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17 décembre 2016

Christopher Blattman, du fric, des guerres et de l'éco du dev!

Lorsque les critiques pleuvent sur les économistes, "abrités dans leur tour d'ivoire ou d'argent, trop occupés à faire mu-musent avec leurs modèles mathématiques pour prévoir les crises, aveugles et sourds à toute réalité etc", j'ai une pensée émue pour les économistes du développement qui doivent bien peu se reconnaître dans cette définition DES économistes, dont notamment Christopher Blattman dont je vais brièvement vous indiquer quelques travaux ici (et je conseille vivement à mes étudiants qui s'intéressent au développement de passer un peu de temps sur ses papiers et les questions qu'il pose).

Il fait partie des économistes qui, après de minutieuses études sur le terrain, remettent en question nos idées les plus simples sur le développement. Par exemple les aides au développement basées sur l'offre de biens (nourriture, vêtements, jouets, livres etc) abondent et semblent être une bonne idée, et elles le sont sans doute parfois, mais trop souvent les différents coûts de distribution rendent ces politiques inefficaces par rapport à quelques chose de plus simple: donner directement de l'argent aux pauvres. Prenons l'exemple d'une politique de développement agricole, le programme Girinka, qui consiste à distribuer des vaches aux familles les plus pauvres (des milliers de vaches ont déjà été distribuées et 365000 devraient l'être en 2017). Ce programme a l'air super sur le papier, le lait peut limiter la sous-nutrition des enfants et/ou être vendu sur les marchés, procurer de la viande, etc... sauf que si une vache coûte dans les 160 dollars en Inde, la dépense s'élève à 330 dollars, et le coûts devient même totalement hallucinant dans d'autres pays, 3000 dollars au Rwanda d'après Heifer International. Dans ce cas la question qui se pose est pourquoi ne pas donner de 300$ à 10 familles! 

La réponse à ce type de question (y compris pour d'autres pol) est souvent institutionnelle: 1) risque de détournement de l'argent (moins de risque avec les livres par exemple), 2) les pauvres dépensent l'argent n'importe comment (alcool, drogue etc). 

Les travaux de Blattman s'opposent à cette deuxième explication, pathétiquement paternaliste. Voici un extrait d'un article dans  Foreign Affairs que je ne pourrais résumer mieux:

"In 2010-13, we gave unconditional grants of $200 to some of the least disciplined men to be found: drug addicts and petty criminals in the slums of Liberia. Bucking expectations, these recipients did not waste the money, instead spending the majority of the funds on basic necessities or starting their own businesses. If these men didn't throw away free money, who would?"

Au delà de la politique de la vache (ou de l'autruche), Chris Blattman discute aussi ce vieil adage "Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours". Là encore l'idée est simple et attirante, il faut promouvoir l'éducation, augmenter le capital humain et les qualifications dans les pays en développement etc... Sauf que ces programmes coûtent plus chers (la Banque Mondiale dépense près d'un milliard de dollars par an dans ces politiques de training) que les bénéfices qui en sont retirés par les personnes qui suivent ces formations.

"It is hard to find a skills training program that passes a simple cost-benefit test. After repeated studies of technical, vocational, and business skills training programs, most programs do not have positive impacts, especially on men. Those that do are often so expensive that costs far outweigh benefits. And most poor people turn these programs down or drop out".

Enfin que dire du micro-crédit qui est souvent utilisé par diverses associations pour aider les personnes pauvres qui sinon n'ont pas accès au crédit (ici croix-rouge), Chriss Blattman (et une très grande majorité de travaux en éco du dev) ne l'encourage pas vraiment:

"Most microfinance is still very expensive for the borrower and has short repayment periods. Because of this, it is a poor vehicle for investments in farming or business, which require longer incubation and less costly capital. Thus it should come as little surprise that field experiments in several countries finds almost no effect of microfinance on profits or poverty. Lower interest rates and more flexible repayment terms could improve matters".

Lisez sa revue de littérature ici pour un topo passionnant sur ces questions. Ci-dessous une vidéo sur comment sortir de comportements criminels dans un pays en développement (au Libéria).



Il a analysé les causes et les conséquences des guerres dans les pays en développement (voir son article dans le JEL sur les guerres civiles) et récemment il a posé cette question à priori surprenante Can war foster cooperation? Voici la réponse:

"Individual exposure to war violence tends to increase social cooperation at the local level, including community participation and prosocial behavior. Thus while war has many negative legacies for individuals and societies, it appears to leave a positive legacy in terms of local cooperation and civic engagement"

Ses travaux de recherche sont  et il tient aussi un blog ici.

En conclusion, dire que les gens qui survivent aux guerres sont plus pacifistes, qu'il faut donner de l'argent plutôt que des objets, ce n'est sans doute pas très "esprit de Noël", mais comme vous le savez surement déjà, les économistes ont une vision quelques peu déviante des événements, et Noël ne fait pas exception à cette règle sociale ;)!

26 novembre 2015

Exclusif, interview de Douglass North

Douglass North (DN) économiste et historien passionné par le fonctionnement des institutions vient de décéder. Cependant, il n'a pas tout à fait quitté ce monde, ses écrits demeurent dans nos pensées. Voici l'interview qu'il avait accepté de nous accorder pour réagir aux suites du printemps arabe, à l'après daech, aux possibilités d'instaurer une démocratie... Bref aux changements institutionnels que l'on attendait et/ou que l'on pourrait attendre.



