de l'ouverture commerciale dépend fortement de l'organisation des marchés", ça donne envie d'en savoir plus, non?

En guise de conclusion

La littérature sur l'hétérogéneité des firmes est déjà abondante, les deux posts que je viens d'y consacrer sont évidemment insuffisants pour en comprendre toute la teneur. J'espère cependant qu'ils vous auront donné une idée plus précise concernant les motivations de ces recherches.

Bibliographie
- Bernard A, B. Jensen, S. Redding et P. Schott (2007), "Firms in International Trade", Journal of Economic Perspectives 21(3) : 105-130)
- Crozet, M., P. Koenig, 2009, Structural gravity equations with intensive and extensive margins. Canadian Journal of Economics, forthcoming.
- Crozet M., Mayer, T., 2007, Le club très select des firmes exportatrices. Lettre du CEPII 271.
- Chaney Thomas (2008) Distorted gravity: The Intensive and Extensive Margins of International Trade, American Economic Review, 98(4): 1707-1721
- Eaton J., S. Kortum et F. Kramarz (2004), "Dissecting Trade Firms, Industries and Export Destinations", American Economic Review, Papers and Proceedings, 93, 150-154.
- Fontagné L., Gaulier G., 2008, Performances à l'exportation de la France et de l'Allemagne. Rapport du CAE.
- Melitz Marc and Gianmarco I.P. Ottaviano (2008) Market size, trade and productivity, Review of Economic Studies, 75: 295-316
- Mayer, T., Ottaviano GIP, 2007, The Happy Few: new facts on the internationalisation of European firms, Bruegel report
- Schank, Thorsten, Schnabel, Claus and Joachim Wagner, 2007, Do exporters really pay higher wages? First evidence from German linked employer-employee data, Journal of International Economics, 72, 52-74
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The Great Trade Collapse

vendredi, novembre 27, 2009
Habituellement je n'aime guère simplement poster un lien, mais là je suis pas mal occupé et il serait dommage de ne pas vous signaler l'ouvrage édité par Baldwin sur "The Great Trade Collapse: Causes, Consequences and Prospects". A lire si vous vous intéressez au commerce inter sur la période récente. Ce genre de bouquin ou plusieurs auteurs collaborent (vous trouverez ici Schott, Krueger, Ottaviano, O'Rourke, François, Fontagné etc) et rédigent une ou deux pages se lit facilement, je vous souhaite donc une bonne lecture.
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Le rôle prédominant des institutions dans la croissance ?

lundi, novembre 16, 2009
Pourquoi certains continents souffrent-ils de la pauvreté et d’un retard crucial de développement ?
La question des inégalités de développement est sujette à de nombreuses théories et controverses concernant les sources de ces divergences économiques de part le monde.
Il est vrai que de nombreux facteurs, souvent en interaction, entrent en compte et viennent accentuer les inégalités internationales de revenu et de développement économique et social.

Géographie, commerce et institutions

Traditionnellement, la situation et les caractéristiques géographiques font parties des facteurs explicatifs avancés dans la littérature de l’économie du développement.
De manière relativement évidente, la géographie d’un pays impacte son niveau de développement, à travers la productivité agricole, les catastrophes naturelles récurrentes et les conditions plus ou moins propices à l’efficacité des facteurs de production et de la structure institutionnelle. Néanmoins la littérature s’est peu à peu enrichie en élaborant des théories autour de nouveaux déterminants à la croissance économique tels que, l’intégration au Commerce International et le rôle des institutions politiques, économiques et sociales. En effet, au regard de l’hétérogénéité des pays en développement et des pays les moins avancés, la géographie des territoires ne peut être la seule explication au sous-développement. Ainsi, de manière plus générale on distingue trois déterminants fondamentaux aux inégalités de développement ; la géographie, l’intégration commerciale et la qualité des institutions. La question est à présent de connaître dans quelle proportion chacun des facteurs agit, dans quelle mesure l’un dominera les autres en terme d’influence sur les revenus, pour permettre l’élaboration de politiques de lutte contre les inégalités plus efficaces.

Causalité et autres problèmes rencontrés

En effet, il s’agit de distinguer dans quelle proportion l’intégration au commerce est cruciale pour un pays afin d’analyser l’efficacité potentielle d’une amélioration de l’accès aux marchés des pays développés par des politiques commerciales moins protectionnistes ; ou encore de distinguer l’apport de la qualité des institutions dans les performances économiques d’un pays afin d’en dégager un diagnostic rigoureux sur la nécessité de développer un cadre institutionnel de manière préalable. C’est d’ailleurs le but central du travail de Dani Rodrick, Arvind Subramanian et Francesco Trebbi qui est présenté ici. Pour cela, il est indispensable de s’assurer de l’exogénéité des déterminants du revenu national, dans une perspective internationale, autrement dit, les facteurs explicatifs ne devraient pas s’influencer mutuellement (« causalité inversée ») et ne pas dépendre d’autres facteurs. Or, il est évident que cela n’est pas le cas, puisque il est bien démontré, dans la littérature, que si les trois déterminants impactent très certainement la formation du revenu national, des relations de colinéarité et de causalité inversée s’établissent entre les trois variables, comme l’illustre l’influence évidente de la géographie dans l’intégration au Commerce par le biais des distances géographiques (partenaires « naturels »), l’impact de la qualité institutionnelle sur l’intégration commerciale et réciproquement. Il est relativement intuitif de penser que lorsque les frontières d’un pays sont ouvertes au monde, les institutions économiques et juridiques connaîtront une mutation conséquente en termes de protection des acteurs économiques, par le biais du respect de la propriété privée par exemple. Voici, un graphique élaboré et présenté par Rodrick, Subramanian et Trebbi qui illustre bien les différentes relations entre les variables du modèle et la complexité des relations de causalité inversée qui vont complexifier le travail empirique d’estimation de chaque vecteur d’influence.
Par conséquent la tâche, a priori simple , de distinction des effets à la fois individuels et croisés de chaque déterminant est largement compliquée par les relations de multi colinéarité, les interconnections et l’endogénéité des variables qui en émane.

Rodrick, Subramanian et Trebbi

Pour faciliter cette tâche et surtout démontrer lequel des facteurs est prédominant dans la détermination des divergences internationales de revenu, Dani Rodrick, Arvind Subramanian et Francesco Trebbi ont élaboré un traitement économétrique en décomposant la relation initiale qui relie le niveau de revenu à ses trois fondamentaux, en isolant les deux variables endogènes du modèle qui sont l’intégration et les institutions. La relation initiale s’écrit :
Y= μ +α Inst+ β Int + γ Geo + ε (1)
avec Y le revenu National, Inst les institutions, Int l’intégration au commerce Geo, une mesure de la Géographie Pour exprimer les deux variables endogènes « Inst » et « Int », les auteurs, en utilisant des variables élaborées dans les travaux précurseurs, ont établi deux relations économétriques :
Int= a + σ. const + τ. SM + ω Geo + ε (2)
Inst=λ + δ. SM +ф const + Ψ Geo + ε (3)
L’équation (2) exprime l’intégration d’un pays en fonction de la géographie “Geo”, d’un indice de qualité institutionnelle « SM » ou « settler Mortality », établit par Acemoglu, Johnson et Robinson, une constante et le terme d’erreur ε.
L’équation (3) exprime la qualité institutionnelle, en fonction de cet indice SM, la géographie, une constante et le terme d’erreur ε.
Les travaux précurseurs avaient permis de démontrer la pertinence des indicateurs utilisés dans ces modèles pour approximer les notions clés de géographie, intégration et qualité institutionnelle.
Réalisons un rapide point sur deux des variables utilisées:
  • la variable Geo (exogène) : on cite le plus souvent les travaux de Frankel et Romer 1999, concernant la mise en évidence du rôle primordial de la géographie sur l’intégration, puis sur la croissance, à travers l’élaboration d’une équation gravitaire. Un modèle gravitaire s’inspire directement de la loi physique de gravité, en supposant que l’intégration commerciale, approximée par le volume des échanges commerciaux dépend de la masse du pays et de la distance qui le sépare de ses partenaires.
  • la qualité institutionnelle est ici approximée par un indicateur appelé « settler mortality » ou SM, qui littéralement signifie Mortalité du colonisateur. Ce concept théorique provient de l’analyse d’Acemoglu, Johnson et Robinson qui utilisent une variable explicative originale pour expliquer les différences de qualité institutionnelle, intrinsèquement liée au risque d’expropriation des colons européens. Ainsi, le « taux de mortalité » ou plus simplement l’engagement dans le temps, des colons sur le territoire (distinction entre colonisation de peuplement ou d’extraction des ressources naturelles) a un pouvoir explicatif fort sur la qualité des institutions mises en place dès lors et qui influencent encore aujourd’hui la qualité institutionnelle des pays anciennement colonisés. Ainsi, grâce à l’analyse d’Acemoglu et l’établissement d’un indicateur de la qualité institutionnelle relativement « exogène », dans le sens où la mortalité des colons n’impacte pas directement les revenus du pays colonisé. Taux de mortalité des colons→ type d’institutions coloniales→ qualité institutionnelle aujourd’hui→ intégration au commerce ; puis dans une deuxième étape économétrique intégration au commerce→ niveau de revenu.
Cette première étape, consistant à estimer économétriquement les variables intégration (2) et institutions (3) permettent aux auteurs d’avoir toute l’information concernant les liens de causalité, parmi les déterminants eux-mêmes. Il est ainsi possible d’intégrer dans la première relation (1) les valeurs des variables Inst et Int, non plus observées, mais estimées à partir des coefficients générés par la régression des équations (2) et (3). La différence entre la variable observée et la variable estimée est attribuable aux résidus générés par la spécification du modèle.
Le problème d’endogénéité est ainsi annulé et il est possible d’analyser de manière rigoureuse et non biaisée l’influence de chacune des variables explicatives : géographie, intégration et institutions. D’après les résultats économétriques des auteurs, il est mis en évidence de manière très significative, que les institutions ont un rôle primordial et même prédominant dans l’explication des niveaux de revenus nationaux, et donc dans l’explication des divergences de développement dans le monde. La géographie et l’intégration au commerce ont un pouvoir explicatif direct très limité sur la croissance. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’elles ont, au préalable, fortement influencé la construction de la qualité institutionnelle du pays.

