10 juillet 2015

Fuite carbone et commerce


Le brouillard ?
Nous venons enfin de terminer la révision de notre article sur les havres de pollution et la corruption! Le message de notre article est simple, les normes environnementales en Europe ont entraîné des délocalisations de firmes polluantes vers des pays ou elles peuvent polluer plus librement (les havres de pollution). Prosaïquement, c'est l'observation des fuites de carbone de l'Europe. Ces délocalisations se sont de plus dirigées vers les pays où la corruption permettait d'influencer les normes environnementales (c'est ce qu'on appelle les paradis de la corruption).
Pour un économiste lambda, il n'y a là rien de révolutionnaire, les firmes maximisent leurs profits en se délocalisant, point barre. Pour un économiste en économie internationale, il y a cependant un résultat contrariant: nous montrons que les délocalisations sont d'autant plus fortes que les pays sont fortement intégrés commercialement. De là à supposer que l'intégration en favorisant les délocalisations des firmes polluantes, augmente les pollutions il n'y a qu'un pas (que nous ne franchissons pas puisque nous n'étudions pas le niveau de pollution dans ce papier). Or, les plus belles théories de l'économie internationale rejettent cet argument et affirment que l'ouverture est bénéfique pour l'environnement (nous en avions fait un post détaillé ici il y a déjà 2 ans qui est toujours d'actualité). La remarquable étude de  De Sousa, Hering et Poncet qui est sortie hier confirme ce résultat pour les émissions de SO2 en Chine.
Ce résultat est-il en opposition avec le notre? Pas du tout, les auteurs montrent même que ce sont justement les IDE qui ont permis de diminuer les émissions de SO2 en Chine. Le fait que ces firmes aient des technologies plus avancées, expliquent en partie ces progrès. La question qui reste ouverte est contre-factuelle, si ces firmes étaient restées en Europe où elles auraient encore moins polluées du fait des normes plus restrictives, les échanges auraient-ils été aussi importants? Comment aurait évolué la pollution et le développement en Chine? On peut penser que les choses auraient-été bien pires... ou pas... faîtes tourner les modèles, tout dépendra de vos hypothèses et en particulier de la substituabilité entre capital et flux commerciaux. Anderson (2005) est limpide sur ce point lorsqu'il critique le modèle HOS utilisé par Copeland et Taylor:

"The Copeland and Taylor model is one in which capital fl ows and trade fl ows are substitutes, although there are respectable models in which the two are complements. In a world of complementarity, Green pessimism may well be more warranted. If FDI fl ows to take advantage of lower abatement cost, and if FDI is stimulated by trade liberalization, the factor proportions model mechanism that locates polluting industries in the rich North is reversed "

Dans notre article nous utilisons justement ce type de modèle alternatif et respectable à bien des égards (basé sur Fujita et Thisse, 2006). A partir du moment où les agents ont une préférence pour la diversité, il y a tout lieu de penser que l'intégration commerciale entraînera un afflux toujours plus massif de cadeaux "Made in ..." sous le sapin de noël (en ces périodes de canicule, je suis soucieux de vous envoyer des images de fraîcheur) pour peu qu'ils soient produits sous rendements croissants dans des pays aux normes environnementales et sociales plus basses.

Mais il y a une raison encore plus fondamentale qui explique pourquoi le commerce international peut être néfaste en terme de pollution: les transports. Aucune, je dis bien AUCUNE des études qui affirment benoîtement que le commerce a un effet favorable sur l'environnement ne prennent en compte la pollution liée aux transports. Quel est l'impact de l'intensification des échanges en termes de pollution si on prend en compte les différents modes de transport? La question est ardue, elle nécessite un immense effort d'analyse de données et un bon paquet d'hypothèses. En économie internationale, depuis déjà pas mal d'années lorsqu'un tel défi se présente, il faut se tourner vers David Hummels. Voici donc une partie de l'abstract du seul papier qui prend en compte les transports:

"We collect extensive data on worldwide trade by transportation mode and use this to provide detailed comparisons of the greenhouse gas emissions associated with output versus international transportation of traded goods. International transport is responsible for 33 percent of world-wide trade-related emissions, and over 75 percent of emissions for major manufacturing categories."

Ooooh waiiit, 75%!!! et les transports sont omis de toutes les équations expliquant les émissions par les secteurs industriels, ça craint! Lisez l'article, vous verrez que les auteurs sont prudents, mais qu'ils sont tout de même inquiets sur les échanges longue distance (style USA-Chine).

Pour conclure, merci à tous ceux qui ont discuté (S Bertoli, A Bouët, P-Ph Combes, M Crozet, J de Sousa, C Gaigné, M Goujon, J Le Cacheux, S Rey, F Robert-Nicoud, F-C Wolff)
et téléchargé (notamment la trentaine d'anonymes d'hier) ou encore RT/FAV (adelaigue, annenat, martin_anota, remibaz, robertJRElliott, tradediversion, xmolenat) notre Pollution Haven and Corruption Paradise, cet article représente de longs mois d'effort à viser l'excellence, à lutter contre nous même pour en sortir le meilleur (thèse d'Elisa + mon HDR) donc plus il sera lu et moins nous aurons la sensation d'un effort vain. Les fuites carbone dans les havres de pollution aux institutions douteuses ne sont pas une curiosité théorique, elles sont bien réelles, nous les avons clairement identifiées sur notre échantillon.

Lisez aussi l'article de De Sousa, Hering et Poncet, le titre "Has trade openness reduced pollution in China?" est une poupée russe vous invitant à la lecture, leur propos ne concernent pas toutes les pollutions, mais uniquement le SO2, ce qui rend leur résultat beaucoup moins discutable que pour les autres pollutions et au vue de leur rigueur sans aucun doute vérifié.

03 juillet 2015

Trois débats interdits

Séphane Ménia, le mister Hyde du docteur Jekyll, vient d'écrire un bouquin sur des débats qu'il est temps de sortir de l'ombre: le chômage, la désindustrialisation et la dette. Sortir de l'ombre?! Oui. Même s'il existe de nombreux ouvrages et articles sur ces sujets, rares sont ceux qui sont clairs et précis. Le débat est en quelque sorte interdit par la partialité des analyses. Ici tout est bien documenté, discuté et pédagogiquement présenté.
Le décor est d'abord soigneusement planté, chaque chapitre débute par des faits; plusieurs faits, ici un graphique qui intéressera tous les étudiants.


Puis les dialogues s'installent, toutes les questions que vous vous posez sur ces sujets sont passées en revue: Les jeunes sont ils maltraités en France? et les vieux? Qu'est-ce qui détermine l'emploi? Quel est l'impact du SMIC? Faut-il réduire les charges sociales? Faut-il réduire le temps de travail? Quel est l'impact d'une augmentation de la population active (démographie, immigration)? Faut-il fliquer les chômeurs? et la formation? Faut-il un contrat de travail unique? etc....

Patiemment, pour chaque question, l'auteur explique, cite, renvoie à des travaux de recherche (lien hypertexte à votre service à l'appui). Jamais dogmatique, il cherche à être le plus juste possible sur ce sujet important, sans doute le plus important de l'analyse économique.