FC: Cher Douglass, pourriez vous nous décrire votre vision du "changement institutionnel"? Est-ce une vision darwinienne du changement?

DN: Modeling the process of change must derive its inspiration from evolutionary biology but in contrast to Darwinian theory in which the selection mechanisms are not informed by beliefs about the eventual consequences, human evolution is guided by the perceptions of the players in which choices—decisions—are made in the light of these perceptions with the intent of producing outcomes downstream that will reduce the uncertainty of the organizations—political, economic, and social—in pursuit of their goals.

Institutional change is a deliberate process shaped by the perceptions of the actors about the consequences of their actions.
The immediate vehicle by which the actors attempt to shape their environment is by altering the institutional framework in order to improve their (and their organizations’) competitive position.

FC; Pourriez vous décrire en seulement quelques points ce processus (les lecteurs de ce blog étant, en moyenne, des fainéants ;-))?

DN: Let me state five propositions that describe this process:

  1. The continuous interaction between institutions and organizations in the economic setting of scarcity and hence competition is the key to institutional change.
  2. Competition forces organizations continually to invest in new skills and knowledge to survive. The kind of skills and knowledge individuals and their organizations acquire will shape evolving perceptions about opportunities and hence choices that will incrementally alter institutions.
  3. The institutional framework provides the incentive structure that dictates the kinds of skills and knowledge perceived to have the maximum payoff.
  4. Perceptions are derived from the mental constructs of the players.
  5. The economies of scope, complementarities, and network externalities of an institutional matrix make institutional change overwhelmingly incremental and path dependent.
Let Me Expand on These Propositions

  1. Institutions are the rules of the game—both formal rules, informal norms and their enforcement characteristics. Together they define the way the game is played. Organizations are the players. They are made up of groups of individuals held together by some common objectives. Economic organizations are firms, trade unions, cooperatives, etc.; political organizations are political parties, legislatures, regulatory bodies; educational organizations are universities, schools, vocational training centers. The immediate objective of organizations may be profit maximizing (for firms) or improving reelection prospects (for political parties); but the ultimate objective is survival because all organizations live in a world of scarcity and hence competition.
  2. New or altered opportunities may be perceived to be a result of exogenous changes in the external environment which alter relative prices to organizations, or a consequence of endogenous competition among the organizations of the polity and the economy. In either case the ubiquity of competition in the overall economic setting of scarcity induces entrepreneurs and the members of their organizations to invest in skills and knowledge. Whether through learning by doing on the job or the acquisition of formal knowledge, improving the efficiency of the organization relative to that of rivals is the key to survival.
  3. [...] There is no implication in proposition 2 of evolutionary progress or economic growth—only of change. The institutional matrix defines the opportunity set, be it one that makes income redistribution the highest pay-off in an economy or one that provides the highest payoffs to productive activity.While every economy provides a mixed set of incentives for both types of activity, the relative weights (as between redistributive and productive incentives) are crucial factors in the performance of economies. The organizations that come into existence will reflect the payoff structure. More than that, the direction of their investment in skills and knowledge will equally reflect the underlying incentive structure. If the highest rate of return in an economy comes from piracy we can expect that the organizations will invest in skills and knowledge that will make them better pirates.
  4. The key to the choices that individuals make is their perceptions about the payoffs, which are a function of the way the mind interprets the information it receives. [...] The implication of the foregoing paragraph is that individuals from different backgrounds will interpret the same evidence differently; they may, in consequence, make different choices [...] The result is that multiple equilibria are possible due to different choices by agents with identical tastes.

FC: Pouvez vous revenir sur ce processus d'apprentissage qui est central dans cette vision des institutions. 

[...] Humans attempt to reduce that uncertainty (or convert it into risk) by learning. The cumulative learning of a society embodied in language, beliefs, myths, ways of doing things—in short the culture of a society—not only determines societal performance at a moment of time but through the way in which it constrains the choices of the players contributes to the nature of the process through time.
Humans scaffold both the mental models they possess—belief systems—and the external environment—institutions. The focus of our attention, therefore, must be on human learning, on what is learned and how it is shared among the members of a society, on the incremental process by which the beliefs and preferences change through time, and on the way in which they shape the performance of economies through time.

[...] Equally crucial are the policies that we enact to alter the performance of an economy. Even when we have a “correct” understanding of the economy and the (more or less) “correct” theory about its operation, the policies at our disposal are very blunt instruments. They consist of alterations in the formal rules only, when in fact the performance of an economy is an admixture of the formal rules;
the informal norms, and their enforcement characteristics. Changing only the formal rules will produce the desired results only when the informal norms that are complementary to that rule change and enforcement is either perfect or at least consistent with the expectations of those altering the rules.

FC: Certes les règles formelles ne font pas tout...Pensez vous que l'Histoire et les expériences passées peuvent aider à l'émergence d'institutions qui permettent le développement? En bref, quelle est la place du temps dans cette construction?