En guise de conclusion

Il est évident qu’au regard de la littérature sur le sujet, les résultats peuvent différer selon les auteurs. Par exemple, Hall et Jones en 1999 et Dollar et Kraay en 2002 n’arrivent pas aux mêmes conclusions, dans le sens où seuls les effets joints de l’intégration et des institutions ont été distingués par les auteurs. Il faut également noter que le choix des variables a un impact non négligeable sur les résultats. En effet de nombreux auteurs ont remplacé l’indice « settler mortality » d’Acemoglu, Johnson et Robinson basé sur le risque d’expropriation des colons, par des indices plus récents et moins théoriques tels que la fraction de la population parlant l’anglais ou une langue européenne, comme influence majeure de la qualité institutionnelle du pays. Il est donc évident que les résultats d’une telle étude sur un domaine aussi complexe et hétérogène que l’environnement institutionnel, seront très sensibles aux choix faits par les estimateurs. Néanmoins, au regard de l’étude de Rodrick, Subramanian et Trebbi, on mesure le potentiel de ce domaine d’analyse qui met le rôle des institutions au cœur des problèmes économiques et rendent l’analyse des inégalités de développement mondial particulièrement concrète, dans le cadre d’un partage des responsabilités, entre insuffisance des institutions nationales dans la mise en œuvre d’un environnement propice à la croissance et inefficacité des institutions internationales dans l’intégration des pays en développement qui souffrent parfois d’un mauvais accès au marché.

References

- D. Acemoglu, S. Johnson, J.A. Robinson, “The colonial origins of Comparative Development: An empirical investigation”, Dec 2001, The American Economic Review. - D. Dollar, A. Kraay, “Institutions, Trade and Growth”, April 2002, The World Bank - R.E. Hall, C.I. Jones, “Why do some countries produce so much more output per worker than others?” 1998 - D. Rodrick, A. Subramanian, F. Trebbi, “Institutions rule: The primacy of institutions over Geography and Integration in Economic Development”, Oct 2002, IMF Working Paper 189
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Firmes hétérogènes, productivité et commerce (1/2)

mardi, octobre 27, 2009

Le monde est un village global... cette expression (comme bien d'autres sur la mondialisation) donne à penser que les firmes exportatrices font légions. Pourtant il n'en est rien, 0.1% des firmes françaises réalisent 40% des exportations de la France. En fait, et c'est une évidence, les firmes sont hétérogènes, leurs productivités différent et ces différences se ressentent dans les performances à l'export. Cette réalité a mis un certain temps avant d'être modélisée de façon satisfaisante, il a fallu en effet attendre 2003 et l'article de Marc Melitz.
Puisque cet article est l'un des plus cité en économie internationale (1884 fois selon Google Scholar, à comparer avec les 1906 citations du Krugman (1980)...) il n'est peut être pas inutile d'en dire un mot avant de passer (dans le prochain post) aux très nombreuses études empiriques qui testent les liens entre hétérogénéïté, productivité et commerce.

Anciennes et nouvelles théories du commerce international

Tout d'abord pourquoi l'introduction de l'hétérogénéité des firmes dans l'étude du commerce international est-elle considérée comme une révolution par certains (Berhens et Robert-Nicoud (2009)) et mérite pour d'autre l'appellation de 'new new trade theory' (Baldwin (2005))?
Tout simplement parce que cette introduction met en avant un nouveau gain à l'échange: l'amélioration de la productivité via une réallocation des ressources des firmes les moins productives vers les firmes les plus productives.
Le tableau ci-dessous extrait de Bernard et al. (2007) résume les différences entre les théories anciennes et actuelles.



Comme vous le savez d'après Ricardo et HOS, l'intérêt du commerce se trouve dans une spécialisation des pays sur leurs avantages technologiques (les différences de productivités sont exogènes) ou factoriels. Il résulte alors de la libéralisation un commerce inter-branche, les gains s'opèrant via une réallocation des ressources entre secteurs. Avec Krugman (1980) le commerce bénéficie de rendements croissants et les consommateurs peuvent consommer un nombre plus important de variétés. Le commerce décrit est alors un commerce intra-branche ce qui colle bien aux échanges observés (Helpman (1999)). Mais dans ce modèle les firmes sont toutes identiques et la productivité est exogène. En d'autres termes ces modèles peuvent expliquer pourquoi un pays exporte telle variété ou telle autre, mais sont incapable de mener une analyse micro permettant de dire pourquoi telle firme se dirige sur le marché mondial alors que d'autres restent cantonnées au marché national.

Mélitz (2003)

Mélitz (2003) part du modèle de Krugman (1980), mais au lieu de considérer une firme représentative dans le secteur en concurrence monopolistique, il considère un continum de firmes dont les productivités peuvent différer. Pour chaque firmes l'entrée sur un marché se fait à fonds perdus (sunk costs). Les firmes les moins productives réalisent des pertes et sortent du marché. Parmi les firmes qui survivent à cette première sélection, seules les plus productives ont les moyens de payer les coûts d'exportation. Ces différences de productivité révélent un résultat intéressant: la libéralisation commerciale exclue les firmes les moins compétitive au profit des plus productives qui gagnent leurs parts de marché. Le commerce génére ainsi des gains de productivité agrégés par sélection et réallocation.

La théorie juste avant et juste après Mélitz (2003)

Comme le note Helpman (2006), Sébastien Jean (l'un de mes vénérables co-auteurs) avait un coup d'avance sur Melitz, puisqu'il sortait en 2000 (publié en 2002 dans Open Eco Review) un article sur l'hétérogénéïté des firmes et le commerce international. Certes il y avait des éléments en moins, le mécanisme d'exit des firmes notamment, mais il y avait aussi pas mal de chose en plus. En effet contrairement à Mélitz où un seul secteur est analysé, Sébastien Jean considère une économie avec deux secteurs, le secteur en concurrence monopolistique et un secteur en concurrence parfaite produisant un bien homogéne. Ce type de modèle qualifié dans le tableau ci-dessus par Bernard et al. (2007) de modèle intégré permet à l'auteur d'étudier non seulement le commerce intra-branche mais aussi le commerce inter-branche. L'auteur a notamment l'idée de lier les productivités aux pays, des avantages comparatifs sont ainsi introduits dans l'analyse. Le graphique ci-dessous illustre les résultats.

Lorsque les différences entre pays sont importantes dans la production du bien différencié, seules les firmes les plus productives du pays disposant d'un avantage dans la production de ce bien peuvent exporter. Le pays ne disposant pas d'avantage est donc contraint de se spécialiser dans la production du bien homogène. Dans un tel cas le commerce est exclusivement inter-branche (zone d ou b). Bien évidemment si les coûts commerciaux sont trop importants même les firmes les plus productives ne peuvent pas exporter, il n'y a alors aucun échange (zone a). Enfin une similarité entre pays débouche sur du commerce intra et inter-branche.

Bernard, Redding et Schott (2007), poursuivent cette voie du modèle intégré et mettent en avant de nouvelles relations entre commerce et productivité. Les auteurs montrent notamment que les gains de productivité liés aux réallocations entre firmes sont plus importants dans les secteurs disposant d'un avantage comparatif. Ces gains ont donc tendance à magnifier l'avantage comparatif du pays. De plus ces gains de productivité peuvent générer une baisse des prix favorables à tous les facteurs et relativisent ainsi l'effet négatif de l'ouverture commerciale sur les salaires réels des facteurs rares. Enfin ce modèle permet d'analyser le lien entre commerce et turn over. En effet les secteurs désavantagés subissent des destructions nettes d'emploi: la sortie des firmes les moins compétitives n'étant pas compensée par l'expansion des firmes les plus productives. L'inverse étant vrai pour les secteurs disposant d'un avantage comparatif. De plus à l'équilibre la destruction créatrice est plus importante pour les firmes opérant dans les secteurs à avantage comparatif. Ce facteur est-il un élément supplémentaire permettant d'expliquer pourquoi le sentiment d'insécurité face à l'emploi n'est pas seulement l'apanage des firmes produisant dans un secteur en déclin? Les auteurs le supposent, la vérification reste à mener.

Teasing


Dans un prochain post nous verrons les bases empiriques sur lesquelles sont fondées ces modèles et aussi la façon dont l'introduction de firmes hétérogènes modifie l'interprétation des équations de gravité.

Remarque


Pour plus de détail sur les extensions du modèle de Melitz, voir Melitz (2009).

Bibliographie


Bernard, A., B. Jensen, S. Redding and P. K. Schott, 2007, "Firms in International Trade," Journal of Economic Perspectives 21(3), 105--130.
Behrens, K., Robert-Nicoud F. (2009). Krugman's Papers in Regional Science: the 100-dollar bill on the sidewalk is gone and the 2008 Nobel Prize well deserved. Papers in Regional Science 88(2), pp 467-489.
Baldwin, R., 2005. "Heterogeneous Firms and Trade: Testable and Untestable Properties of the Melitz Model," 2005. NBER Working Papers 11471.
Bernard, A., S. Redding, and P. Schott. 2007. "Comparative Advantage and Heterogeneous Firms." Review of Economic Studies, 74(1): 31--66.
Helpman, E., 1999. "The Structure of Foreign Trade." Journal of Economic Perspectives, 13(2): 121--44.
Helpman, E., 2006. Trade, FDI, and the organization of firms, Journal of Economic Literature XLIV: 589-630, 2006.
Melitz M.J., 2003, "The Impact of Trade on Intra-Industry Reallocations and Aggregate Industry Productivity," Econometrica 71(6), 1695--1725.
Melitz M., 2009, International Trade and Heterogeneous Firms", New Palgrave Dictionary of Economics, 2nd Edition.
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Délocalisation et Inégalité, une histoire d'épingles et de poupées Barbie

mardi, septembre 22, 2009


Pourquoi délocalise t-on des tâches? Quels sont les effets de cette fragmentation internationale de l'appareil productif? Doit-on craindre une augmentation de cette sous-traitance à l'international?