Le chapitre suivant est celui qui m'a le plus plu, il analyse la désindustrialisation. Lorsqu'une usine ferme, c'est douloureux et visible, souvent des centaines d'emplois disparaissent, aussi les médias et les politiques, K.O. et légitimement compatissant, ont renoncé à la réflexion de long terme, celle consistant à analyser les emplois crées après et ailleurs. Aussi c'est un grand plaisir de voir Stéphane Ménia relever le gant et lancer ce débat. Pour tous ceux qui pensent, un peu vite, que tous les emplois perdus par les délocalisations seraient strictement regagnés par les relocalisations, extrait:

"Quand une usine se relocalise en France, un matériel neuf est installé et la relocalisation occasionne une automatisation supérieure [...] nécessitant moins de main d'œuvre. En termes d'emplois estimés, ce sont plus de 25000 emplois qui sont perdus du fait des délocalisations, pour seulement un millier qui sont gagnés grâce aux relocalisations. Soit un ratio de 25 pour 1"

Le chapitre sur la dette est une récidive (déjà débattue sur un ton plus léger dans un précédent ouvrage) mais depuis la situation a changé et l'analyse a gagné en maturité. La dette n'est plus un faux problème en France (et encore moins en Europe), elle a entraîné l'austérité des années qui viennent de s'écouler... aussi est-il vital pour notre démocratie de comprendre si les efforts demandés ont été basés sur une pensée erronée, ayant pour point focal une soutenabilité fictive de la dette, une frayeur injustifiée de la faillite de l'Etat, ou si au contraire on peut se féliciter de la perspicacité et du courage de nos politiques, tous bords confondus...

Pour conclure, sur le blog du taulier, à l'entrée, en haut à droite on peut lire "depuis 1999", on a du mal à y croire. Ce gars là, était non seulement sur le fil de l'éco avant même que la toile soit tissée, mais en plus, il n'a jamais cessé de poster du contenu gratuit et aujourd'hui, fidèle à ce principe, il sort un bouquin à 2,99 €. L'esprit du web est là, saluons le, à vous de twitter, bloguer et relayer! L'objectif est noble: rendre accessible au plus grand nombre une analyse économique de qualité.

25 juin 2015

Réseaux et comportements économiques, une intro par Matt Jackson

Si vous cherchez une introduction à la théorie des réseaux en économie, cette vidéo de Matt Jackson peut vous intéresser. Matt Jackson a écrit un manuel sur le sujet ("Social and Economic Networks") qui est décevant à certains égards (voir James Rauch pour une critique) mais qui est une référence si vous souhaitez approfondir ce thème. 
Pour une revue de la littérature sur le rôle des réseaux en économie urbaine (effet sur le crime, l'éducation, l'emploi), il y a cet article de Topa et Zenou (2014). Pour la macro, il y a ces slides d'Acemoglu (ici et ) qui détaillent certaines références importantes et surtout cette vidéo qui analyse l'instabilité macro en fonction des réseaux. 
 
En économie internationale, il y a cet article de Chaney, où les réseaux servent de base à l'exportation. Enfin, j'aime bien cet article de Crespo, Suire et Vicente sur les clusters et les formes de leurs réseaux. 

04 juin 2015

Taxe sur la Valeur Ajoutée

"La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore" Edgar Faure.
 
Edgar Faure savait de quoi il parlait lorsqu'il définissait ainsi la réforme fiscale puisqu'il était ministre des finances lorsque la TVA est instaurée en 1954. Initialement la TVA  touche uniquement les industriels puis elle est généralisée en 1968 et remplace alors 14 taxes différentes (selon cette campagne d'information d'époque qui vaut le détour).
 
Si vous ne connaissez rien à la TVA (j'espère que vous êtes lycéens et que tous mes étudiants savent comment cet impôt fonctionne) je vous recommande cette vidéo de "dessine moi l'éco" qui éclairera tous ceux qui cherchent une définition de la TVA (merci à Martin Anota pour l'indication).
 



Dans ce post nous allons élargir le champs d'étude en analysant les taux de TVA en Europe, en étudiant les conséquences de la TVA (cet impôt est-il injuste? Offre t-il un gain de compétitivité?) et ses extensions (TVA sociale, TVA environnementale).

Origines et succès

La TVA est une invention française, lit-on souvent, c'est évidemment faux mais la France fut effectivement la première nation à l'appliquer. L'idée de la TVA semble être apparue de façon claire pour la première fois sous la plume d'un économiste allemand Von Siemens (1918) puis américain, Adams (1921) dans cet article du QJE. Son promoteur en France a eu un parcours remarquable, Maurice Lauré né à Marrakech, a fait ses études à Rabat puis à Saigon, il est finalement diplômé de l'X en 36, puis fait prisonnier durant la seconde guerre mondiale, il devient ensuite haut fonctionnaire et propose la TVA en 1952 qui est adoptée deux ans plus tard. Cette nouvelle taxe paraît bien difficile à collecter, la comptabilité telle que nous la connaissons aujourd'hui n'existait évidemment pas, elle est donc uniquement imposée sur le secteur de la production et ne sera généralisée au commerce de détails qu'en 1968. Dès les années 70 cette taxe devient l'une des plus importante ressource fiscale pour l'Etat français. Elle l'est encore aujourd'hui, puisque seules les cotisations sociales en France rapportent plus que la TVA dont les montants récoltés dépassent largement ceux d'autres prélèvements, tel que l'impôt sur le revenu par exemple.



La TVA semble ainsi être une formidable "machine à cash", aussi il n'est guère étonnant qu'elle ait été adoptée dans plus de 150 pays. Ci-dessous un graphique issu de l'étude de Keen et Lockwood (2007) qui montre l'adoption de la TVA dans le monde. Le nombre de pays (en ordonnée) ayant adopté cette taxe a ainsi plus que doublé entre 1990 et 2000 passant de 55 à 120 pays.



TVA et l'Europe

En France, la TVA permet de récolter dans les 145 milliards d'Euro soit à peu près la même somme que la TVA anglaise (voir graph ci-dessous, source eurostat).

La crise de 2007-08 a eu pour effet une diminution de la part de la contribution de la valeur ajoutée dans les recettes fiscales des pays. Au début de la crise, cette baisse ne peut s'expliquer par une baisse des taux (seul le Portugal abaisse son taux de TVA) mais trouve plutôt son origine dans une chute de la demande. Les faillites expliquent aussi que certaines entreprises n'aient pas restituées aux Etats les taxes collectées sur les produits vendus dans l'année. En 2009, de nombreux pays abaissent leurs taux de TVA, souvent sur des produits spécifiques. La France sur la restauration (TVA à 5,5%), l'Allemagne sur les hôtels (7%). D'autres abaissent le taux général, comme par exemple l'Irlande (de 21,5% à 21%) et le Royaume-Uni (de 17% à 15%).


En 2010, cette tendance à la baisse se révèle temporaire. L'augmentation des dépenses publiques liées à une augmentation du chômage conduit les gouvernements à hausser les taux de TVA. La crise de la dette de 2011 renforce cette tendance. Les dettes de certains pays sont jugées trop importantes par les marchés financiers, l'endettement pour financer les déficits nécessite désormais de payer une prime de risque bien plus élevée. La soudaine hausse des taux d'intérêt dans des pays tels que la Grèce, le Portugal, l'Espagne ou encore l'Italie diffuse une inquiétude croissante chez les gouvernants sur la question de la soutenabilité de la dette. Alors que de nombreux économistes rejettent les politiques d'austérité en période de crise (à l'international c'est sans doute le FMI qui a le plus critiqué les thèses promouvant l'austérité, travaux empiriques à l'appui. En France, c'est peut-être l'OFCE qui s'est exprimé de la façon la plus claire sur le sujet), les gouvernements de gauche comme de droite, pense qu'il est plus responsable de hausser les niveaux de taxation.... La commission européenne et la BCE partage de plus cet avis comme en témoigne ce point de vue de JC Trichet soutenant que l'austérité peut être expansionniste car elle rétablit la confiance dans la capacité des Etats à tenir leurs engagements.... En moyenne le recours à une hausse de la TVA a été continu.