[...] time is important because it is the dimension in which human learning occurs and there is no implication in the foregoing brief description of the process of learning that suggests that we get it right. Indeed throughout history we have gotten it wrong far more often than we have gotten it right. The rise and fall of communism in the twentieth century is only a recent illustration. It is probably correct that if “reality” stayed constant the feedback from the policies we enacted would gradually lead us to get it right, but change and therefore persistent uncertainty is our lot which guarantees that we will continue to get it wrong at least part of the time.

[...] Let me conclude by talking again about time. [...] it is clear that change is an ongoing continuous affair and that typically our institutional prescriptions reflect the learning from past experience. But there is no guarantee that the past experiences are going to equip us to solve new problems. Indeed an historic dilemma of fundamental importance has been the difficulties of economies shifting from a political economy based on personal exchange to one based on impersonal exchange. An equally wrenching change can be the movement from a “command” economy to a market economy. In both cases the necessity to restructure institutions—both economic and political—has been a major obstacle to development; it still is the major obstacle for third world and transition economies. The belief system that has evolved as a result of the cumulative past experiences of a society has not equipped the members to confront and solve the new problems.

FC; Merci Doug, c'est terriblement d'actualité.

Nota Bene: fake interview obviously, extraits de D North "Institutions and the Performance of Economies over Time" dans le Handbook of New Institutional Economics (ed Ménard et Shirley) de 2005.

23 octobre 2015

Angus Deaton et "randomista"

Les contributions d'Angus Deaton ont déjà été largement résumées, je vais donc simplement compléter notre précédent post d’un éclairage sur la position d’Angus Deaton sur les méthodes d'évaluation des politiques de développement qui pourra être utile aux non-initiés. 

 

Learning about development ?

Quelle est la meilleure méthode d’évaluation des projets de développements ? C’est bien là toute la question qui fait débat.  L’aide internationale permet-elle de réduire la pauvreté ? Quelle est la meilleure politique pour reculer l’âge de la première grossesse ? L’électrification des zones rurales permet-elle une amélioration du bien-être des pauvres ?  Le succès des transferts monétaires conditionnels au Mexique (le fameux Progresa, aujourd’hui Opportunidades) est-il généralisable ? 
La liste est longue. Les projets de développement se sont multipliés, sous l’impulsion des institutions internationales et des fameux objectifs du millénaire dont l’ambition est d’éradiquer la pauvreté dans le monde, à travers toutes les dimensions qu’elle revêt.  Les échecs aussi, se sont multipliés. L’efficacité de l’aide humanitaire est loin de faire consensus, encore aujourd’hui, (voir le récent billet de voxeu.org). Les politiques de réduction de fécondité montrent des résultats très contrastés. Et même un programme qui semble mettre tout le monde d’accord, y compris les différents partis politiques au pouvoir, le programme PROGRESA au Mexique, donnent des résultats beaucoup plus mitigés dans les pays où le projet a été étendu. 

L’enjeu est de taille. Les moyens humains et financiers sont considérables. Comment optimiser les programmes de développement ? Selon Angus Deaton, une seule réponse : en cherchant à comprendre, non pas quels sont les programmes qui fonctionnent mais pourquoi ils fonctionnent.  Si vous retenez cela, vous avez presque tout saisi…J’ai dit presque.

On rentre un peu dans le détail?

Le début des années 2000 marque un tournant dans la discipline. Banerjee, Duflo, Kremer parmi d’autres sont partis du constat que les grands projets de développement dont l’ambition était d’éradiquer la pauvreté étaient totalement décourageants  au regard de l’ampleur de la pauvreté dans le monde et des résultats  quasi-imperceptibles. A l’inverse, des initiatives locales à petite échelle donnent la satisfaction aux monteurs des projets, de montrer des résultats observables et mesurables.  Une manière de repenser la pauvreté. C’est le message essentiel de Banerjee et Duflo que tout le monde connait.  Un message optimiste qui était le bienvenu  à vrai dire. Retenons simplement que l’échelle d’action et donc d’évaluation est centrale dans le positionnement de ces pionniers de la randomisation. 

Randomisation, quasi-randomisation et variables instrumentales, doubles-différences…Tout un ensemble de techniques avec un unique objectif : l’inférence causale ou comment détecter un lien de causalité entre un programme de développement et les résultats observés.  Rien de nouveau, on est dans la veine du modèle causal de Rubin. Inspiré par des expériences aléatoires effectuées en médecine, on définit un groupe traitement (assujetti à une pol de développement) et un groupe témoin (non-assujetti).  Exemple : une politique d’amélioration des taux de scolarisation, via des transferts monétaires.  Dans l’idéal, les deux groupes doivent être parfaitement identiques afin de contrôler l’ensemble des facteurs pouvant interagir à la fois sur les taux de scolarisation, les revenus, le coût d’opportunité d’une année d’école… Une solution miracle : la sélection aléatoire qui garantit que la probabilité de recevoir ou non une incitation financière soit identique et qui prémunit le chercheur du biais de sélection dans la constitution des groupes.

« Creating a culture in which rigorous randomized evaluations are promoted, encouraged and financed has the potential to revolutionize social policy during the 21th century, just as randomized trials revolutionized medecine during the 20th ». E. Duflo, 2004.  
Une solution miracle ? En tout cas, une solution qui se dédouane de toute analyse théorique et d’une analyse microéconométrique complexe.