De Smith à Blinder en qq lignes


Adam Smith dans sa présentation de la division du travail décrit à merveille la fragmentation des tâches via l'exemple célébre de la manufacture d'épingles. A cette époque, les coûts de transport et de communication étant élevés, la fabrication de l'épingle fragmentée en 18 opérations, nécessite une production en un lieu unique. Mais depuis Smith, les coûts de transport et de communication ont fortement chutés, la coordination des tâches ne nécessite plus une agglomération de ces dernières, l'usine peut être fragmentée à l'échelle internationale et les délocalisations basées sur des différentiels salariaux, de compétence (etc…) deviennent rentables.
L'exemple le plus connu est celui de Tempest (1996) concernant la poupée Barbie : elle est dessinée en Californie, le plastique est produit à Taiwan, les cheveux sont fabriqués au Japon, les vêtements proviennent de Chine, les moulages sont réalisés aux Etats-Unis, l'assemblage en Indonésie et en Malaisie et enfin la qualité des poupées est testée en Californie.
Même constat pour les voitures, déjà en 1998 l'OMC notait que seulement 38% de la valeur ajoutée d'une voiture américaine provennait du territoire américain. Cette tendance à la fragmentation touche désormais les services et certains auteurs tel que Blinder (2006) qui associent ces délocalisations à l'ère Internet, parlent de 3ème révolution industrielle.
Evidemment toutes les tâches ne peuvent pas être délocalisées, celles qui utilisent des connaissances tacites le sont difficilement, elles nécessitent un face à face entre travailleurs. A l'inverse les tâches dont les connaissances sont codifiables sont plus faciles à délocaliser car une fiche technique peut être envoyée à l'autre bout du monde.
Il faut aussi garder à l'esprit que ces délocalisations, si elles représentent de grandes souffrances à une échelle géographique fine sont à relativiser de part leur faible importance à un niveau macro. Evidemment vous trouverez des articles alarmistes ou des titres chocs, Blinder considère ainsi qu'aux USA 30 à 40 millions d'emplois pourraient être délocalisables...mais comme le note Baldwin, de ce point de vue un seul côté de la médaille est observé, le plus négatif, de l'autre côté de nombreux jobs sont délocalisés vers les USA et au final il y a plus d'emplois créés qu'il n'y en a de détruit. Le graphique ci-dessous basé sur Amiti et Wei (2005) en témoigne.


Le modèle de Grossman et Rossi-Hansberg

Mais quels sont exactement les effets de ces délocalisations?
Grossman et Rossi-Hansberg (2006 a.b) présentent un modèle de sous traitance à l'international contenant trois effets: un effet prix relatif, un effet offre de travail et un effet productivité.
Les effets prix relatif et offre de travail sont les effets standards du modèle Hecksher-Ohlin, les régions développées ayant sous traitées les tâches qui utilisent intensément du travail et s'étant spécialisées dans des tâches riches en capital, vont connaître une baisse des prix via une meilleure allocation des ressources. Cette spécialisation est, suivant l'effet Stolper-Samuelson, bénéfique au facteur abondant et défavorable pour le facteur rare. Ceci dit cet offshoring se traduisant par une baisse des coûts de productions (stimulé par l'amélioration des nlles technologies de communication) permet aux firmes de se concentrer sur des tâches où elles sont davantage compétitives. Les firmes ayant recours à la sous traitance internationale vont alors bénéficier de gain de productivité et pourront afficher des prix plus faibles. Il devrait s'en suivre une hausse de la demande pour ces biens qui pourrait alimenter les profits et in fine se répercuter sur les salaires. Les travailleurs peu qualifiés de nos régions développées, directement frappés par la concurrence des régions à faibles coûts salariaux, gagneraient donc à l'échange...

Wait a minute!

Cette analyse présente l'avantage de relier la division internationale du travail de Smith et les avantages comparatifs de Ricardo appliqués non plus à des firmes mais à des opérations. Ainsi si la baisse des coûts de transport a permis une séparation des lieux de production et de consommation, la baisse des coûts de communication semble permettre un éclatement de la firme et une dispersion de la production de valeur ajoutée. Adishatz Stolper-Samuleson, l'échange est bénéfique pour tous!
Mais avant de sabrer le champagne (pour reprendre le terme du bon texte d'Hervé Boulhol), réfléchissons y à deux fois.

Si contrairement à l'analyse de Grossman et Rossi-Hansberg les gains de productivité ne sont pas suffisants, les agents dont les tâches sont en concurrence à l'échelle internationale risquent d'y perdre. Mais qui sont ces agents?
L'étude d'Ebeinstein et al. (2009), résumée sur vox-eu et commentée par Rationalité limitée analyse cette question (voir aussi Krugman (2008)). Les auteurs commencent par des stats descriptives sur données américaines et observent:

  • 5 millions d'emplois en moins dans le secteur industriel par rapport à 1979 (voir Figure ci-dessous "all educations") et une partie des peu diplomés a été remplacée par des travailleurs sortant des universités.


  • les inégalités salariales entre les diplomés et les non diplomés ont fortement augmentées.
Bref rien de nouveau (quoique, d'après Autor et al. (2008) il y a "des thèses révisionnistes" soutenue par Card and DiNardo (2002) et Lemieux (2006b) considérant que la croissance des inégalités fut épisodique et due à des éléments extérieurs au marché (baisse du salaire minimum)). Le plus intéressant étant de tester l'impact des délocalisations sur les inégalités.

Les auteurs testent tout d'abord l'impact de différentes variables sur les salaires à l'aide de l'équation suivante:


  • wijt le log du salaire horaire d'un individu i, travaillant dans une industrie j à la date t.
  • Z est un vecteur de caractéristiques individuelles: nombre d'année d'expérience, age, sexe, niveau d'éducation etc
  • Routine mesure le caractére plus ou moins routinier des tâches.
  • G est un vecteur de différentes mesure de l'exposition d'une industrie j aux délocalisations et au commerce international. Plus précisément 4 variables sont testées: les emplois délocalisés vers les pays à faible revenu, les emplois délocalisés vers les pays à haut revenu, la part des exportations domestiques dans la production domestique, la part des importations nationales dans la consommation nationale.
  • TPFj représente la productivité totale des facteurs dans l'industrie j
  • PINV représente le coût des biens d'investissement, l'idée est de capturer la baisse des prix des biens informatiques et l'impact potentiel d'une épargne en travail rendue possible grâce aux nlles technologies
  • Realship est une variable de controle pour les transports et d et I représentent les effets fixes temporels et sectoriels. 
Une seconde équation similaire mais prenant comme variable à expliquer l'emploi est ensuite testée. De ces deux équations les auteurs observent que les emplois délocalisés dans les pays à haut revenu créent de l'emploi aux Etats-Unis, cet effet de complémentarité n'étant cependant pas vérifié pour les emplois délocalisés dans les pays à bas revenu:

A 1 percent increase in employment in low wage countries reduces domestic employment by .02 percent while a 1 percent increase in employment in high wage countries increases domestic employment by .08 percent.

Les auteurs montrent de plus que ces effets de substitution et de complémentarité sont d'autant plus fort que les tâches sont routinières. Cette analyse leur permet aussi de vérifier que les biens d'investissement ont un effet positif sur la situation des qualifiés et négatifs sur celle des peu qualifiés, un résultat similaire pouvant être obtenu pour les gains de productivités.

Cette analyse intra-sectorielle est cependant partielle, elle nous dit en effet comment varie le salaire d'un travailleur qui reste dans un secteur subissant des délocalisations, mais elle ne nous dit rien sur le salaire d'un individu qui quitte l'industrie pour les services. L'extension opérée par les auteurs permet de répondre à cette question:

The biggest negative wage effects, in fact, occur when workers leave manufacturing to go to either agriculture or services. [...] The results suggest that workers who leave manufacturing to go to services experience on average a three percent real wage loss, while workers who leave manufacturing for agriculture experience a six percent real wage loss.

Cette dégradation salariale lors d'une reconversion s'efface cependant avec le niveau d'étude.

En guise de conclusion: sauvons les travailleurs, pas forcément les emplois!

D'après les études que nous venons de survoler, les délocalisations sont défavorables aux non qualifiés et bénéfiques aux détenteurs de capitaux et aux qualifiés. Mais cette distinction n'est-elle pas superficielle?
Pour Baldwin (2006) les délocalisations de tâches dépassent la distinction travail qualifié/travail peu qualifié. Elles pourraient toucher des opérations de pointe ou de R&D et à l'inverse épargner les travailleurs peu qualifiés des services non échangeables. Baldwin note ainsi que les prévisions de sous-traitance ou de délocalisation des tâches seront très difficiles à faire pour l'économiste contemporain qui connait mal le fonctionnement interne d'une firme:

It is difficult to identify winning and losing tasks. Knowing the direct cost of telecommunications is not enough since it interacts in complex and poorly understood ways with the nature of the task and the task's interconnectedness with other tasks. Economists do not really understand the `glue' that resulted in the bundling of various tasks into packages (factory and offices), so the way in which various tasks come unglued will be unpredictable until economists know much more about the glue.