En France on s'est écharpé sur la TVA sociale (politique visant à abaisser les cotisations sociales et à compenser la perte de recette par une hausse de la TVA) en 2012, le débat avait finalement été gagné par la gauche, cette politique, ayant pour but officiel de créer des emplois en élevant le coût du capital et en diminuant celui du travail, n'a finalement pas été adoptée compte tenu de la faible élasticité de substitution entre capital et travail sur le court terme, laissant présager un coup d'épée dans l'eau (voir Carbonnier pour une discussion informée). Puis le vent a tourné (je ne suis pas politiste, ouf, je n'ai pas à expliquer ces phénomènes) et il est redevenu intéressant de baisser les cotisations et d'augmenter la TVA... En 2014, la TVA a été augmentée passant de 19,6 à 20% pour le taux normal et de 7% à 10% pour le taux intermédiaire.

Impact de la TVA

La TVA est régressive, que l'on soit riche ou pauvre, on paye le même taux. Pour limiter cet effet sur le pouvoir d'achat des plus modestes, plusieurs taux sont appliqués et suivant les pays certains produits sont exonérés de taxe. Par exemple en Australie, au Canada et au Japon, où la mise en place de la TVA a été particulièrement difficile, de nombreux aménagements ont été réalisés (d'après James, 2011). Aux Etats-Unis, les démocrates se sont souvent opposés à la mise en place de la TVA principalement pour cette raison de justice sociale et pour les risques d'échec politique qu'une telle taxe pouvait représenter (les républicains s'y opposent craignant que cette taxe renforcent les ressources et la puissance de l'Etat).

L'autre effet de la TVA, souvent mis en avant par les journalistes, est son impact sur la compétitivité des entreprises. En effet, puisqu'elle touche les produits importés, mais qu'elle peut-être déduite par les exportateurs il semble logique qu'elle ait un impact favorable sur la balance commerciale. Pour les économistes en économie internationale, ce raisonnement est un raccourci erroné. Feldstein et Krugman (1990) ont ainsi des mots durs à l'encontre de ce raisonnement:

In large part, the belief that VATs are trade-distorting policies reflects a failure on the part of noneconomists to understand the basic economic arguments.

En effet, le raisonnement basique conduit à considérer que le taux de change va s'ajuster à l'introduction ou à la modification d'une TVA dans un pays. Cependant dans une zone monétaire non harmonisée l'impact d'un différentiel de TVA peut avoir des conséquences économiques. Voir aussi Desai et Hines (2005) ont réalisé une étude sur la question pointant d'autres raisons expliquant l'impact de la TVA sur le commerce (les déductions de TVA pour les exportateurs sont parfois incomplètes, les différences de TVA sur les biens exportés et non échangés ont aussi un impact etc). 

En guise de conclusion, quelques mots sur une taxe européenne

Le traité de Rome établit que l'Europe doit évoluer vers un système de ressources propres (article 201: "without prejudice to other revenue, the budget shall be financed wholly from own resources") mais les Etats s'y sont toujours opposés et l'histoire de la TVA européenne ne fait pas exception à cette règle. Avec la chute des recettes des droits de douane et l'augmentation des dépenses européennes, il a fallu trouver de nouvelles recettes dans les années 60, la TVA ne tarde pas à être au cœur des discussions. Deux méthodes de prélèvement sont proposées par la commission une première dite déclarative, mais que je qualifierais de "désagrégée" où les TVA européennes et nationales sont prélevées sur chaque produits (avec un décompte sur chaque ticket de caisse identifiant les deux taux) et une autre méthode, dite statistique où une part de la TVA récoltée par les Etats est transférée vers l'Europe. La première méthode avait l'avantage d'être transparente mais politiquement elle rendait l'Europe un peu trop indépendante. Officiellement, le coût administratif d'une telle procédure a fait la voie belle à la méthode statistique (aujourd'hui avec l'informatique le coût administratif serait bien moindre, mais l'idée semble appartenir au passé).
Initialement le taux est fixé à 1% et la base fiscale ne peut excéder les 55% du PIB. Puis de multiples négociations ont eu lieu, à commencer par le Royaume-Uni qui obtient une ristourne dès 1984 (le fameux "juste retour"), puis l'Allemagne, la Suède etc... Depuis 2007 le taux a été revu à la baisse passant à 0.3% (avec les exceptions précédemment citées, l'Allemagne 0.15% par exemple). Au final, ce transfert n'est pas vraiment une taxe européenne sur la valeur ajoutée, elle n'est guère différente d'une contribution directe des Etats ce qui explique pourquoi elle est supplantée par ce mode de financement (contribution basée sur le Gross National Income, GNI, sur le graph ci-dessous et VAT pour TVA. Source: European commission).

La TVA européenne pourrait-elle cependant renaître sous une forme nouvelle? C'est l'idée d'une Taxe sur le Carbone Ajouté (TCA), défendue par Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux il y a déjà fort longtemps ici, qui comme son nom l'indique s'inspirerait de la TVA mais sur le contenu en carbone. Trois oppositions sont souvent avancées, la première est qu'il faudrait une comptabilité du carbone et que nous ne l'avons pas... Avec une telle critique la TVA n'aurait jamais été mise en place (il est intéressant de se rappeler que la TVA semblait par exemple inapplicable pour le commerce de détails et qu'il a fallu des années pour que le système soit généralisé). La deuxième critique considère qu'une telle politique serait du protectionnisme caché et qu'elle aboutirait à des représailles de la part des partenaires commerciaux. Enfin, le consommateur le plus pauvre verrait son pouvoir d'achat fortement réduit, d'où l'idée de compenser cette perte par des allègements fiscaux. Je dois avouer que je trouves l'idée de la TCA à la fois attirante et inquiétante, il n'empêche qu'elle constitue à n'en pas douter une véritable réforme fiscale au sens d'Edgar Faure, je vous remets la citation là dès fois que vous l'ayez lu trop vite en intro:

"La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore"

F.C.

Biblio blogalistique (cad incomplète mais pouvant être complétée si vous demandez gentiment)

  • Desai, Hines, 2005. Value-Added Taxes and International Trade: The Evidence.
  • Feldstein, M, P Krugman, International trade effects of value-added taxation, in Assaf Razin and Joel Slemrod eds., Taxation in the global economy (Chicago: University of Chicago Press, 1990), 263-278.

25 mai 2015

Nash, le mathématicien (par Villani)

John Nash vient de décéder. Vous trouverez dans les journaux tout un tas de résumés plus ou moins bons de ses travaux (souvent moins bons que Wikipédia). Pour aller un peu au delà, je vous conseille ce post de Fine Theorem concernant la contribution de Nash à l'économie. Si par curiosité vous voulez connaître ses contributions en math, il y a cette excellente présentation de Cédric Villani (soit dit en passant, une leçon de pédagogie).

20 mai 2015

Mathiness, Hotelling and Krugman

Paul Romer has an interesting article on the lack of rigor in economics. His fight is against authors that use "mathiness", i.e. math with dubious assumptions and ideological aims, in particular in models with perfect competition. Writting about "Prescott is No Solow, No Becker", he points out:

"Remember that the motivation for the theory is that for these authors, perfect competition is the ultimate non-negotiable, more sacred even than micro-foundations. If this were a Hotelling model of location or a Krugman model of spatial location, I’d have some way to try to make sense about how “some measure of people defines a market.” But in the formal mathematical model of perfect competition that the authors are using, this sentence means nothing"

I confirm that all the story in Hotelling and Krugman is indeed in the link between population and market (I really don't know concerning McGrattan and Prescott (2010), I will work on that) but if mathiness is about crazy assumptions and lack of rigor in results then Hotelling and Krugman are not exempt of review. The initial model of Hotelling is wrong - see d'Aspremont, Gabszewicz and Thisse (1979, Econometrica) - and the model of Krugman on location choices is a "toy model" with "aggressively unrealistic assumptions" according to Fujita, Krugman and Venables (1999). Furthermore this model is not totally satisfactory on the mathematical side, for instance the analysis on existence and stability of equilibria in Krugman (1991, JPE) is lacking (see Robert-Nicoud (2005, JEG) for rigorous proofs). BUT assumptions and results in Hotelling and Krugman are just great. Imperfect competition and transportation costs are the heart and soul of the tradeoff that leads to agglomeration.