Avant de rentrer dans la phase critique, rappelons que l’expérimentation purement aléatoire n’est pas toujours applicable, notamment parce qu’elle implique une très bonne anticipation dans le design du projet de développement, des moyens humains considérables et surtout parce qu’elle pose de nombreuses questions éthiques qui remettent en question la faisabilité politique de la sélection aléatoire. Du coup, d’autres techniques d’inférence causale ont été de plus en plus utilisées dans le cadre des évaluations de projet de développement, dont l’usage des variables instrumentales. 

Qu’en dit Deaton ?

« Under ideal circumstances, randomized evaluations are useful for obtaining a convincing estimate of the average effect of a program- but should be guided by theory. »
 
Ok, donc premièrement Deaton reconnait une certaine rigueur scientifique à la démarche et un pouvoir démonstratif quant à l’efficacité d’un programme de développement.  Fondamentalement, il reproche une absence d’éclairage théorique qui nous empêche de comprendre pourquoi le programme fonctionne (ou pas). Il reproche également une surinterprétation des résultats donnant lieu à des extrapolations abusives.

Erreur N°1: l’extrapolation de résultats (validité externe)
La randomisation (comme les autres méthodes d’éval expérimentale) permettent d’estimer un effet moyen du projet de développement sur un résultat observe, c’est le fameux LATE « Local average treatment effect ».  Attention, en aucun cas Deaton ne critique le caractère local de l’estimation qui peut se défendre (#repenserlapauvreté). Il condamne seulement l’utilisation de ces résultats estimés pour généraliser un projet de développement. On est clairement dans une remise en question de la validité externe de la méthode d’évaluation.  Pourquoi ne peut-on pas généraliser les résultats ? Tout simplement parce que l’analyse néglige totalement les effets du traitement en équilibre général. Le programme PROGRESA a été étendu dans plus de 30 pays fort des résultats d’évaluation au Mexique. L’objectif : améliorer les taux de scolarisation et l’accès au soin des enfants grâce à des transferts conditionnels.  Les coûts d’opportunité (et surtout leurs déterminants) d’une année d’école sont très différents d’un pays à l’autre. Les politiques sociales initiales  et surtout les infrastructures (notamment l’accès aux hôpitaux) sont totalement différentes et ne justifiaient pas une application identique du programme.

Erreur N°2 : le traitement de l’hétérogénéité  et la validité interne
A travers la randomisation ou quasi-randomisation, on estime l’effet moyen d’un traitement. Deux problèmes se posent :
- On ne traite en aucun cas l’hétérogénéité de l’échantillon malgré tous les efforts fournis pour composer des groupes traitement/témoin identiques.  L’usage d’un instrument pose encore plus de difficultés ici. On choisit un instrument corrélé au projet de développement évalué mais non corrélé avec l’erreur, en supposant l’absence d’hétérogénéité.  L’effet de l’instrument est par définition un effet moyen et ne permettra en cas de traiter l’hétérogénéité de l’échantillon.  Deaton est très clair sur ce point: « heterogeneity is not a technical problem calling for an econometric solution but a reflection of the fact that we have not started on own proper business, which is trying to understand what is going on. » Il déplore donc l’absence d’analyse théorique qui permettrait un meilleur traitement économétrique de l’hétérogénéité des individus. C’est sa contribution majeure en microéconométrie du développement.

- On détermine une moyenne mais on n’identifie pas les autres caractéristiques de la distribution. Or, une information fondamentale qui devrait ressortir des évaluations de politique de développement c’est quelle est la fraction de la population qui bénéficierait d’un effet traitement positif ? Cette analyse permettrait d’éviter certains effets désastreux, dont les exemples sont nombreux. Pensez aux politiques d’infrastructures menées qui ont très souvent généré des inégalités de traitement considérables.  Deaton défend donc l’analyse marginaliste en économie du développement et déplore son absence (ou sa marginalisation) dans la littérature aujourd’hui.

Deaton souligne les nombreuses confusions dans la littérature quant à la signification de l’exogeneité et son traitement. 

Erreur N°3 : Le traitement de l’endogéneité  ou l’illusion des variables instrumentales
Pour sa démonstration, Deaton utilise un modèle macroéconomique de consommation ultra light et démontre qu’avec une analyse théorique, la forme réduite estimée est totalement spécifiée et donc l’usage d’une variable instrumentale est tout à fait approprié. Autrement dit, le choix de la variable instrumentale doit provenir d’un raisonnement théorique préalable pour garantir le traitement de l’endogéneité. Or, dans les évaluations quasi-expérimentales, le choix des variables instrumentales n’est pas guidé par un modèle spécifié mais uniquement par la recherche d’un instrument orthogonal, impliquant qu’il soit exogène ET non corrélé au terme d’erreur de l’équation principale.  L’exogénéité en économie signifie que la variable est causée par des facteurs externes au système étudié. Mais la cohérence d’un instrument implique cette restriction supplémentaire de ne pas être corrélé au terme d’erreur.  Et c’est bien là toute la difficulté.  Aucun test économétrique n’est en fait capable de nous garantir que cette condition d’exclusion est respectée : les tests de suridentification communément utilisés ne peuvent pas valider notre instrument et l’identification valide du système estimé.  