Face à cette incertitude, il semble important que l'Etat soit là pour former et aider à la reconversion les salariés touchés par ces délocalitions. Si l'Etat ne peut (ne doit) pas protéger certains emplois dans un souci d'efficacité largement profitable aux consommateurs et à la croissance économique, son rôle essentiel est de protéger et d'aider les travailleurs en difficultés. C'est du moins la vision que l'on peut espérer d'une communauté dont la valeur solidarité n'aurait pas encore tout à fait sombré.


Remarques

Le dessin est de ga (rue 89).
Sur ce thème des délocalisations voir aussi ecointerviews et (d'après ce post) un prochain article d'Olivier Bouba-Olga.

Bibliographie

- Autor, David H., Lawrence F. Katz and Melissa S. Kearney (2008), “Trends in US Wage Inequality: Revising the Revisionists”, Review of Economics and Statistics 90 (May), 300-23.
- Baldwin R, Globalization, the great unbundling(s), Report by the Secretariat of the Economic Council.
- Blinder, A. S. (2006): Offshoring: The Next Industrial Revolution? Foreign Affairs, 85:2, 113–128.
- Ebenstein, Avraham, Ann Harrison, Margaret McMillan and Shannon Phillips (2009), “Estimating the Impact of Trade and Offshoring on American Workers Using the Current Population Surveys”, NBER Working Paper 15107, June.
- Grossman, G. & Rossi-Hansberg, E. (2006a): The Rise of Offshoring: It’s Not Wine for Cloth Anymore. July 2006. Paper presented at Kansas Fed’s Jackson Hole conference for Central Bankers. http://www.kc.frb.org/
- Grossman, G. & Rossi-Hansberg, E. (2006b): Trading Tasks: A Simple Theory of Offshoring. August 2006. PDF file. www.princeton.edu/~grossman/offshoring.pdf
- Lemieux T, 2006, Increased Residual Wage Inequality: Composition Effects, Noisy Data, or Rising Demand for Skill, American Economic Review 96, 461--498.
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Au delà du PIB, le revenu équivalent

lundi, septembre 14, 2009



Comme le soulignait R. Kennedy "Gross National Product measures everything, in short, except that which makes life worthwhile".
Quel serait donc un bon indicateur de bien être?
La comission Sen-Stiglitz-Fitoussi remet aujourd'hui son rapport sur "la mesure de la performance économique et du progrès social", ce qui me donne l'occasion de faire un post sur un indicateur allant au delà du PIB: l'équivalent égalitaire aussi dénommé revenu équivalent. Pour mettre en perspective cet indicateur et pour aborder le sujet d'une façon large, je débuterai par un rappel du théorème d'impossibilité d'Arrow avant d'en venir à une présentation concrète.




Théorème d'impossibilité d'Arrow

Le problème énoncé par Arrow est le suivant, si l'on s'intéresse à
  • une population finie N={1,...,n} d'individus rationnels (rationalité = choix cohérents : les préférences sont transitives et réflexives ).
  • un ensemble d'états sociaux (de situations) X
  • un domaine D représentant le profil de préférences de la population analysée sur ces états sociaux RN=(R₁,...,Rn),

existe t-il une fonction f qui pour chaque profil RN définisse une préférence f(RN) sur X compte tenu des axiomes (conditions) suivants:
  1. Le domaine D doit être universel, le choix social doit tenir compte de la diversité des choix individuels, il ne doit en exclure aucun.
  2. La règle de choix social (la fonction f) doit vérifier l'axiome de rationalité (la préférence f(RN) doit être un préordre sur la totalité de l'ensemble X)
  3. La règle d'agrégation (la fonction f) doit vérifier l'axiome faible de Pareto. Si tous les individus ont une préférence stricte unanime alors cette préférence doit être choisie par la société.
  4. La règle d'agrégation doit être indépendante des alternatives non pertinentes. En d'autres termes, le classement de deux alternatives ne doit tenir compte que des préférences individuelles sur ces deux alternatives.
  5. La règle d'agrégation ne doit pas être dictatoriale (version faible de l'anonymat). La préférence stricte d'un individu ne peut pas être imposée à la société.

Et la réponse est… non, une telle règle n’existe pas, d’où le théorème d’impossibilité : Toute règle d'agrégation vérifiant les axiomes 1, 2, 3 et 4 est dictatoriale. Toute règle démocratique viole au moins un des axiomes 1, 2, 3, 4.
Le problème énoncé par Arrow est très général, il peut être restreint aux préférences des individus portant sur les choix politiques (théorie des élections), ou encore sur la gestion d'un club (économie publique). Enfin la population concernée n'est pas obligatoirement composée d'individu, elle peut aussi représentée un ensemble de critères (théorie multi-critères).

Des solutions?

Il est possible de sortir de l'impossibilité en considérant un domaine de profils suffisamment restreint, c'est-à-dire en affaiblissant la condition de domaine universel. Le modèle de Black (1948) où les préférence sont unimodales permet ainsi de sortir de l'impossibilité. Mais du coup le champ d’analyse est limité.
Enlever l'axiome de Pareto faible résoud le problème, mais cette règle est nécessaire dans le paradigme de l'individualisme méthodologique dans la mesure où elle rend le choix social dépendant des choix individuels. Comme le notent Fleurbaey et Hammond (2004, sect. 3) la condition de Pareto permet de se prémunir du paternalisme et du perfectionnisme.
Enfin la non-dictature semble nécessaire... Que reste t-il?

Comparaison inter-personnelle et rationalité collective

L'une des solutions pour sortir de l'impossibilité est de permettre des comparaisons interpersonnelles d'utilité.
Suite aux travaux de Sen (1970) certains auteurs ont ainsi intégré d'autres variables telles que la santé, l'éducation et ont menées ces comparaisons. On sort alors de l'approche ordinale (voir Sen (1999) pour un survey).
Nombre d’économistes considèrent ces comparaisons interpersonnelles comme la seule solution permettant de sortir de l'impossibilité. Or comme beaucoup d'entre eux refusent d'abandonner la vision ordinale, ils considèrent que le problème d'Arrow reste entier. Ce constat conduit, à tort, une partie de la profession à en rester aux optima de Pareto. Ceci est notamment vrai en éco inter, où les analyses de bien-être sont trop sommaires (avec Marc Fleurbaey, nous avons proposé une méthodologie pour conduire une analyse de bien être rigoureuse en présence d’agents hétérogènes dans un modèle standard d’éco géo). Mais l'approche parétienne est insuffisante lorsqu'il existe plusieurs optima ou lorsque aucune réforme n'est Pareto optimale (de plus juger de l'efficacité d'une réforme sur le seul fait qu'elle est unanimement acceptée revient en fait à ne pas se poser de question sur cette réforme).
On peut aussi modifier le problème en limitant la rationalité collective qui est très exigente chez Arrow en raison de la transitivité et de la complétude imposées à la règle de décision.

Théorie de l'équité

Enfin, la théorie de l'équité permet de sortir de l'impossibilité en considérant qu'il est inutile de réaliser un classement fin de toutes les alternatives sur X. Suivant Fleurbaey (2000): "la théorie de l'équité vise à définir des "règles d'allocation" qui sélectionnent un sous-ensemble des allocations réalisables, dans divers contextes économiques [...] Plus fondamentalement, il faut noter qu'une règle d'allocation définit bien un préordre, même si ce préordre ne contient que deux classes d'indifférence: les allocations sélectionnées, et les autres. Par conséquent, du point de vue strictement formel, il n'y a pas véritablement de modification du problème.[...] Si la théorie de l'équité obtient tant de résultats positifs, c'est donc obligatoirement parce qu'elle abandonne ou affaiblit certains axiomes [...] Par conséquent, le fait essentiel pour la théorie de l'équité est qu'elle renonce implicitement à l'axiome d'indépendance. C'est cela qui marque sa véritable différence avec la théorie du choix social, et non l'abandon apparent de la notion de préordre."

Le revenu équivalent, un peu de théorie

Revenons sur l'hypothèse d'indépendance des alternatives non pertinentes. Cet axiome est très restrictif, illustrons ceci à travers un exemple emprunté à Fleurbaey et Manniquet (2008). Soit deux agents Anne et Bob qui se partagent deux biens, du vin et du pain. Nous désirons comparer deux allocations z et z' illustrées par le graphique suivant.

L'axiome des alternatives non pertinentes est trop restrictif car dans ce cas les allocations sont symétriques et on ne peut donc pas conclure en regardant uniquement ces deux alternatives (z ou z' c'est du pareil au même si on veut être impartial envers Bob et Anne). Pour sortir de l'indécision, il nous manque de l'information concernant les préférences des deux consommateurs. Rajoutons un peu d'info, imaginons que l'allocation z soit un équilibre walrassien à budget égaux. Dans un tel cas les TMS sont égaux, et personne ne désire bouger de cet équilibre qui est Pareto optimal. La situation est très différente pour l'allocation z' où Anne envie le panier de Bob (qui lui préfére sa situation à celle d'Anne). Dans un tel cas le choix social est plus facile à faire, il semble raisonnable de préférer l'allocation z.

Fleurbaey, Suzumura et Tadenuma (2005) ont ainsi pris en compte une information plus précise sur les préférences. Ils ont opéré trois extensions:
  1. prise en compte des TMS. cette information très locale (variations infinitésimale le long des courbes d'inf aux alentours des allocations) est suffisante pour construire une règle d'agrégation non dictatoriale, mais l'anonymat n'est cependant pas respecté.
  2. prise en compte des courbes d'inf dans la boîte d'Edgeworth. L'impossibilité d'Arrow persiste.
  3. prise en compte d'une partie de la courbe d'indifférence allant de la situation actuelle de l'agent jusqu'à un rayon particulier dans l'espace des biens. Cette dernière extension permet de construire une règle d'agrégation.