From that point, I think that what matters for Romer is not the use of math per se, but the meaning of these math. By promoting models written by Hotelling, Krugman but also by Solow and Becker, he demonstrates its preference for toy models with clear messages (this clearly written in Romer (1992, P66) see also Chris House). I also love these models.

But to get a job, a Ph-D student has to publish papers. I just put here the tweet of Jon Hersh illustrating this pressure.



Mathematics produces, not only (and not always), knowledge in economics, it is also a signaling tool.

Maybe I am wrong (and I hope I am), but I am not sure that the job market (at least in my field) is still looking for simple models like those developed by Hotelling, Becker, Solow or Krugman. For instance, the New Economic Geography of Krugman is dying, it is just impossible to publish a paper in a top-5 journal with the basic assumptions of this literature. Quantified models are wanted and it is often asked to both develop multi-country models and to provide analytical results. Quite logically, this (sometimes) leads to consider models with perfect competition because they are more tractable. An example of this "come back to perfect competition" is the paper of Allen and Arkolakis (2014, QJE) where authors use old tricks but "determine the spatial distribution of economic activity on any surface with (nearly) any geography".

To conclude, diversity of ideas and methodologies must be represented in top journals and there is some journals where it is the case (the JEG is a good example of diversity with publications by economists and geographers). Because it is hard to identify mathiness, and thus to fight against this bad equilibrium, we must consider multiple equilibria where many ecosystems emerge. Obviously the other solution regarding the market of lemons described by Romer is to remove informational problems by employing reviewers that detect and denounce more systematically the ideological devil... the organization of the delegated expertise must be improved (if you want to play with a model on that topic, start with Gromb and Martimort (2007, JET)). Good luck!

F. Candau


PS: The timing of this welcomed rage against mathiness is an enigma for me. Romer has discussed the paper of Prescott in 2007, this paper has been published in 2010 and we are in 2015...

Edit [22/05/15]: A huge number of researchers and journalists have discussed the "mathiness" of Romer (DeLong 1 & 2, Farmer, Williamson, Smith, Fox, Wren-Lewis, AndolfattoGans and PK has presented a similar point of view here before Romer) but the best piece comes from  Dietz Vollrath who clearly explains what are the implications to assume monopolistic or perfect competition in growth models.

15 avril 2015

The Californian water on the boil

Guest blogger: we have invited Charles Regnacq to write a post on the drought in California and to our great pleasure he has accepted. Charles Regnacq is a Ph-D student at U. Pau (CATT). Last year he was a visiting scholar at U.C., Riverside (Water Science and Policy Center). He currently works on water markets in California and on transaction costs of the institutional transition toward a sustainable use of water.

On April the 1st, the Californian department of water resources announced that the snowpack in the Sierra Nevada (an important source of water for the State in the next months) is at its lowest level ever measured: only 5% of the normal at this date [1]. 

This fact among others confirms that the singular drought period of the past three years in California is not over but instead is reinforcing. As exceptional event calls for exceptional response, the governor Jerry Brown declared the same day and for the first time in the Californian history a statewide mandatory cutback of water for the 2015 year [2]. The order asks for a reduction of 25% of urban water use, a better monitoring of water allocation and urges to limit the use of water in agriculture.

It is now very likely that the State will go through another tough year with farmers in the front line. For the sole 2014 year, 5% of irrigated land had to be fallowed leading to a loss for the agricultural sector of more than 2 billion of dollars and around 17 000 jobs [3].

While this drought is breaking records one by one and thus become an exceptional event in the Californian history, the difficulties to reallocate water during shortage periods in this state is not something new. For almost 150 years, the institutions governing this resource has been shaped as conflicts occurs and new laws are passed to cope with contemporary issues. But innovation in institutional infrastructure is often curbed by the previous reform due to the inherent transaction cost and potential conflict associated with such a transformation [4].


1. “Whiskey is for drinking, water is for fighting”. (An old say in the American West)

Since the gold rush in the mid-19th century until today, an extensive use of water resource allows California to be one of the wealthiest State in USA. However, the path toward such a growth has been punctuated with multiple conflicts over water allocation.

In an early stage, the “laissez-faire” regulation has been replaced with more formal rules through the creation of water districts and irrigation districts. These local entities was dedicated to manage water among users and helped in solving conflicts in a specific area. But the increase of agricultural production within the central valley in the beginning of the 20th century and the growing urbanization in the southern California rapidly exceed the limited local resources and call for a broader management of water.

In order to solve the geographical mismatch between water supply and demand, institutional and hydrological investments has been made to allow the transfer of water from north to south of California. The last century has thus seen the development of an important network of canals and reservoirs in order to cope with the geographical imbalance of water [5]. 

The government and federal authorities agreed to build the Central Valley Project (CVP) intended to deliver water for irrigation to the central valley followed some decades later by the State Water Project (SWP). Districts sufficiently large were also able to build their own project: the Hetchy Hetchy canal to deserve the city of San Francisco (San Francisco Public Utility District), the Colorado River aqueduct and Los Angeles aqueduct delivering water to the south coast (mainly the Metropolitan Water District of Southern California and San Diego Water Authority).
With the increase of water transfers including exportations outside of the hydrological basin, tensions between regions became more pronounced. An iconic case has been the transfer of water from the Owens valley (in the Sierra Nevada) to the growing metropolis of Los Angeles. In this story, farmers from the Owens valley felt aggrieved from the agreement with multiple environmental degradation [6] and led to the so-called “Californian Water War” [7]. Despite this conflict happened almost 100 years ago, the specter of this conflict is still present in every minds [8] and played an important role in the reluctance of local authorities to encourage water exportations. However, the major impediment of water transfers appeared after an important reform for water in California had passed: the introduction of market based instruments.

Following two reports by the governor [9] and the legislature [10] in 1978, agent entitled with a water right of use are now allowed to sell or lease its endowment. But simultaneously to the rise of the water markets, resistances to water exports increased as well among local authorities. Several concerns relating to the effects of these transfers on the region of origin has been put forward. Environmental degradation, water depletion, economic impacts on related businesses raise as much worries among rural communities and curbs water transfers. In virtue of their police power, several counties and cities implemented a groundwater ordinance which drastically restrict the possibilities of water export [11]. While it is important to protect the local resource to avoid the classical tragedy of the commons, the Hanak’s papers ([8] and [11]) revealed that groundwater ordinances are too much often viewed as a solution rather than a transitional state.

2. The balkanization of the information and groundwater issue

The movement of decentralization in the beginning of the 20th century toward local water management has been a helpful reform to address the contemporary issues. Indeed it is well known since Ostrom [12] that conflict and problem of the commons are better solved in small structures. It simplified water allocation within the district’s boundaries and improved water usage among members.

However, the delegation of power to local authority also led to complicate the transfer of water outside of the district’s boundaries through the groundwater ordinances or more informal pressures [13]. The source of the problem in many places aroused from the lack of a proper groundwater management. Indeed, in California and until a very recent date (august 2014), groundwater resources were not controlled by any state regulation as the surface water were and decision toward this particular resource has been let to the discretion of local authority (Wright Act of 1887) This often induced the region to experience the well-known problem of resource in “open access”.