Deaton regrette finalement que ce tournant de l’économie du développement s’exonère totalement de la théorie pour définir une stratégie d’évaluation. L’absence de modèle implique plusieurs limites : 
  • le choix de l’instrument est erroné et ne garantit pas que les estimations soient non biaisées dans le cadre d’une quasi-randomisation. Exogénéité non traitée
  • le traitement de l’hétérogénéité des individus est défaillant.
  • on ne comprend pas ce qui détermine les résultats du traitement.
“Randomized controlled trials (RCT) do not occupy any special place in some hierarchy of evidence”.
 
“As with IV methods, RCT-based evaluation of projects, without guidance from an understanding of underlying mechanisms, is unlikely to lead to scientific progress in the understanding of economic development.”

Réactions? 
Evidemment ces critiques ont très bien été intégrées par les grands spécialistes de la randomisation. Il est aujourd’hui rare que Duflo et ses co-auteurs se passent d’un éclairage théorique pour comprendre les résultats estimés. Dans le dernier AER de Duflo (co-écrit avec Dupas et Kremer), les auteurs évaluent deux programmes de développement au Kenya : des aides à la scolarisation pour lutter contre la déscolarisation des filles et les grossesses précoces ; et un programme de prévention du VIH. L’expérimentation estime les effets de chaque politique de façon isolée puis combinée. Les résultats ne sont pas du tout linéaires. Une politique d’aide à la scolarisation permet de réduire considérablement les grossesses des jeunes filles, plus que lorsque cette politique s’accompagne d’un programme de prévention du VIH.  A l’inverse, une politique de prévention du VIH seule n’a aucun effet significatif alors que combinée à des aides scolaires, les taux de contamination baissent significativement.  Partant de ces incohérences, les auteurs expliquent leurs résultats à travers un éclairage théorique : un modèle à un seul facteur dans lequel le rapport non protégé détermine à la fois la grossesse et la contamination au VIH est inapproprié pour comprendre ses résultats.  Par contre un modèle théorique plus riche où le choix individuel des jeunes filles ne porte pas uniquement sur le rapport protégé, mais aussi sur le choix d’une relation engagée ou occasionnelle va permettre d’éclairer ses résultats non linéaires.  De plus le fait d’intégrer dans l’analyse l’incompatibilité entre grossesse et scolarité permet de mieux considérer le cout d’opportunité d’une grossesse et de mieux comprendre le choix des jeunes filles de s’engager ou non dans une relation. Enfin parce que les filles perçoivent un risque plus grand d’être contaminées dans le cadre d’une relation occasionnelle, elles s’engageront plus facilement dans une relation maritale et auront donc plus de rapports non protégés, ce qui augmentera le risque de grossesse.  Une analyse théorique approfondie permet finalement un bien meilleur design de la politique, ce que ne permettait pas une randomisation isolée.

Conclusion : la dérive athéorique de l’économie du développement n’est pas sans conséquence. Les randomisations et techniques dérivées ne sont pas des « gold standards » de l’analyse empirique. Les effets estimés sont locaux, autrement dit on peut douter de la validité externe de ces évaluations et de fait de la généralisation des programmes. Ce sont des effets moyens qui ne permettent pas de contrôler l’hétérogénéité des individus, et surtout qui ne donnent aucune information sur la distribution des effets du traitement.  Ces limites ne sont pas sans conséquence sur la conception des politiques de développement et l’optimisation des moyens alloués.  Néanmoins, ces évaluations ont le mérite de démontrer qu’une politique de développement implique des effets locaux, moyens significatifs, justifiant l’approfondissement d’un programme en travaillant précisément sur les mécanismes de transmission. C’est ainsi que des politiques ont été abandonnées (planning familiaux en Indonésie), d’autres ont été poursuivis malgré des alternances politiques (Progresa)  et surtout d’autres programmes ont été améliorés par des politiques d’accompagnement (combinaison de deux programmes).

Elisa Dienesch

30 août 2013

Préférences commerciales et aide au développement


Je vous présente dans ce post un papier que j'ai co-écrit avec Antoine Bouët, David Laborde et Kimberly Elliott qui analyse les coûts et les bénéfices potentiels impliqués par des politiques de préférences commerciales accordées aux pays les plus pauvres plus précisément aux Pays les Moins Avancés (PMAs) selon la classification des Nations-Unies. Ce travail est né d'une initiative plus large du Center For Global Development, qui cherche à démontrer qu'en réformant les préférences commerciales, on peut soutenir le développement des pays très pauvres. 

28 juin 2013

Robinson est sur une île, que fait-il? Il exploite Acemoglu?

Petite réflexion sur "Why Nations fail" d'Acemoglu et Robinson.

Cet ouvrage de plus de 500 pages, est un brillant plaidoyer mettant en avant l'importance des institutions pour expliquer la croissance des nations. Les détails historiques sont hallucinants, les auteurs passent en revue les origines de la richesse ou de la pauvreté de plusieurs nations sur plusieurs siècles. Au travers du temps et de l'espace la thèse centrale est que des institutions politiques inclusives, littéralement qui incluent le plus grand nombre de citoyens, alliées à une économie qui le serait tout autant seraient LA source de croissance.