Illustrons cette solution pour Anne (numéro 1) et Bob (numéro 2). Le rayon particulier part de l'origine des axes et est dirigé vers la dotation globale de l'économie (omega sur la Figure ci-dessous). Il suffit alors de connaître une partie de la courbe d'indifférence comprise entre la situation de l'agent et ce rayon. En d'autres termes, on pose à Anne et à Bob la question suivante: qu'elle est la part des dotations globales qui laisserait votre satisfaction inchangée. On obtient ainsi les lambda1 et lambda2 et les lambda'1 et lambda'2 (voir Figure). Il suffit ensuite de les additionner pour comparer les deux allocations.


Il est important de noter que l'évaluation lambda1+lambda2 et lambda’1+lambda’2 n'a pas de valeur en soi, ce qui compte c'est simplement le classement lambda1+lambda2 > lambda’1+lambda’2. L'impossibilité d'Arrow a été levée tout en évitant les comparaisons interpersonnelles.
Remarque: si les hommes politiques veulent prendre des décisions sociales justes ils doivent avoir une certaine information sur les préférences des citoyens. De ce point de vue les sondages d'opinion ne sont pas forcément une mauvaise chose. Ils pourraient être intéressants si les questions posées suivaient le principe du revenu équivalent.

Le revenu équivalent, un peu d'empirique

Fleurbaey et Gaulier (2009) propose de construire un indicateur du niveau de vie en se basant sur la théorie énoncée plus haut. Les auteurs partent du PIB par tête, puis calculent plusieurs corrections à ce revenu qui permettraient aux individus (aux populations plus précisément) d'atteindre une norme dans chacune des dimensions suivantes:
  1. Revenu national par tête
  2. Temps de travail
  3. Précarité, risque de chômage
  4. Espérance de vie en bonne santé
  5. Taille des foyers
  6. Inégalités
  7. Soutenabilité (analysée via consommation de capital physique et naturel, dont les émissions de gaz à effets de serre)

Au final les auteurs obtiennent un indicateur, le revenu équivalent (aux solides fondements théoriques) qui mesure non seulement le bien-être monétaire mais aussi le bien-être non monétaire. Sans surprise, le classement des pays est très différent de celui que l’on obtient avec le PIB.

Les Etats-Unis passe ainsi de la troisième place à la 6ème place en prenant en compte la santé, idem avec les inégalités et chute à la dixième place avec intégration de la soutenabilité. La France à l'inverse progresse dans le classement, ce qui nous indique que nous n'avons peut-être pas grand chose à envier au modèle américain.
Pour conclure, s’en tenir au PIB c’est considérer que la production est une fin en soi, or un bon niveau de santé, une faible précarité, des inégalités réduites et de bonnes perspectives de soutenabilité sont des éléments tout aussi importants (pour ne pas dire plus).

Note

²Evidemment l'équivalent égalitaire n'est pas la seule piste de recherche pour aller au delà du PIB (voir Fleurbaey 2009 pour un survey)

Bibliographie

- Arrow K. J. 1951, Social choice and individual values, Wiley.
- Candau, F., Fleurbaey, M., 2009, Agglomeration and welfare with heterogeneous preferences. ssrn wp.
- Fleurbaey, M., 2000, Choix social: une difficulté et de multiples possibilités'', Revue Economique 51: 1215-1232.
- Fleurbaey, M., 2009, Beyond GDP: The quest for a measure of social welfare, Journal of Economic Literature (forthcoming).
- Fleurbaey, M., Gaulier, G. International comparisons of living standards by equivalent incomes, Scandinavian Journal of Economics (forthcoming).
- Fleurbaey M., Hammond P. (2004), Interpersonally comparable utility, in S. Barbera, P. Hammond, C. Seidl eds., Handbook of Utility Theory, vol. 2, Kluwer, 2004.
- Fleurbaey, M., Maniquet F., 2008, Fair social orderings, Economic Theory 34 : 25–45.
- Fleurbaey, M., Suzumura K., Tadenuma K., 2005, Arrovian aggregation in economic environments : How much should we know about indifference surfaces ?, Journal of Economic Theory 124 : 22-44.
- Sen A.K. 1999, “The possibility of social choice,” American Economic Review 89: 349-378.
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Commerce, flux de capitaux et frictions financières

mercredi, août 26, 2009
Petit focus aujourd'hui sur un papier de Pol Antràs et Ricardo Caballero.
Dans cet article, paru récemment dans Journal of Political Economy, les auteurs présentent un modèle dans lequel la mobilité des capitaux et la mobilité des biens sont complémentaires. Si vous vous souvenez des modèles à la Heckscher-Ohlin-Samuelson (HOS) vous devez déjà être intrigué. En effet selon les modèles standards en l'absence d'obstacle aux échanges la rémunération des facteurs tends à s'égaliser (Samuelson (1948)), aucun mouvement de capitaux n'est donc profitable (idem pour les migrations…), l'ouverture commerciale s'est ainsi substituée à la mobilité des capitaux dans le processus de convergence des prix internationaux. Evidemment ce modèle ne prend pas en compte les imperfections sur le marché financier comme par exemple le fait que les agents n'ont pas le même accès au marché du crédit suivant le secteur qu'ils ont investi ou suivant le pays dans lequel ils évoluent. Antràs et Caballero dans leur modèle 2x2x2 (deux pays et deux secteurs produisant des biens homogènes à l'aide de deux facteurs de production, le travail et le capital) intègrent donc des frictions financières dans un pays (le pays en voie de développement, dénommé Sud) et dans un secteur. Cette introduction a des conséquences intéressantes.

Autarcie

A l'autarcie, le pays avec les institutions financières les plus mauvaises offre un prix plus faible dans le secteur qui ne connaît pas de friction financière. En effet une part relativement plus importante des ressources est allouée à ce secteur, une situation de surproduction est alors atteinte (p 708) et le capital est moins bien rémunéré au Sud. La liberté de mouvement des capitaux entraîne donc une fuite des capitaux du Sud vers le Nord. Les auteurs en concluent que le protectionnisme commercial peut favoriser le déséquilibre de la balance des capitaux (« At the global level, a rise in protectionism may exacerbate rather than reduce the so-called global imbalances. Caballero a écrit plusieurs articles sur les déficits courants voir son site).

Ouverture

Au Sud les frictions financières dans un secteur confèrent à l'autre secteur un avantage comparatif qui devient exploitable avec l'ouverture commerciale. En effet avec l'ouverture le prix du bien vendu par ce secteur augmente et avec lui la rémunération du capital (Proposition 2 et Figure 1 p.713). L'ouverture commerciale permet ainsi une entrée de capitaux au Sud. Commerce et mobilité des capitaux deviennent ainsi complémentaire dans le développement des pays du Sud.

What else

Dans un second article (ici), à paraître dans Journal of European Economic Association Papers and Proceedings, les auteurs analysent en détail la version dynamique du modèle et en tire des conclusions tout aussi nouvelles qu'inattendues. Ils montrent que la libéralisation commerciale en réduisant la part du revenu revenant aux entrepreneurs, aggrave la contrainte financière et devient défavorable à la consommation et au revenu de long terme. Cette conclusion n'est pas sans rappeler celle de Chesnokova (2009) qui montrait que l'ouverture commerciale pouvait déboucher sur une désindustrialisation trop poussée (liée à la crontrainte de crédit) dommageable en terme de bien être pour les pays en voie de développement. Voilà donc trois lectures qui vous donneront du grain à moudre sur des réflexions du style "bienfaits et méfaits de l'ouverture commerciale".

Bibliographie

- Antràs, Pol and Ricardo J. Caballero (2009), Trade and Capital Flows: A Financial Frictions Perspective, Journal of Political Economy, August Issue.
- Antràs, Pol and Ricardo J. Caballero (2009), On the Role of Financial Frictions and the Saving Rate during Trade Liberalizations, Forthcoming in the Journal of European Economic Association Papers and Proceedings
- Chesnokova, Tatyana (2007), Immiserizing Deindustrialization: A Dynamic Trade Model with Credit Constraints, Journal of International Economics, Volume 73, Issue 2, pp. 407-420.
- Samuelson P. A. (1948) International Trade and the Equalization of Factor Prices, The Economic Journal.
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Les rendements croissants remis en questions !?!