This point is particularly concerning in a context of water trade which increase the pressure on the groundwater resource with a significant risk of negative impact on local economy and a potential risk of environmental crisis for the ecosystem in the region of origin [14]. This lack of State regulation promotes resistance to reform and deter any attempt to improve groundwater management mainly because of a lack of financial and political capital [15]. Indeed a good cooperation between districts is needed to study underground water and is often costly. Some small districts do not always possess the necessary resources to engage in such path. Furthermore, the reluctance toward an improvement of groundwater management can be also attributed to an insufficient net gains (or simply a net loss) of such transformation from potential water sellers [16]. Indeed, numerous activities are using groundwater as a buffer in period of drought and if this backyard resource become more regulated, pumping groundwater in time of surface water shortage could become impossible. Thus, the disorganization of the decision’s chain induces some local policy makers to prefer an inefficient status-quo by restricting the water transfers rather than an active water management which would allow large benefit for California.

3. California has its back against the wall

Today California is facing one of the driest drought of its history and the lack of water reform from the past decades (primarily in groundwater management) increase the scarcity and the risk of dramatic water shortage in many places. However this drought also gives the possibility for the State to regain control of groundwater. Recent improvements in the legislature goes into this way: in the last summer, a package of three major bills have been passed (AB 1739 (Dickinson); SB 1168 (Pavley); and SB1319 (Pavley)) in order to regulate pumping. These bills increase the incentive to control the overdraft of several basin at a local level but also authorize the State to intervene into the process if the local management fails [17].
 The recent mandatory of the governor to cutback water also implies to centralize water information at the state level in order for this letter to be able to take the best possible decision.
In conclusion, in spite of the critical situation which faces California today, the actual drought can be a springboard toward a more resilient water economy for the future. 


Charles Regnacq


Reference

(1) http://ca.gov/drought/topstory/top-story-29.html
(2) http://cdec.water.ca.gov/cdecapp/snowapp/sweq.action
(3) J. Mount, E. Hanak, J. Lund, R. Frank, G. Gartrel, B. Gray, P. Moyle, and B. Thompson. April 2015. “California’s Water: Managing Drought”; PPIC report: http://www.ppic.org/content/pubs/report/R_415MDR.pdf
(4) G. D. Libecap. 2011. “Institutional Path Dependence in Climate Adaptation: Coman's "Some Unsettled Problems of Irrigation”. American Economic Review
(5) E. Hanak, J. Lund, A. Dinar, B. Gray, R. Howitt, J. Mount, P.Moyle, and B. Thompson. February 2011. “Managing California’s Water: From Conflict to Reconciliation, Executive Summary”; PPIC report:
http://www.ppic.org/content/pubs/report/R_211EHR.pdf
(6) G. D.  Libecap, 2008. “Chinatown Revisited: Owens Valley and Los Angeles—Bargaining Costs and Fairness Perceptions of the First Major Water Rights Exchange”; Journal of Law, Economics, and Organization
(7) M. Reisner. 1986. “cadillac desert”, Viking Press
(8) E. Hanak. July 2003. “Who Should Be Allowed to Sell Water in California? Third-Party Issues and the Water Market”; PPIC report:
http://www.ppic.org/main/publication.asp?i=337
(9) Governor’s Commission to Review California’s Water Rights Law (1978)
(10) C. Phelps, N. Y.  Moore, and M. Hammer Graubard. 1978.  “Efficient Water Use in California: Water Rights, Water Districts, and Water Transfers”, RAND, R-2386-CSA/RF, Santa Monica, California.
(11) E. Hanak. 2005. “Stopping the Drain: Third-party Responses to California's Water Market”, Contemporary Economic Policy, Volume 23, Issue 1, pages 59–77, January 2005
(12) E. Ostrom. 1990. “Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action”, Cambridge University Press, New York
(13) N. Ghimire and R. C. Griffin, 2014. “The Water Transfer Effects of Alternative Irrigation Institutions”; Am. J. Agr. Econ. (2014) 96(4): 970-990
(14) M. S.Taylor, 2009. "Innis Lecture: Environmental crises: past, present, and future," Canadian Journal of Economics, Canadian Economics Association, vol. 42(4), pages 1240-1275, November.
(15) K. Jandoc, R. Howitt, J. Roumasset and C. Wada, 2014. "Institutions for Managing Ground and Surface Water and the Theory of the Second-Best," Working Papers 201415, University of Hawaii at Manoa, Department of Economics.
(16) K. C. Knapp, M. Weinberg, R. Howitt and J. F. Posnikoff, April 2003. “Water transfers, agriculture, and groundwater management: a dynamic economic analysis”, Journal of Environmental Management, Volume 67, Issue 4, Pages 291-301

(17) P. W. Culp, R. Glennon, G. Libecap, October 2014. “Shopping for Water: How the Market Can Mitigate Water Shortages in the American West”, The Hamilton project: http://waterinthewest.stanford.edu/sites/default/files/market_mitigate_water_shortage_in_west_paper_glennon_final.pdf



13 avril 2015

L'incroyable commerce des petites bêtes

En 1952 James Meade écrit un papier théorique sur les externalités positives qu'il illustre avec un exemple qui est au cœur de ce post. Les externalités positives sont à l'opposé des pollutions, ce sont des situations où si on laisse les individus poursuivre leurs propres intérêts, ils produiront une quantité trop faible d'un bien qui est pourtant bénéfique pour toute la société. La main invisible ne fonctionne plus, le marché est défaillant. Habituellement on pense à la R&D. Meade aurait peut-être pu prendre l'exemple de la pile voltaïque et, un brin futuriste, aurait pu regretter que la faiblesse de la R&D ne le prive d'une voiture électrique efficiente. Plus terre à terre, il choisit l'abeille et le pommier.*

Imaginez un champ de pommier et juste à côté un apiculteur. Les abeilles pollinisent les fleurs du pommier et assurent ainsi la production de pommes. Mais notez surtout que le pollen assure aussi la production de miel. Pour Meade c'est ce derniers lien qui est central. Selon ce disciple de Keynes, nobellisé en 1977, si l'on double l'exploitation de pommiers, la quantité de miel pourrait doubler. Par contre, si l'on double le nombre d'abeilles, il y a peu de chance que le nombre de pommes soit multiplié par deux. Pour Meade l'affaire est entendue, l'apiculteur bénéficie d'une externalité positive, ses abeilles se nourrissent gratos chez le voisin et tout le monde en profite en petit déjeunant des tartines au miel (bah, ok, peut-être des miel pops) à moindre coût. Subventionnons donc cette bonne poire de pomiculteur:

"The apple-farmer is paid less than the value of his marginal social net product, and the
bee-keeper receives more than the value of his marginal social net product. [...] Capitalists in apple-farming should be subsidised because the unpaid benefits which they confer upon the bee-keepers more than outweigh the unpaid benefits which they receive from labour and capital employed in bee-keeping." Meade (1952)

Si l'on quitte maintenant la période bénie de Meade (1952!), et que l'on suppose que les insecticides (et autres facteurs) ont tué en masse les abeilles, on se rend rapidement compte que l'externalité joue aussi fortement dans le sens inverse. Sans ces petites bêtes, la pollinisation devient difficile et la production fruitière est moins productive. Pour le bien-être social, il n'y a pas assez d'abeilles, il faut donc aider les apiculteurs.