J'hésite à critiquer cet ouvrage, c'est vraiment un bon bouquin, je vais d'ailleurs m'en servir pour mes cours, mais tout de même comme je le recommande je souhaite aussi mettre en garde. Il ne fait aucun doute que les institutions sont centrales, et je pense, comme les auteurs, qu'elles sont souvent le déterminant décisif, mais ce que je ne cautionne pas l'idée qu'elles sont l'unique déterminant. Le thème "Theories that don't work" n'est pas convainquant.

Les auteurs avancent ainsi tout au long du livre que des éléments tels que la culture et la géographie n'ont aucune valeur explicative. C'est faux et d'ailleurs il est troublant de relire le livre en cherchant des éléments justifiant l'importance de ces deux éléments, on en trouve à la pelle.

Les auteurs nous explique par exemple que les espagnols lorsqu'ils colonisent l'Amérique du Sud trouvent des lieux où ils peuvent exploiter la population, à l'inverse les anglais n'en trouvent pas et sont obligés de faire venir des européens. Comme les européens sont plus difficilement exploitables, de nouvelles institutions, plus inclusives et qui incitent à l'effort sont créées, d'où le gap de développement observé aujourd'hui. J'en conclu donc que les revendications culturelles (avoir des droits!) des travailleurs et entrepreneurs (c'est anachronique mais ça permet de résumer) importés ont eu un rôle tout aussi important que les institutions qu'ils ont fait naître.

Idem pour la géographie, les auteurs nous offrent tout un tas d'exemples apparemment indiscutables. Le plus réussi est celui de la Corée du Nord et du Sud, c'est quasiment une expérience de science dure, prenez un pays, coupez le en deux, ajoutez des institutions différentes et observez les différences. Celui avec les pires institutions est pauvre et l'autre est riche. O.K. et par K.O. La géographie ne peut pas avoir le moindre rôle ici.

Mais poursuivons un peu plus cet argumentaire, d'après cette thèse, un pays qui imposerait les mêmes institutions partout sur son territoire ne devrait connaître aucune inégalité spatiale. Certains se poseront la question du Sud et du Nord de l'Italie, perso, c'est aux régions ultra-périphériques d'Europe que je pense.

Prenez la Réunion, qui faisait partie de la France avant Nice, et où il y a à l'heure actuelle et depuis des décennies les mêmes institutions qu'en France. Comment expliquer les différences de développement sans avoir recours à la géographie? La distance qui sépare ces régions des marchés est un véritable handicap tant pour les consommateurs que pour les producteurs et hélas les institutions et les politiques sont impuissantes face ces obstacles géographiques. Ne vous méprenez pas, je ne dis pas que les institutions n'ont rien à voir, après tout l'ère coloniale a induit une spécialisation très forte sur la canne à sucre qui a été catastrophique et qui se ressent encore (voir Candau, Hoarau et Rey, 2012), mais la géographie, hélas, compte toujours. C'est un thème récurrent en éco inter, les coûts spatiaux à l'échange sont réels et handicapants.

Idem la révolution industrielle ne serait due qu'aux institutions, pourtant il y des historiens reconnus comme Pommeranz qui ont montré que la proximité des mines de charbon facilement exploitables en Angleterre a aussi été déterminante (la Chine avait (et a toujours) beaucoup de charbon mais dans les terres et donc inexploitable à l'époque). De plus la diffusion de la révolution industrielle s'explique sans doute mieux par la distance à l'Angleterre (voir Combes, Mayer et Thisse, 2008) que par les similitudes d'institutions. Il me semble aussi que North (je ne suis pas sûr que ce soit lui, je vous laisse chercher) a montré que la croissance des U.S. aurait été bien moindre sans les ressources énergiques importantes et disponibles.

Enfin la thèse que la géographie et notamment le climat n'a aucun pouvoir explicatif en Afrique est tout simplement incompréhensible. J'avoue que j'aimerais comprendre, j'ai souvent lu des gens tel qu' Easterly tenir les mêmes propos, pourtant de nombreux scientifiques ont montrés que plusieurs épidémies, dont la malaria, se répandaient beaucoup plus vite dans les pays tropicaux. Or un pays avec une population malade et une agriculture difficile a toutes les chances d'être pauvre indépendamment des institutions. La causalité institution-pauvreté reste à prouver dans ces cas là, sans doute que l'on a d'autant plus de (mal)chance de se retrouver avec une mauvaise gouvernance quand on souffre de problèmes climatiques. Voir entre autres les études de Jeffrey Sachs et cette book-review de Jared Diamond qui critique vivement cette vision des auteurs.

Pour conclure, je vais faire un lien avec le précédent bouquin que j'ai commenté "Thinking fast and slow" de Kahneman. Je crois qu'Acemoglu et Robinson ont voulu simplifier au maximum pour que l'on retienne leur thèse: ils parlent à notre fameux système 1, en mettant plein d'exemples historiques ils "occupent notre mémoire, ce qui réduit notre capacité à penser" d'après Kahneman. C'est cependant un peu gros, pas besoin d'aller rejeter tous ce qui n'est pas estampillé Acemoglu, pour être convaincu que les institutions sont très importantes.