samedi, juillet 04, 2009
Les rendements croissants sont-ils en train de décliner ? L’économie moderne doit-elle revenir sur ses fondements classiques ? Telles sont les deux questions posées par Paul Krugman dans sa lecture du prix Nobel. Ces questions sont étonnantes pour l’enseignant que je suis, qui débute son cours de micro par la concurrence pure et parfaite et qui poursuit en vantant par comparaison le réalisme de la concurrence imparfaite. Ces questions sont aussi surprenantes pour le chercheur en économie géographique… mais avant de vous en expliquer le pourquoi, peut être est-il utile de revenir très brièvement sur la lecture de Krugman. L’auteur présente tout d’abord ses travaux, ceux sur l’économie géographique démontrent que dans un modèle avec rendements croissants, la baisse des coûts de transport débouche sur une agglomération des activités. Pour Krugman ce processus d’agglomération semble appartenir au passé, il présente notamment une carte des USA sur l’industrie automobile qui reflète le fait que les nouvelles industries se sont localisées au Sud au lieu de s’agglomérer autour de Détroit. On aurait tord de penser que cette idée est nouvelle, Krugman lui-même dans Krugman et Livas (1996) amendait son article de 1991 en montrant que l’agglomération en engendrant une hausse des prix du foncier et des coûts de navette débouchait suite à une intégration commerciale plus approfondie sur une dispersion des activités (voir aussi Candau (2009) dans lequel je montre que ces forces de dispersion urbaines alliées avec une dispersion de la demande débouchent sur une séquence dispersion / agglomération / dispersion lorsque les économies se libéralisent commercialement). Cette séquence a été vérifiée empiriquement par nombre de chercheurs, dont notamment Combes et al. (2008) sur données françaises (le processus d’agglomération aurait eu lieu de 1860 à 1930 et depuis les activités semblent se disperser). Le constat de dispersion n’est donc pas nouveau et ne surprendra personne, c’est l’interprétation qui en est donnée qui est nouvelle, car c'est une remise en cause des rendements croissants : « So increasing returns may represent the wave of the past, not the future [...]Problems facing workers in advanced economies: 1) Increasing inequality 2) Decline of “good jobs”. To some extent, both may be explained by the decline of increasing returns as a force in the world economy» Krugman semble considérer que ce sont les avantages comparatifs qui jouent désormais un rôle important dans la configuration spatiale des pays avancés (pour les pays en voies de développement son modèle Centre-Périphérie lui semble peut-être encore adapté (il fait référence à la Chine)). Cette lecture a suscité une réaction de Marius Brülhart (l’un des premiers à avoir tester empiriquement les prédictions de Krugman) qui défend la pertinence de l’économie géographique Krugmanienne pour les problèmes actuels. J’ai franchement apprécié la sortie de Brülhart et j’en aurais souhaité d’autres, ceci dit je n’ai pas vraiment montré l’exemple, donc voici mes interrogations et commentaires sur cette intervention de Krugman. Premièrement l’économie des pays développés est une économie qui se tourne de plus en plus vers les services, ces derniers sont souvent différenciés, n’y a-t-il pas des rendements croissants dans ces secteurs ? Deuxièmement, d’un point de vue théorique la vision de Krugman est évidemment juste, depuis le théorème d’impossibilité spatiale de Starret on sait que la dispersion des activités peut aussi résulter d’un modèle concurrentiel en l’absence d’avantages comparatifs (espace homogène), à l’inverse leur présence explique les zones de spécialisation et d’agglomération. En d’autres termes, Krugman nous rappelle qu’il est important de ne pas oublier les premiers résultats de l’économie spatiale qui ont toujours une importance, il nous invite aussi à discriminer entre les différentes théories. Cette intervention m’a fait songer à un élégant article d'Ellickson et Zame (2005) qui présentent le point de vue suivant: “We think the literature has taken the wrong lesson from Starrett's theorem. Locations are not all the same, and transportation costs are not zero, so the question, in our minds, is not whether a competitive model can have anything interesting to say about a world in which locations are identical and transportation costs are zero, but rather whether a competitive model can have anything interesting to say about a world in which locations are not identical and transportation costs are not zero. Put differently, the question is not whether competition can lead to a heterogeneous present from a homogenous past, but whether competition can lead to the kind of heterogeneity we actually see in the present from the kind of heterogeneity we see (or imagine) in the past.” En d’autres termes concurrence et avantages technologiques/factoriels (ou diversité des goûts… bref toute hétérogénéité) hérités du passé peuvent expliquer le processus de dispersion actuelle. Aussi c’est avec une certaine impatience que j’attend l’article qui testera si les rendements croissants déclinent (et pourquoi ?), car si une telle prédiction se vérifie ce n’est pas seulement la nouvelle économie géographique qui appartiendra au passé mais une grande partie des théories actelles basées sur ce concept.

Biblographie

- Candau, Fabien, Is Agglomeration Desirable? (April 22, 2009). Available at SSRN: http://ssrn.com/abstract=1393183
- Combes, Pierre-Philippe, Miren Lafourcade, Jacques-François Thisse and Jean-Claude Toutain (2008) The Rise and Fall of Spatial Inequalities in France: A Long-Run Perspective. CEPR Discussion Paper #7017.
- Ellickson B. and W. R. Zame, 2005, A competitive model of economic geography, Economic Theory 25, 89-103.
- Krugman, Paul, 1991, Increasing Returns and Economic Geography. Journal of Political Economy, 99(3): 483-499.
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Corruption et commerce

mardi, juin 30, 2009
Les revenus tarifaires représentent une part importante des recettes fiscales dans les pays en voies de développement (20% contre 1% pour les pays riches) et cette dépendance fiscale explique en partie le comportement hautement protectionniste de ces pays. Bouët et Roy (noté BR par la suite) nous rappelle ce fait en calculant les droits de douane moyens pour trois pays africains et observent le classement suivant : Nigéria (droit de douane moyen de 26%) > Mauritanie (18%) > Kenya (16%). Fait plus intriguant en utilisant un indicateur de perception de la corruption les auteurs observent un classement similaire… les pays qui taxent le plus seraient-il les plus corrompus ? Sur le plan théorique on sait qu’une taxe importante est une incitation pour les exportateurs à la corruption des services douaniers, ces derniers y cèdent suivant leur niveau de rémunération, leur aversion au risque et suivant les modalités de sanction contre le corrompu appliquées par l’Etat importateur (Allingham et Sandmo (1972)). Mais qu’en est-il dans les faits ?

Evasion fiscale et tarifs, la méthodologie de l’étude de Bouët et Roy

BR mettent alors en œuvre une méthodologie que nous allons décrire pour tester ce lien entre tarif élevé et évasion tarifaire. La première estimation en valeur des auteurs est la suivante :

Où EvValueiptc représente une mesure de l’évasion, soit la différence entre la valeur d’un produit p (niveau HS6) à la date t indiquée par un exportateur c et la valeur de ce même produit reportée par l’importateur. En d’autres termes l’idée intéressante est de considérer les flux indiqués par l’exportateur et non reporté par l’importateur comme étant détournés. La variable Tariffptc représente la taxe imposée à l’exportateur. Mais l’évasion peut aussi se manifester par une mauvaise spécification, le produit importé étant déclaré sous une autre ligne tarifaire pour bénéficier d’un taux plus faible. Exemple fictif : un produit A est taxé à 50% alors qu’un produit différencié B est taxé à 10%, si vous êtes un exportateur de A vous avez tout intérêt à corrompre le douanier pour qu’il inscrive votre exportation comme étant une entrée de B. Pour appréhender ceci les auteurs calculent une moyenne pondérée par les exportations des autres produits à un niveau plus agrégé (au niveau HS4), dénommées tariffrelptc. Enfin d est une dummy qui prend la valeur 1 lorsque le produit est différencié et l’interaction tariffptc*d teste si un produit différencié et fortement taxé a plus de chance d’expliquer l’évasion. En effet plus un produit est différencié plus il est difficile de le faire passer pour un autre et plus il taxé plus la corruption est attractive. Les auteurs introduisent ensuite des effets fixes par produits, temps et partenaires.

Résultats

A partir de l’estimation sans effets fixes ils observent que l’évasion est d’autant plus forte que le tarif du produit concerné et celui des produits reliés sont élevés. Contrairement aux études existantes, BR constatent que la différenciation a peu d’effet. Ce résultat provient de la mesure de la protection et de la spécificité des partenaires étudiés par les autres études. En effet Javorcik and Narciso (2008), Mishra et al (2008) et Levin and Widell (2007) utilisent uniquement les taux ad-valorem et étudient un seul partenaire (l’Allemagne pour les premiers, l’Angleterre pour les derniers) En rajoutant les effets fixes les auteurs obtiennent toujours une élasticité tarif de l’évasion positive et observe qu’elle est plus forte pour le Nigéria que pour le Kenya et la Mauritanie (pour ce derniers pays la corrélation entre tarifs et évasion n’est pas toujours significative). Le classement des trois pays suivant cette simple méthodologie est cependant sujet à caution car les partenaires de chaque pays et les produits échangés sont différents, ce qui pousse les auteurs à réduire l’échantillon au même ensemble de produits et de partenaires. Une analyse de robustesse est ensuite réalisée, les auteurs utilisent notamment des variables instrumentales pour limiter les biais d’endogénéité et des régressions non paramétriques et semi-paramétrique pour tester la non linéarité de la relation. Dans tous les cas leurs résultats sont confirmés. Il est intéressant de noter que le coefficient mesurant l’élasticité tarif de l’évasion pour le Nigéria double avec l’introduction des effets fixes sur les produits. Ce résultat, qui diffère de Mishra et al (2008) indique que pour certains pays les caractéristiques des produits jouent un rôle important dans l’explication de l’évasion (en caricaturant les diamants engendreraient plus de corruption que les pois chiches).

En guise de conclusion

L’objectif des pays en voie de développement est de taxer fortement les importations pour faire rentrer des recettes fiscales mais d’après cette étude de BR on peut se demander s’il n’y a pas là une courbe en U-inversé (les économistes adorent les courbes en cloche: exemple courbe de Laffer, courbe de Kuznets et ses dérivés etc) : plus ces pays taxent plus les recettes augmentent, sauf si les taxes sont vraiment prohibitives, dans un tel cas la corruption augmente et les recettes s’effondrent. Je ne connais aucun papier qui ait testé cette relation, pourtant savoir si les pays en voie de développement peuvent gagner plus en taxant moins leurs importations est une question majeure et il fait peu de doute qu’avec l’amélioration des données concernant les pays en voies de développement une telle relation soit testée prochainement. Alors stay tuned, je vous en reparle dès qu’il y a du nouveau.

Bibliographie

- Allingham, Michael G., and Agnar Sandmo, 1972, “Income Tax Evasion: A Theoretical Analysis,” Journal of Public Economics, Vol. 1, pp. 323-38. - Bouët A, Roy D, 2009, Trade protection and tax evasion: evidence from Kenya, Mauritania and Nigeria, CATT Working Papers Series n°1. - Fisman, Raymond and Shang-Jin Wei, 2004, “Tax Rates and Tax Evasion: Evidence from Missing Imports in China,” Journal of Political Economy, No. 112 Vol. 2, pp. 471-496. - Mishra Prachi, Arvind Subramanian and Petia Topalova, 2008, "Policies, Enforcement, and Customs Evasion: Evidence from India” Journal of Public Economics, vol. 92(10-11), p 1907-1925.