Mais au fait la subvention est-elle la seule solution? Deux autres solutions peuvent être complémentaires pour résoudre les problèmes d'externalité, la première est la réglementation (ici concernant les insecticides) la seconde proposée par Coase est de créer un marché. Paradoxal, non ? Approfondissons. Pour Coase, si les coûts de transaction sont suffisamment faibles et si les droits de propriété sont clairement définis alors les externalités peuvent être internalisées par des contrats privés. Avec la formidable baisse des coûts de transport, il est devenu possible d'acheter des abeilles et de les transporter d'un coin des USA à un autre, simplement pour booster la production agricole.

Oups...

Un marché international s'est même développé, les abeilles ont un prix et plus elles sont rares, plus elles sont chères d'où une incitation à investir dans ces petites bestioles...

Commerce international d'abeille

J'en était arrivé là de mon cours de micro L1 lorsque face aux regards septiques de mes étudiants ("non, mais m'sieur, sérieux, y a un biz des abeilles?"), qui m'est habituellement réservé après des propos du style "la dérivé seconde, c'est essentiel", je me suis dit qu'il serait intéressant de poursuivre la discussion ici en focalisant sur l'aspect commerce inter qui intéressera mes L3 (you may say I'm a dreamer). Allons sur le site des Nations Unies, Comtrade, à Live Animals, il y a nos chères bees (code 010641). Notons que les importations et les exportions ne sont pas totalement comparables, les imports sont en CIF (Cost, Insurance and Freight) et incluent donc les coûts commerciaux alors que les exports sont en FOB (Free on Board) soit sans les frais de transport et d'assurance.** Ci-dessous les exportations et importations des Etats-Unis vers le monde et idem pour la France sur les années 2012-2014 (pas de données avant).

Première constatation, il existe bel et bien un commerce international d'abeilles vivantes. Les Etats-Unis exportent ainsi des abeilles pour une valeur de 7 millions de dollars (le principal partenaire est le Canada)! Les USA sont un exportateur net, ce qui n'était pas évident compte tenue des difficultés rencontrées par les apiculteurs dans les années récentes. En effet les colonies d'abeilles américaines ont été affectées par un syndrome d'effondrement important (colony collapse disorder), dans les années 2006-2007 près de 30% de la population a été décimée. Mais pour reprendre l'expression de Meade (et HOS) il semble que la spécialisation agricole induise un avantage relatif via un "unpaid factor of production" (le pollen de la prod agri) qui, allié sans doute à un investissement important, a permis cette position d'exportateur net.

La France est un plus petit acteur et elle est importatrice nette. Poursuivons notre étude de l'Hexagone concernant l'importation d'un autre insecte pour en analyser ses effets.



Conséquences des importations de coccinelles asiatiques en France

Non seulement il y a un commerce d'abeilles, mais il y a aussi un commerce de coccinelles dont les motivations ne sont pas si éloignées de l'exemple précédent. Selon l'une des légendes qui entoure cet insecte, au moyen-âge alors que les pucerons mettaient en péril les récoltes, les fermiers auraient prié pour une solution miraculeuse et c'est alors qu'un essaim de coccinelle les auraient sauvé de la famine en dévorant les nuisibles. Et oui, ces bêtes à bon Dieu, se nourrissent de pucerons. A une époque où l'on souhaite diminuer l'utilisation des pesticides, il est apparu intéressant d'utiliser ce porte bonheur. Nos coccinelles européennes (cocs à deux points) étant peu voraces, on a importé des coccinelles asiatiques, dénommées Harmonia axyridis.


Seul problème, l'espèce est devenue invasive... Maia David, que nous avons le plaisir d'accueillir dans notre labo cette année, nous a présenté son article sur le sujet et l'invasion est indéniable comme en témoigne ces cartes issues de son étude co-écrite avec Raja Chakir, Estelle Gozlan et Aminata Sangare.


Même la Corse est touchée par l'invasion.
Est-ce un problème? Ces coccinelles sont une atteinte à la biodiversité (disparition de la coccinelle indigène), elles s'installent dans les maisons, tâchent les murs de pigments rouges, dégagent un gaz désagréable mais surtout, et c'est là que ça devient inadmissible dans notre pays, elles s'attaquent aux vignes! Prises en flag ci-dessous, vous remarquerez comment elles s'incrustent aux raisins, une fois vendangées et broyées, elles confèrent au vin un goût âcre...  Cette expérience montre que l'échange international du vivant peut parfois être problématique et a largement dépassé nos anticipations.
En fait, les nuisances sont telles que Cakir et al. (2014) montrent à l'aide d'une méthode de choice experiment, que le consentement à payer de la population française (l'échantillon est représentatif de la pop française et pas seulement d'une région ou d'un groupe, ce qui est rare dans ce type d'étude) pour réduire la population de cette ladybird est loin d'être négligeable.

Bon alors, on fait quoi?

Il n'y a évidemment pas de réponse simple. Lutter contre les externalités négatives, favoriser les externalités positives sont hélas des concepts largement plus faciles à énoncer qu'à appliquer.



F. Candau


Notes de bas de post

*J'ose l'hypothèse que l'idée de l'abeille est venue à Meade en songeant au journal dans lequel il souhaitait publier son article (The Economic Journal) dont le sceau est l'abeille en référence à une pensée de Francis Bacon, dont, selon le dit-journal tout économiste devrait s'inspirer:

"Those who have handled the sciences have been either Empiricists or Rationalists. Empiricists, like ants, merely collect things and use them. The Rationalists, like spiders, spin webs out of themselves. The middle way is that of the bee, which gathers its material from the flowers of the garden and the field, but then transforms and digests it by a power of its own. And the true business of philosophy is much the same, for it does not rely only or chiefly on the powers of the mind, nor does it store the material supplied by natural history and practical experiments untouched in its memory, but lays it up in the understanding changed and refined. Thus from a closer and purer alliance of the two faculties- the experimental and the rational, such as has never yet been made- we have good reason for hope".

** En soustrayant les exportations des USA vers le monde qui sont en CIF, des importations du monde en provenance des USA qui sont en FOB (non reportée ici, voir comtrade), vous obtiendrez une approximation des coûts commerciaux au commerce d'abeille américain, assurance (d'abeille) incluse.

02 avril 2015

Inégale efficacité des ascenseurs sociaux à l'intérieur des Etats-Unis

Excellente présentation de Raj Chetty sur les inégalités spatiales de mobilité sociale au sein des Etats-Unis. La ségrégation, l'éducation, la structure familiale, les inégalités et le capital social sont étudiés, si vous voulez savoir lesquels sont déterminants et quelles sont les politiques préconisées pour réparer l'ascenseur social, regardez la vidéo!

19 mars 2015

Portrait de Jeffrey Frankel

Dans les grands noms des auteurs en économie internationale, qui sont évidemment des anonymes pour le grand public, il y a Jeffrey Frankel. Il vient d'écrire une autobiographie de quelques pages qui devrait intéresser mes geeks de lecteurs. Son parcours est remarquable, tout comme les rencontres qu'il a pu faire. Au bac à sable, il jouait avec Barry Eichengreen, une autre superstar, à la fac il était avec Krugman et Sachs, il a fait sa thèse avec Dornbusch puis il a fait tourner la planche à billet au Portugal, conseillé Reagan et Clinton, a bossé sur les accords de Kyoto (ce qui est rare pour un américain) et ainsi de suite. Concernant ses articles de recherche, cher thésard à la recherche d'une publi top-field passe ton chemin (pas assez techniques), par contre toi, étudiants en master, tu pourrais être intéressé (jettes un œil à ses papiers sur sa page perso). Frankel a passé l'âge de l'ultra-spécialisation, il l'écrit lui-même:

True, as Ph.D. students soon discover, narrow specialization is the only way to complete a dissertation, to get a job teaching in a university economics department, and to get tenure. But I think of those stages as akin to basic training in the Army or to 30-hour shifts in medical residencies.   After one has achieved the prize (tenure), one can work on whatever one wants to work on.