Ci-dessous un graphique issu d'une présentation de Robinson résumant la thèse de l'ouvrage sur les cercles vicieux et vertueux qui est vraiment splendide.

Je crois que ces mécanismes sont si bien fondés qu'on les retrouve sous d'autres formes par d'autres chercheurs. Par exemple la thèse de Rodrik, résumé il y a quelques jours par le graphique suivant m'a étonné par sa ressemblance.

Dans sa revue du JEL de "Why nations fail", Bentley MacLeod lui a été frappé par les similitudes avec l'ouvrage de Besley et Persson où les auteurs insistent aussi sur les interactions entre économies et institutions. Bref, à n'en pas douter, les institutions sont centrales car elles orientent nos incitations.

F. Candau

Biblio

  • Candau, Hoarau, Rey, 2012. L’impact de la distance et de l’intégration sur le commerce d’une région ultrapériphérique d’Europe: l’île de La Réunion. European Journal of Development Research (2012) 24, 808–831. doi:10.1057/ejdr.2012.17; published online 31 May 2012 and avaible on repec http://ideas.repec.org/f/pca221.html
  • Pierre-Philippe Combes, Thierry Mayer & Jacques-François Thisse, 2008, Economic Geography: The Integration of Regions and Nations, Princeton.

13 mars 2013

20 février 2013

21 août 2012

Origines Européennes du développement économique

Le développement économique actuel est largement du aux colonisations européennes! Telle est la thèse polémique soutenue par Willam Easterly et Ross Levine (ici). Ces deux auteurs ont mené un important travail de données visant à répertorier sur longue période la durée et le nombre de colons. Ils montrent que même dans les colonies où le nombre d'européens était faible, l'impact de la colonisation a été positif. Cette thèse est en opposition avec l'étude trés connue d"Acemoglu et al. (2002) qui montraient que dans les cas où le territoire était hostile (climat, maladie etc...) les colons instauraient des institutions d’extorsion des ressources et ne s'installaient pas en grand nombre. A l'inverse, selon ces auteurs, dans les colonies acceuillantes, les européens avaient tendance à s'installer avec leurs institutions et la mise en place de ces institutions expliqueraient en partie le développement actuel.
Je dois avouer que je préfère cette thèse en nuance d'Acemoglu et  al. à celle développée par Levine et Ross, mais leur article est vraiment digne d'intérêt, voici l'abstract:

16 mai 2012

Aux sources de l'école de Jules Ferry: démocratie ou conflits militaires?


Les lois sur l'école de 1881-1882, élaborées par Jules Ferry ont permis l'éducation massive de la population française, la rendant gratuite et accessible à tous. Mais quel est le contexte qui a suscité une refonte complète du système éducatif? Comment expliquer que les pouvoirs publics se soient enfin inquiétés de l'éducation de la population française, souffrant alors d'un retard par rapport à d'autres puissances européennes (Lindert ,2004). Est-ce la transition démocratique de la France qui instaure la IIIème république après la chute de l'Empire? Est-ce le traumatisme causé par la défaite de Sedan qui poussa les décideurs publics à préparer la France à mieux se défendre en formant des patriotes [1] La question centrale est donc de définir si les réformes du système éducatif s'expliquent par l'instauration d'une démocratie ou par la menace de conflits armés. C'est ce que tentent de démontrer Aghion, Persson et Rouzet (2012) en étudiant précisément la corrélation entre taux de scolarisation, régimes politiques et rivalités militaires pour 137 pays du monde de 1830 à 2001. Ces auteurs en arrivent à la conclusion que les investissements publics en éducation ne sont pas tant le fruit du passage d'un régime totalitaire au modèle républicain que le résultat de tensions politico-militaires. Ce billet a pour objet d'étayer leur démonstration en commençant par aborder le lien controversé dans la littérature: la démocratie favorise-t-elle les investissements dans l'éducation? 

22 septembre 2010

Institutions et performances économiques-Dernier Acte autour de l’évidence Contemporaine

Helpman clôture son ouvrage par une sélection d’articles mêlant habilement théories et vérifications empiriques autour de la politique économique du développement. Dans cette partie, Helpman ne semble pas vouloir donner une réponse absolue quant à la relation entre démocratie et croissance économique, puisque les trois derniers chapitres exposent au lecteur des visions très différentes. Ce n'est pas tant qu'on remette en question

08 septembre 2010

Taxe à l'export et crise alimentaire (réponse du quizz)

Voici donc la réponse au quizz de la rentrée portant sur les taxes à l'export.
Cette politique commerciale est peu connue du grand public, elle est pourtant largement utilisée et non réglementée par l’OMC. Pour vous donner quelques exemples la Chine taxe ses exportations d’acier, l’Argentine ses céréales, l’Indonésie et la Malaysie leurs exportations d’huile de palme. Mais

29 juin 2010

Institutions et Performance économique- E.Helpman: Guerres civiles et développement

J. Fearon part du constat que depuis 60 ans les Guerres civiles se forment toujours dans les mêmes circonstances, concernant près de 40% des pays de plus d’un demi-million d’habitants, tuant au moins un milliers de personnes. C’est la plus grande source de migrations forcées de 20ème siècle. Il est évident que les dommages causés par ce type de conflits sont considérables sur les économies.