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Aux origines du sous développement en Afrique, le commerce d'esclave

samedi, juin 06, 2009

Comment expliquer la richesse ou la pauvreté des nations ? Cette question est au cœur de l’analyse économique et le débat oppose souvent des facteurs géographiques et institutionnels. Lorsque les terres sont enclavées, rocailleuses où pentues la production est plus difficile et le commerce plus coûteux ce qui freine l’exploitation d’avantage comparatif et les gains de productivité qui peuvent en résulter. En appui à ces causes premières d’un développement difficile, certains auteurs ont mis en avant des causes de seconde nature. A titre d’exemple, les terres enclavées en limitant le commerce limite les échanges technologiques et si le marché intérieur est petit ou dispersé alors aucune incitation à l’agglomération et aux économies qui en résultent (économie d’échelle, diffusion des idées) n’est possible. Lorsque le climat est favorable à la prolifération de certaines maladies alors l’espérance de vie et la productivité sont amoindries et le développement économique s’en trouve altéré (pour une étude sur le poids économique et social de la malaria voir Sachs et Malaney (2002)). Opposés à la primauté de ces éléments dans l’explication du sous développement, des auteurs tels que Easterly (2006) considère que les difficultés de croissance sont d’abord liées à la mauvaise gouvernance des pays (corruption, politique économique inappropriée) et aux défaillances des institutions dont les causes sont souvent à rechercher dans l’histoire des nations. La géographie pourrait alors avoir un rôle, mais un rôle indirect. Ainsi selon Acemoglu Johnson et Robinson (2001) un environnement défavorable entraînant une mortalité plus forte des européens dans leur colonie aurait découragé leur installation sur longue période ainsi que la mise en place d’institution de qualité. Trancher entre institution et géographie semble avoir une importance particulière dans la mesure où les remèdes préconisés peuvent être différents. Ainsi Sachs (2005) considère que l’aide au développement peut pallier le désavantage géographique alors qu’Easterly (2006 a, b et 2007) considère au contraire ces aides comme potentiellement inefficaces voire néfastes. Je n’aborderai pas aujourd’hui les aides au développement (promis je le ferai un autre jour) mais je souhaiterai souligner le poids de l’histoire dans la destiné des nations. Commençons par l’article de Nunn (2006) qui traite du commerce d’esclave et des difficultés de développement du continent africain. L’auteur nous rappelle que pendant 500 ans, de 1400 à 1900 l’Afrique n’a pas vu sa population évoluées en raison du commerce d’esclave, en effet près de 20 millions d’africains (sur une population qui en comptait au maximum 70 millions) ont ainsi été exportés via l’Atlantique, le Sahara, la mer rouge et l’Océan Indien et à peu près autant sont morts dans les transports et les rafles. Nunn (2006) observe ainsi une relation négative entre le nombre d’esclave exporté par le passé et la croissance actuelle des pays africains. Ce commerce aurait en effet exacerbé la fragmentation politique et affaiblit les institutions traditionnelles (les rapts étant opérés par une ethnie contre une autre, voire même au sein d’une même ethnie). Les conséquences du commerce d’esclave sur les difficultés actuelles de croissance économique feront l’objet de ce blogage dévoué à l’article de Nunn et Puga (2007). Ces auteurs montrent qu’une géographie accidentée engendre un effet négatif, elle hausse les coûts de production et de transport, mais cette géographie a aussi permis aux habitants d’échapper à l’esclavage, Bah (1976) montre en effet que les cavernes et les falaises servaient de refuge au sud-est du Sénégal et Brasseur (1968) détaille comment au Mali les terrains montagneux permettaient aux Dogons, de protéger leur territoire. Une géographie désavantageuse aurait ainsi eu un impact positif qui se ressent encore aujourd’hui et domine même l’effet négatif !

Effet positif d'un désavantage géographique

Rentrons brièvement dans le détail de l’article, les auteurs testent tout d’abord les équations suivantes :
où yi est le revenu par tête, r la variable géographique (r pour ruggedness) et I une dummy qui prend la valeur 1 pour les pays Africains et 0 pour les autres. L’idée étant que pour les pays africains un terrain accidenté peut avoir un effet bénéfique alors que pour les autres pays (qui n’ont pas connu l’esclavage) seul l’effet négatif lié notamment aux coûts de transports domine. Dans la seconde équation les pays ne sont pas différenciés ce qui permet aux auteurs de tester les trois hypothèses suivantes : 1) si béta1 est négatif une géographie accidenté a un impact négatif sur le revenu 2) si béta2 est positif alors en Afrique une géographie accidentée a un impact positif 3) si béta1 est inférieur à béta5 alors ne pas prendre en compte la spécificité historique africaine biaise l’impact négatif de la géographie vers zéro. Ces trois hypothèses sont vérifiées. Les auteurs testent ensuite l’équation suivante :
où xi mesure les exportations passées d’esclave. L’objectif étant d’analyser si 1) ces exportations affectent négativement le revenu, dans un tel cas béta10 devrait être négatif 2) l’effet d’une géographie accidentée n’est pas différent en Afrique lorsque ces exportations sont prises en compte, en d’autres termes l’esclavage explique totalement que des terrains accidentés puissent avoir eu un impact indirect positif en Afrique puisqu’ils ont permis de se cacher ou de se protéger contre ce commerce, dans un tel cas béta8 est égal à zéro 3) les effets d’une géographie accidentée sont négatifs lorsque ces exportations sont prises en compte, dans un tel cas béta7 est négatif. Ces trois hypothèses sont vérifiées par les auteurs.

Robustesse des résultats

Les estimations précédentes peuvent cependant souffrir d’un manque de variable qui biaise l’analyse. Si par exemple des sols accidentés sont des sols riches en diamants et si la production de diamants enrichit des pays à l’extérieur de l’Afrique mais appauvrit les africains en raison de mauvaises institutions alors l’estimateur géographique peut être biaisé. Les auteurs prennent ainsi en compte la production de diamants entre 1994 et 2000, et leur résultat est robuste à cette introduction. De plus ils introduisent d’autres variables de contrôle telles que le climat, l’accès à la mer et la qualité des sols sans dévier de leur conclusion principale. Puga et Nunn (2008) vérifient aussi que leurs estimations ne sont pas guidées par des pays atypiques (les îles, les pays très accidentés ou très peu accidentés), puis supprime systématiquement toutes les observations pour lesquelles les coefficients estimés pour la géographie sont supérieurs à un certain seuil (2 sur la racine carré du nombre d’observations (méthode de Belsley, Kuh, and Welsch (1980)). Il est aussi intéressant de noter que pour tester la robustesse de ces résultats il suffit d’inverser le raisonnement et de vérifier qu’une géographie accidentée n’a pas d’effet positif dans des pays qui n’ont pas connus l’esclavage. Les auteurs testent alors si cet effet positif existe pour l’Europe, l’Océanie, l’Amérique du nord et celle du sud. Ils constatent alors que seul l’effet négatif existe pour ces continents à l’exception de l’Europe à laquelle il faut retrancher la Suisse pour effacer l’effet positif de la géographie (les auteurs n’explique pas pourquoi la Suisse biaise ainsi les résultats et perso je n’ai pas d’idée pouvant l’expliquer. Si vous avez une explication je suis preneur).

Agglomération cumulative dans les zones à géographie désavantageuse

Si les auteurs montre qu’une géographie accidentée a des effets indirects positifs, ils montrent aussi que les coûts ne sont pas absents, l’agglomération initiée par le choc historique s’auto entretient, la population s’agglomérant aujourd’hui encore dans les terres les plus accidentés.

Conclusion

En conclusion les auteurs nous mettent en garde, leurs résultats sont spécifiques, ils ne prouvent pas que les désavantages géographiques ont toujours un impact positif dominant. Alors bossez vos manuels d’histoire et regardez si un choc historique différent de l’esclavage et dans d’autres pays tel que la Chine ou l’Inde ne pourrait pas être un terrain d’étude intéressant.

Bibliographie

- Acemoglu, Daron, Simon Johnson, and James A. Robinson. 2001. The colonial origins of comparative development: An empirical investigation. American Economic Review 91(5):1369–1401.
- Easterly,William. 2006a. The White Man’s Burden: Why the West’s Efforts to Aid the Rest Have Done so Much Ill and so Little Good. New York, ny: Penguin Press.
- Easterly,William. 2006b. Reliving the 1950s: The big push, poverty traps, and takeoffs in economic development. Journal of Economic Growth 11(4):289–318.
- Easterly, William. 2007. Was development assistance a mistake? American Economic Review Papers and Proceedings 97(2):forthcoming.
- Nunn, Nathan. 2006. The longterm effects of Africa’s slave trades. The Quarterly Journal of Economics, MIT Press, vol. 123(1), pages 139-176, 02.
- Puga Diego, Nunn Nathan. 2007. Ruggedness: The Blessing of Bad Geography in Africa (soumis à Review of Economic Studies.
- Sachs, Jeffrey. 2005. The End of Poverty. New York, ny: Penguin Press.
- Sachs, Jeffrey and Pia Malaney. 2002. The economic and social burden of malaria. Nature 415(6872):680–685.
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L'euro, le dollar et un peu d'Histoire.

dimanche, mai 31, 2009

Depuis 2001 l'euro connaît une appréciation face au dollar (voir graphique ci-dessous), et nombre d’observateurs économiques promettent régulièrement au billet vert un sort tragique. Si le déclin catastrophique et rapide tarde à venir, les fondamentaux qui permettaient au dollar de résister ont sans doute disparu et un peu comme Vil le coyote continue de courir en suspension dans les airs avant de se rendre compte qu'il n'est plus sur la falaise (pour reprendre l’image de Paul Krugman), le dollar se maintient, mais pour combien de temps encore? Une autre question qui peut se poser lorsque l'on observe l'euro s'apprécier ainsi est de savoir quelle est actuellement sa place dans le système monétaire international.