Il a donc écrit sur une variété importante de thèmes, dont les taux de change, la croissance économique, le commerce, l'environnement... Il blogue aussi régulièrement sur différents sujets d'actu ici. Il m'est parfois arrivé d'être critique sur certains de ses articles ici ou , mais j'aime bien son style et d'une façon générale sa vision historique des événements, qui, condensée dans cette longue (mais savoureuse) citation clôture ce bref portrait:

"In the 1980s, it became fashionable to claim that the real exchange rate followed a random walk, because statistical tests were unable to reject that null hypothesis at conventional significance levels.  (Analogous claims were made about all sorts of variables in macroeconomics and finance.) But these tests were typically run on a few decades of data. I argued that one would not expect such limited data sets to offer enough power to reject the random walk even if mean reversion were the right answer.  Economists had forgotten the lesson from introductory econometrics: “failure to reject the null hypothesis does not entitle you to assert that the null hypothesis is necessarily true.”   

More provocatively (in “Zen and the Art of Modern Macroeconometrics”), I alleged that economists had subtly redefined the rules for a specific reason:   it was too hard in macroeconomics to find statistically significant relationships.  It is much easier to fail to find significant relationships.  It hardly takes any work at all.  But the affirmation “my research supports the hypothesis that the exchange rate follows a random walk” sounds much more respectable and publishable than “I have been studying exchange rates statistically for a year and have absolutely nothing to say about what makes them move.”

 If one is in pursuit of the right answer, one needs to cast the net wider, to encompass a century-long time series, or a panel of countries. On a priori grounds, that is how much data it should take, before the test will have the requisite power. Sure enough, when one did that, one could reject a random walk in the real exchange rate, and find mean reversion. 

Many have taken to using the “black swan problem” to mean a highly unlikely event, as the sub-prime mortgage crisis of 2007-08 is interpreted to have been.  The way I would prefer to define it is when an event is considered virtually impossible by those whose frame of reference is limited in time span and geographical area, but that is well within the probability distribution for those whose data set includes other countries and other centuries (or those who make appropriate use of a priori theory, as with those irrational numbers).  Analysts don’t cast the net widely enough.    They can’t imagine that terrorists might inflict mass casualties by bringing down a buildings (New York, 2001) or that housing prices might fall in dollar terms (US, 2007) or that an advanced economy might suffer a loss of confidence in its debt (Greece, 2010). “I haven’t observed such a thing in the past, so it won’t happen in the future.”   

These things had happened before, but mostly in times and places far away.  

What do “black swans” have to do with it?  An Englishman in the 19th century who encountered a black swan for the first time might have considered it a “7-standard deviation event,” even though one could have learned of their existence from ornithology books (Black swans had been discovered in Australia in 1697)."
 

23 février 2015

Sauver les médias


Je viens de lire l'ouvrage de Julia Cagé sur "sauver les médias". Julia Cagé est, de mon point de vue, une économiste iconoclaste. Elle a par exemple écrit des articles contre la libéralisation commerciale dans les pays en développement et contre la concurrence dans les médias (je résume, c'est plus subtil, voir sa page pour plus de détails). Dans cet ouvrage elle poursuit cette dernière thèse et montre que la concurrence a eu pour effet de diminuer la quantité (nombre de pages, de mots, d'articles) et sans doute la qualité du journalisme. Elle a d'ailleurs un petit passage en forme de pique pour tout ceux qui défendent à tout crin la concurrence: "combien, en effet, sont ceux (majoritairement des économistes) qui, face à la baisse du nombre de journalistes, haussent les épaules et considèrent que cette baisse reflète une augmentation des gains de productivité? En d'autres termes: "c'est une très bonne nouvelle, chaque journaliste pris individuellement se débrouillera pour produire davantage d'articles en un laps de temps plus réduit. Les journaux peuvent diminuer leurs coûts et augmenter leur rentabilité en réduisant les effectifs"".

Mais qu'ils sont méchants ces gens (majoritairement des économistes)...Il n'empêche, je me suis senti concerné, pas vraiment par le passage "gains de productivité" mais pour avoir beaucoup hausser les épaules. Pourquoi sauver les médias? Parce qu'ils sont en crise? Parce que la qualité de l'info diminue? Mouais... Obsession du déclin et de la catastrophe... encore et toujours. Zola, sans Twitter et les chaînes d'info en continu, flippait déjà: "Le flot déchainé de l'information à outrance a transformé le journalisme, tué les grands articles de discussion, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux de reporters et des interviewers".  

Pourquoi donc faut-il sauver les média? Parce qu'ils fournissent l'info? L'auteure nous le dit avec autorité "Rappelons donc une évidence: sans journalistes, il n'y a pas d'information". Je rehausse les épaules, avec certains journalistes, il y a des infos qui n'en sont pas. Oui, mais alors attention, Julia Cagé nous parle des "vrais" journalistes. Mais qui sont-ils? Quel pourcentage? Comment ce pourcentage évolue t-il? Aussi lorsqu'elle écrit "Qu'est-ce qui distingue un journaliste - un vrai - d'un blogueur du dimanche?" j'aurais tendance à répondre, qu'en l'absence de toute quantification sur les "vrais" (qu'ils soient blogueurs, journalistes ou économistes), le plus simple est de parler de la première des différences: le blogueur du dimanche prend sur son temps de loisir pour informer et pour fournir gratuitement du contenu. Mais passons, cela n'a pas grande importance et témoigne simplement du fait que je n'ai pas la même admiration pour les journaux que l'auteure.
Je trouve la réponse à ma question du "pourquoi" dans les chapitres 2 et 3, il faut sauver les médias parce qu'ils sont essentiels à la démocratie. C'est assez convaincant, il y a une multitude d'exemples, le Tea Party qui a la main sur Fox, des journaux locaux qui disparaissent aux USA et qui laissent une corruption locale non couverte... et l'on repense à toutes ces affaires qui sont sorties en France grâce aux médias.

En bref, on finit par adhérer. Le livre est bien documenté, il y a une multitude de stats qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus sur ce secteur. Pour mes étudiants en microéconomie, c'est un ouvrage qui permettra d'illustrer plusieurs concepts (sans aucune équation!). L'information contenue dans les journaux était par le passé privée, elle est devenue publique. Un bien public est un bien qui a perdu ses caractéristiques d'exclusivité et de rivalité. Il ne peut plus être rentable. Julia Cagé nous décrit plusieurs expériences dans divers pays visant à rendre les journaux plus profitables. Le chapitre 3, dernier chapitre de ce petit ouvrage, est celui qui m'a le plus plu. L'auteure illustre comment le mode de gestion influence la fourniture d'information et c'est passionnant. Elle présente notamment les méfaits des introductions en bourse, comme celle du Chicago Tribune qui a vu sa valorisation augmenter mais moins vite que son chiffre d'affaire, entraînant inévitablement une pression sur les coûts et une réduction des dépenses (=moins de journalistes). De plus, pour être rentable une stratégie de niche visant à cibler les lecteurs les plus aisés s'est faite au détriment d'un accès pour tous à l'information avec une hausse des tarifs des abonnements. Pire, certains sujets d'actu, étant considérés comme de faible intérêt pour cette classe aisée, ne sont plus traités.  Après avoir résumé d'autres modes de financement et de contrôle, Julia Cagé en vient à sa proposition d'un nouveau statut. Elle propose un mode de gestion à but non lucratif où les apports en capitaux seront pérennisés et où les droits de vote des gros actionnaires seront minorés par rapport à des petits actionnaires tels que les journalistes et les lecteurs ayant fait du crowdfunding. Excellente idée!