20 mai 2010

Institutions et performance économique-Théorie du bicamérisme (1)

Après avoir survolé la partie historique de cet ouvrage, couvrant les cinq premiers chapitres, il est temps de se focaliser sur les quatre grands chapitres théoriques qu’Helpman a sélectionné. Traitant de phénomènes institutionnels très importants, tels que le choix du bicamérisme dans un régime parlementaire, le lien entre guerres civiles et développement économique, l’organisation et les incitations au cœur des partis politiques à mettre en œuvre des politiques économiques, ou enfin l’effet de cliquet des politiques fiscales dans un cadre dynamique et multipartite, chaque chapitre fera l’objet d’un billet.

23 avril 2010

26 mars 2010

Institutions et performance économique-E.Helpman- Un peu d'Histoire (2)

Comme je l’ai précisé au 1er volet, ce billet est consacré aux chapitres  4 et 5 et clôture le survol de la partie historique de l’ouvrage d’Helpman. En effet, on rappelle succinctement que son œuvre se compose de trois grandes parties : l’Histoire, la Théorie et l’évidence contemporaine pour illustrer et expliquer l’importance des institutions et de leur évolution dans l’économie d’un pays. Les canaux d’influence étant tellement complexes et divers, il est évident que chaque papier choisi approfondit un des aspects de la relation sans prétendre être exhaustif.
Ces deux chapitres s’inspirent de l’hypothèse d’Engerman-Sokoloff, en procédant à une analyse minutieuse de l’histoire afin d’apporter une vérification historique de cette théorie.

 Le chapitre 4 « Slavery, Inequality and Economic Development in the Americas » de Nathan Nunn procède en deux étapes définies :

06 mars 2010

Institutions et performance économique-E.Helpman- Un peu d'Histoire (1)

L'objectif du livre d'Helpman est d'amener des éclairages sur les différentiels de gains de productivité et de croissance, qui caractérisent l'Économie mondiale. En effet, si les différences de revenus à travers le monde ont d'abord été expliquées en termes de dotations en capital physique et humain, il est à présent évident que les dotations ne peuvent pas à elles seules expliquer pourquoi les productivités totales de facteurs sont sources d’autant d’inégalités de développement qu’elles le sont aujourd’hui.

La démarche adoptée n’est pas de donner une description exhaustive du rôle des institutions dans les performances économiques d’un pays, car les canaux d’influence sont tellement importants et variés qu’il est beaucoup trop ambitieux de vouloir tous les formaliser aussi simplement. L'objectif est donc de montrer à quel point les institutions ont des effets majeurs sur l'économie en utilisant trois perspectives différentes et indispensables

15 février 2010

Mancur Olson ou la Logique de l'Action Collective

L’œuvre de Mancur Olson, parue en 1965, a pour démarche l’analyse des problèmes liés aux groupes d’individus, omniprésents dans les sociétés modernes . L’objectif premier est d’analyser les différents comportements individuels au sein d’une organisation afin de mieux comprendre pourquoi des groupes de pression se forment, et comment ils exercent une influence sur le monde politique qui puisse leur être bénéfique. M .Olson utilise à la fois des instruments de l’analyse économique, de la sociologie et des sciences politiques afin de mettre en évidence les interactions entre les comportements individuels au sein du groupe et les procédures d’action du groupe incitant ou non la production d’un bien collectif.

16 novembre 2009

Le rôle prédominant des institutions dans la croissance ?

Pourquoi certains continents souffrent-ils de la pauvreté et d’un retard crucial de développement ?
La question des inégalités de développement est sujette à de nombreuses théories et controverses concernant les sources de ces divergences économiques de part le monde.
Il est vrai que de nombreux facteurs, souvent en interaction, entrent en compte et viennent accentuer les inégalités internationales de revenu et de développement économique et social.

06 juin 2009

Aux origines du sous développement en Afrique, le commerce d'esclave


Comment expliquer la richesse ou la pauvreté des nations ? Cette question est au cœur de l’analyse économique et le débat oppose souvent des facteurs géographiques et institutionnels. Lorsque les terres sont enclavées, rocailleuses où pentues la production est plus difficile et le commerce plus coûteux ce qui freine l’exploitation d’avantage comparatif et les gains de productivité qui peuvent en résulter. En appui à ces causes premières d’un développement difficile, certains auteurs ont mis en avant des causes de seconde nature. A titre d’exemple, les terres enclavées en limitant le commerce limite les échanges technologiques et si le marché intérieur est petit ou dispersé alors aucune incitation à l’agglomération et aux économies qui en résultent (économie d’échelle, diffusion des idées) n’est possible. Lorsque le climat est favorable à la prolifération de certaines maladies alors l’espérance de vie et la productivité sont amoindries et le développement économique s’en trouve altéré (pour une étude sur le poids économique et social de la malaria voir Sachs et Malaney (2002)). Opposés à la primauté de ces éléments dans l’explication du sous développement, des auteurs tels que Easterly (2006) considère que les difficultés de croissance sont d’abord liées à la mauvaise gouvernance des pays (corruption, politique économique inappropriée) et aux défaillances des institutions dont les causes sont souvent à rechercher dans l’histoire des nations.