Révisons nos connaissances de bases: la puissance monétaire internationale de l'Euro peut être mesurée via ses fonctions d'unité de compte pour le secteur privé et public, d'unité de paiement et de réserve de valeur. Pour le secteur privé la fonction d'unité de compte correspond aux facturations commerciales (et produits financiers que je n'aborderai pas ici, voir Creel et al. (2008) pour plus de détails) or 50% des facturations hors zone euro se font en dollar contre 28% pour l'euro. Pour le secteur public la fonction d'unité de compte dépend du choix de monnaie d’ancrage or d'après le FMI en 2007 les 1/3 des pays qui utilisaient un ancrage avait choisi l'euro, les 2/3 restant s'étant tourné vers le dollar. En ce qui concerne la fonction de paiement, la part de l'euro dans les transactions de change a augmenté sur la dernière décennie, mais elle reste encore très loin des 87% affichés par le dollar. Enfin en tant que réserve de valeur, et pour ne parler que de l'usage public, l'euro progresse dans l'accumulation des réserves de change mais le dollar domine encore. Ainsi d'une façon générale, l'euro est une monnaie qui gagne des points face au yen et qui revêt évidemment une importance régionale de premier ordre, mais elle n'a pas encore la place de leader monétaire. Cependant selon Chinn et Frankel (2007) l'euro détrônerait le dollar aux alentours de l'année 2015.
La période que nous vivons n'est pas sans rappeler celle faisant l'objet de l’étude de Flandreau et Jobst (2009) sur laquelle je vais bloguer brièvement. Les auteurs nous plonge dans la période où la libre sterling dominait le système monétaire international pour nous aider à mieux comprendre les mécanismes passés et sans doute actuels. Leur but est de tester la littérature traitant de la taille du marché comme variable explicative de la dominance d'une monnaie (Kindleberger (1967), Krugman (1980), Rey (2001)). L'idée est qu'une monnaie a d'autant plus de succès qu'elle est utilisée sur plusieurs marchés. Ces externalités de réseaux ont un effet d'hystérèse (l’hystérèse : les causes d’une situation ont disparues mais les conséquences sont toujours présentes) que les auteurs observent pour le dollar et pour certaines monnaies europénnes ; les pays continuant à utiliser une monnaie alors même que les fondamentaux ont disparus. Ainsi l’Histoire monétaire compte (grâce aux externalités) ! A titre d’exemple en 1900, les externalités sont défavorables au dollar et bénéfiques au Franc (qui est sur-utilisé de 25% par rapport à un scénario sans externalités). Les auteurs ne trouvent cependant pas de stricte persistance de l'Histoire, ce qui les conduit à penser que même sans le choc de la seconde guerre mondiale, le dollar possédait les fondamentaux nécessaires pour détrôner la livre!
  • Bibliographie:

- Chinn et Frankel (2007) Will the Euro Eventually Surpass the Dollar as Leading International Reserve Currency? In G7 Current Account Imbalances: Sustainability and Adjustment, R. Clarida (ed), University of Chicago Press. - Creel J, Fitoussi J-P, Laurent E et J Le Cacheux (2008) La zone euro : une enfance difficile. Lettre de l’OFCE. no 304. - Flandreau M, Jobst C, 2009, The emipirics of international currencies: network, externalities, history and persistence. The Economic Journal. - Rey H (2001), International trade and currency exchange, Review of Economic Studies, vol 68(2), pp 443-64. - Krugman (1980) Vehicule currencies and the structure of international exchange. Journal of money, credit and banking, vol 12(3), pp 513-26.

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Commerce Nord-Sud et spécialisation verticale

mercredi, avril 29, 2009
Ce matin sur BFM : « Aujourd’hui on pourrait dire à nos enfants : ‘fini tes études sinon les chinois te prendront ton job’ » Cette peur est-elle fondée? Pour éclairer notre lanterne nous allons bloguer sur l’étude de Fontagné, Gaulier et Zignago (FGZ pour faire court) intitulée Specialization across varieties and North-South competition publiée en 2008 dans Economic Policy 23(53) : 51-91.
L'analyse de ces auteurs dépasse le simple exemple chinois via une investigation basée sur BACI et axée sur les spécialisations des nations du Sud et du Nord sur la période 1995-2004.

Un commerce de variétés différentes démasqué

FGZ calculent tout d’abord un indice de similarité des exportations sur trois niveaux d’aggrégation différents. Au niveau des secteurs tout d’abord, les similarités sont relativement forte ce qui tendrait à confirmer la thèse suivant laquelle les pays du Nord et du Sud sont en concurrence. Mais l’antithèse émerge dès que les auteurs travaillent sur des données plus désagrégées, en effet la similarité devient bien moins importante au niveau des produits et devient carrément faible au niveau des variétés. A titre d’exemple le coef de similarité des exportations entre l’EU 25 et la Chine passe de 0.5 à 0.25 et enfin à 0.15 au niveau des variétés. En d’autres termes les nations du Nord se sont spécialisées sur des variétés différentes, il n’y a donc pas de concurrence frontale.

Regard sur les parts de marché et sur l'évolution des spécialisations

L’heure de la synthèse a-t-elle sonnée ? Pas vraiment, l’analyse réalisée ici est quelque peu statique (réalisée uniquement sur l’année 2004) mais les auteurs étudient aussi l’évolution de ces spécialisations et montrent que les pays du Nord se sont spécialisés sur des biens de haute qualité alors que les pays du Sud se sont spécialisés sur des variétés de basse qualité. En guise d’exemple les parts de marché de la Chine sur la période 1995-2004 sur les segments de basse qualité ont augmentés de 8,23% alors que ceux des pays du Nord diminuaient. A l’inverse les parts de marché de l’Europe sur la haute qualité augmentaient de 6,26% sur cette même période. FGZ utilisent ensuite BACI pour déterminer les différences de prix à l’exportation de différentes variétés d’un même produit. Plus précisément ils calculent les valeurs unitaires médianes relatives. Les auteurs observent ainsi que les spécialisations sont plutôt stable au cours du temps. Sur près d’une décennie, une variété européenne à l’export aurait été trois fois plus chère qu’une variété chinoise. Cette constance dénote une différenciation verticale assez poussée. Les auteurs cherchent ensuite à analyser les déterminants de ces spécialisations et confirment l’étude de Schott (2004), plus un pays est développé plus la valeur unitaire (son positionnement sur de la haute qualité) à l’export augmente.

Equation de gravitation

Enfin, FGZ utilise une équation de gravitation pour étudier les déterminants du commerce de variété. Je ne présente ici qu’une partie de l’équation testée : Ln Xtijk= a+…+b1g1LnGDPPCti+ b2g3LnGDPPCti + b3g1LnGDPPCtj+ b4g3Ln GDPPCtj + c1g1Ztij+ c1g3Ztij+uk+vt+ etijk où Xtijk représente la valeur des exportations bilatérales du pays i vers le pays j à la date t pour une industrie k. Seuls les segments de marché de haute qualité g1 et de basse qualité g3 sont analysés. GDPPC représente le PIB par tête en parité de pouvoir d’achat. Le PIB du pays exportateur (GDPPCti) capte les déterminants de X du côté de l'offre alors que le PIB de l’importateur (GDPPCtj) devrait appréhender les facteurs jouant sur la demande. Pour l'offre on s’attend à ce qu’une productivité plus forte augmente les exportations en bien de qualité. Pour la demande un niveau de revenu par tête important devrait entraîner une demande de qualité plus forte et donc favoriser les exportations des industries spécialisées sur ces variétés. Enfin, Z est un indicateur de friction bilatérale incluant la distance, le langage commun, et les barrières tarifaires. Les biens de qualité, par essence plus complexes, sont peut être davantage exportés lorsque les deux pays partagent le même langage et sont relativement proches géographiquement (sur ce dernier point deux effets s’opposent: d’un côté des coûts de transport élevé devrait être plus favorable aux biens de qualité puisqu’ils vont augmenter le prix relatif des biens de basse qualité, mais à l’inverse le manque d’information due à la distance devrait avoir un impact négatif sur le commerce de qualité). Les GDPPC des importateurs et des exportateurs ont les signes attendus. Ainsi le revenu par tête du pays exportateur est bénéfique aux exportations de qualité et une hausse du revenu national se traduit par une hausse de la valeur unitaire des biens importés (le revenu marginal est consommé dans des produits importés de meilleure qualité plutôt que dans une hausse des quantités importées). Enfin l’éloignement géographique semble avoir plus d’importance pour les biens de basse qualité.

En guise de conclusion

En conclusion, il est temps de revenir la citation introductive : quel est l’impact des évolutions de spécialisation sur le marché du travail au Nord ? A première vue et puisque les pays ne produisent pas les même variétés on peut penser que les qualifiés sont plutôt protégés grâce à une faible concurrence - quoique grandissante dans la mesure où le développement permet de grimper l’échelle des spécialisations - mais pour les peu qualifiés la spécialisation des pays du Nord sur de la haute qualité est probablement néfaste… à vous de trouver (ou de faire) une étude qui le montre!

  • Biblio
Schott, Peter K. (2004). “Across-product Versus Within-product Specialization in International Trade.” Quarterly Journal of Economics 119(2): 646-677.
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Après avoir été assistante de recherche au Center for Global Development, elle réalise une thèse traitant du rôle des institutions dans l'intégration au commerce international des Pays en Voie de Développement.

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