Fabien Candau

Référence: la citation de Zola provient de l'ouvrage de July "Dictionnaire amoureux du journalisme" qui adopte une intéressante perspective historique et personnelle du journalisme.

27 novembre 2014

Un peu de lecture

N'ayant hélas pas le temps d'écrire un post ces temps-ci, je vous propose qq lectures passionnantes:

En sus une video de Craft sur les débuts de l'industrialisation:



Et pour finir, sans aucun rapport si ce n'est que ces articles m'ont intéressé, deux papiers du petit génie Glen Weyl:

13 novembre 2014

HDR: Economie Géographique des Périphéries

Je présente mon Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), sur l'


le 11 décembre devant un jury composé de:
Matthieu Crozet (rapporteur, CEPII)
José de Sousa (rapporteur, Paris-Sud)
Michael Goujon (rapporteur, CERDI)
Carl Gaigné (dir HDR, INRA)
Jacques Le Cacheux (UPPA, OFCE)
Serge Rey (UPPA, CATT)

Plusieurs de mes articles ont été joints à ce résumé dont notamment cette analyse sur les havres de pollution, qui est un travail en cours sur lequel tous les commentaires sont les bienvenus.

13 octobre 2014

Handbook of Regional & Urban Economics - Volume 5

The Handbook of Regional and Urban economics is online (and free)!

En attendant la nomination des Nobels (et surtout pour après, lorsque la fièvre sera retombée), jetez un oeil au Handbook d'éco régionale et urbaine qui vient d'être mis en ligne. Il est tout simplement formidable et avis à mes étudiants il va être extrêmement utile pour l'enseignement. J'ai particulièrement apprécié les chapitres de méthodo (économétrie + megc), les articles sur les systèmes de villes (Behrens et Robert-Nicoud mais aussi Desmet et Henderson), l'article sur l'utilisation des sols urbains (Duranton et Puga commencent par les bases déjà présentées par Fujita (1989) et nous amènent à la frontière de la recherche avec des questions très précises, avis aux futurs chercheurs il y a là des pistes de recherche clairement posées) et le chapitre sur les transports (écrit par Redding et Turner). Enfin, il y a des chapitres sur la formation des prix sur le marché immobilier qu'il est essentiel de lire. Bonne lecture, c'est ici.


08 octobre 2014

Innovation pédagogique marginale, la gravité filmée

J'innove pédagogiquement! Je viens de faire une vidéo pour un cours en ligne (soyez indulgent, c'est la première, j'utilise une version d'essai de camtasia, si vous connaissez des logiciels libres tout aussi performant, je suis preneur). Voici donc une vidéo d'introduction aux équations de gravité en économie internationale (si la vidéo ne s'affiche pas, c'est que votre navigateur n'est pas à jour, la chaine youtube est dispo ici https://www.youtube.com/watch?v=fazxktb0Y3I).



Le cours est sous contrat privé, donc je ne peux pas faire de l'open access comme à l'accoutumé... ceci dit pour ce fragment de cours, je prends le risque de le poster considérant que cela équivaut à faire de la publicité à la Faculté Ouverte de Paris qui m'a engagée sur cet enseignement introductif destiné à un public de Licence AES.

20 juin 2014

Aeronautic Trade


Notre article sur l'impact négatif de l'appréciation de l'euro sur les exportations du secteur aéronautique en France entre 2003 et 2010 vient d'être publié par Economic Modellingwp). Voici l'abstract:

After describing the spatial distribution of the aeronautic industry in France, this study analyzes the determinants of French regional bilateral exports and imports, according to a trade gravity model, for the period 2003–2010. The appreciation of the euro has a negative impact on exports and a positive effect on imports, confirming the fears of European politicians and managers in the aeronautic sector. The gravity equation, extended to integrate factor complementarities among partners, also shows that labor productivity levels in France and its partner countries are significant determinants of trade, supporting O-ring theory applied from Kremer (1993) to explicate trade in the aeronautical sector. The spatial organization of this sector is also analyzed via the impact of foreign military spending on French trade. Finally, by distinguishing French imports and arrivals of products manufactured in Europe and in France, supplementary estimations reveal that outward foreign direct investment FDI affects the imports and arrivals of European products negatively but has positive influences on the imports and arrivals of French products.

31 mai 2014

Nationalisme, démocratie et élection européenne

Le résultat du FN aux européennes me fait songer au triangle d'incompatibilité de Dani Rodrik: est-il impossible d'avoir simultanément de l'intégration économique, des Etats nations et de la démocratie? L'intégration économique conduit à une compétition entre Etats providences visant à favoriser les facteurs mobiles au détriment des facteurs immobiles (concurrence fiscale et sociale etc). La démocratie offre donc une résistance naturelle à de telles politiques et demande un retour à l'Etat Nation. Pour poursuivre l'intégration européenne, il y a alors deux solutions:

1) refuser la démocratie. C'est un peu la piste poursuivie jusqu'ici au niveau européen. Par exemple la BCE, qui est sans conteste l'organisme européen le plus puissant, n'est pas une institution qui brille par une gouvernance de jure très démocratique. Elle a pour seule obligation de présenter au parlement ses politiques monétaires. Le parlement, seule institution démocratique de la zone, n'a que peu d'influence. En fait ce parlement a un pouvoir réduit sur tout ce qui est véritablement important. Par exemple les recettes de l'UE, sont quasi-exclusivement reliées aux contributions des Etats (et à tous les "justes retours" qu'elles impliquent), le parlement plaide depuis plus de 20 ans pour obtenir des ressources propres (une dizaine de propositions d'impôts ont été faîtes, TVA, taxe environnementale, impôt sur le sociétés, les transactions financières etc) et n'a jamais rien obtenu. On pourrait même aller plus loin que cette description en soulignant que l'Europe qui se construit en refusant parfois les politiques menés par les gouvernements nationaux (qui ont parfois été élu sur ces engagements) discrédite la démocratie nationale en la négligeant.

2) dépasser les Etats Nations et créer une union politique européenne (voir ce manifeste) à même de régler les problèmes d'intégration. C'est l'illustration du processus Monnet et de sa logique de réactions en chaîne où l'Europe se construit par déséquilibres et crises. Dans les années 90 la mobilité des capitaux liés à l'intégration a conduit à une crise de change. Cette crise a été résolue en créant l'Euro. Avoir une monnaie unique, avec plusieurs niveaux de dettes devait inévitablement engendrer des crises de la dette. Elles ont débuté en 2011. La solution évidente, dans cette logique fonctionnaliste, est de créer plus d'Europe en allant vers une intégration politique. Si la démocratie reste au cœur de ce système, il est à noter que l'autonomie des nations sera inévitablement réduite (les politiques de l'Europe seront peut-être vu comme un dictat par une proportion, certes non majoritaire, mais non négligeable des populations).

Enfin certains français pensent que la situation économique serait meilleure en renonçant à l'union européenne. Envoyer massivement les FN au parlement, c'est effectivement ne plus croire du tout en l'Europe, ni en la politique d'ailleurs, car ces élus empocheront les salaires européens mais ne siègeront jamais, ou alors simplement pour faire les singes dans l'assemblée et produire leurs petits buzz qui alimenteront leurs réseaux sociaux "anti-systèmes" sur Facebook. Bravo donc, la France sera représentée par le sommet (du triangle) de la bêtise, celui où le nationalisme s'illustre bassement et où la démocratie est guidée par le populisme.