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01 septembre 2016

Potential and Limitations of Reforming the Financing of the EU Budget

Our study on the EU budget (commissioned by the European Commission on behalf of the High Level Group on Own Resources with Mario Monti as a chairman) is now available here.

This report, written by a pluridisciplinary team (Jorge Núñez Ferrer, Jacques Le Cacheux, Giacomo Benedetto, Mathieu Saunier, Claude Emonnot, Florence Lachet-Touya, Jorgen Mortensen, Aymeric Potteau, Igor Taranic and me) is divided into five parts:

Part I outlines the present status, what has changed over the last years and the need for a budget to enable the EU to face its present difficulties.

Part II looks at the challenges and opportunities for reforming the budget from a political and legal perspective.

Part III goes into detail about the potential elements of a reform, from an assessment of new resources to reforms connected with expenditure-side improvements.

Part IV presents a set of possible package deals and discusses their merit.

Part V discusses further wider issues concerning the role of the EU budget in relation with the Eurozone and additional considerations, such as the duration of the MFF.

24 juin 2016

04 mars 2016

No Brentry et la politique migratoire de l'EUxit

"Nous ne coalisons pas les Etats, nous rassemblons les hommes" Jean Monnet.

Vingt deux millions d'euros à Calais pour stopper les migrants vers le RU, 22 millions (?!) cela manque tout de même d'envergure et de vision pour un sommet Franco-Britannique. Mais c'est dans l'air du temps, 300 millions par an en Grèce c'est tout aussi ridicule et inutile, et que dire des discussions avec la Turquie (dirigée de façon peu démocratique) pour repousser plutôt que d'intégrer... L'agglomération des migrants en Allemagne (plus d'1 million) va être un réel problème, alors qu'une dispersion à l'échelle de l'Europe, nécessitant une véritable politique migratoire européenne, était la solution évidente.
La méthode Monnet ne fonctionne plus, les crises successives amenant des réactions en chaîne confortant la construction européenne l'ont affaiblie voire discréditée. Les gains à poursuivre cette intégration sont totalement sous-estimés et les coûts paraissent exorbitant pour beaucoup. La succession désordonnée d'initiatives pays par pays est désolante, elle est pourtant rarement décrite comme telle. Cette incapacité à construire un bien commun est de plus en plus mortifère.


Désolé pour ce post sans références et sans grand contenu, c'est je crois ce qu'on appelle un billet d'humeur, ras le bol de ce nationalisme qui semble indépassable.

04 juin 2015

Taxe sur la Valeur Ajoutée

"La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore" Edgar Faure.
Edgar Faure savait de quoi il parlait lorsqu'il définissait ainsi la réforme fiscale puisqu'il était ministre des finances lorsque la TVA est instaurée en 1954. Initialement la TVA  touche uniquement les industriels puis elle est généralisée en 1968 et remplace alors 14 taxes différentes (selon cette campagne d'information d'époque qui vaut le détour).
Si vous ne connaissez rien à la TVA (j'espère que vous êtes lycéens et que tous mes étudiants savent comment cet impôt fonctionne) je vous recommande cette vidéo de "dessine moi l'éco" qui éclairera tous ceux qui cherchent une définition de la TVA (merci à Martin Anota pour l'indication).



Dans ce post nous allons élargir le champs d'étude en analysant les taux de TVA en Europe, en étudiant les conséquences de la TVA (cet impôt est-il injuste? Offre t-il un gain de compétitivité?) et ses extensions (TVA sociale, TVA environnementale).

Origines et succès

La TVA est une invention française, lit-on souvent, c'est évidemment faux mais la France fut effectivement la première nation à l'appliquer. L'idée de la TVA semble être apparue de façon claire pour la première fois sous la plume d'un économiste allemand Von Siemens (1918) puis américain, Adams (1921) dans cet article du QJE. Son promoteur en France a eu un parcours remarquable, Maurice Lauré né à Marrakech, a fait ses études à Rabat puis à Saigon, il est finalement diplômé de l'X en 36, puis fait prisonnier durant la seconde guerre mondiale, il devient ensuite haut fonctionnaire et propose la TVA en 1952 qui est adoptée deux ans plus tard. Cette nouvelle taxe paraît bien difficile à collecter, la comptabilité telle que nous la connaissons aujourd'hui n'existait évidemment pas, elle est donc uniquement imposée sur le secteur de la production et ne sera généralisée au commerce de détails qu'en 1968. Dès les années 70 cette taxe devient l'une des plus importante ressource fiscale pour l'Etat français. Elle l'est encore aujourd'hui, puisque seules les cotisations sociales en France rapportent plus que la TVA dont les montants récoltés dépassent largement ceux d'autres prélèvements, tel que l'impôt sur le revenu par exemple.



La TVA semble ainsi être une formidable "machine à cash", aussi il n'est guère étonnant qu'elle ait été adoptée dans plus de 150 pays. Ci-dessous un graphique issu de l'étude de Keen et Lockwood (2007) qui montre l'adoption de la TVA dans le monde. Le nombre de pays (en ordonnée) ayant adopté cette taxe a ainsi plus que doublé entre 1990 et 2000 passant de 55 à 120 pays.



TVA et l'Europe

En France, la TVA permet de récolter dans les 145 milliards d'Euro soit à peu près la même somme que la TVA anglaise (voir graph ci-dessous, source eurostat).

La crise de 2007-08 a eu pour effet une diminution de la part de la contribution de la valeur ajoutée dans les recettes fiscales des pays. Au début de la crise, cette baisse ne peut s'expliquer par une baisse des taux (seul le Portugal abaisse son taux de TVA) mais trouve plutôt son origine dans une chute de la demande. Les faillites expliquent aussi que certaines entreprises n'aient pas restituées aux Etats les taxes collectées sur les produits vendus dans l'année. En 2009, de nombreux pays abaissent leurs taux de TVA, souvent sur des produits spécifiques. La France sur la restauration (TVA à 5,5%), l'Allemagne sur les hôtels (7%). D'autres abaissent le taux général, comme par exemple l'Irlande (de 21,5% à 21%) et le Royaume-Uni (de 17% à 15%).


En 2010, cette tendance à la baisse se révèle temporaire. L'augmentation des dépenses publiques liées à une augmentation du chômage conduit les gouvernements à hausser les taux de TVA. La crise de la dette de 2011 renforce cette tendance. Les dettes de certains pays sont jugées trop importantes par les marchés financiers, l'endettement pour financer les déficits nécessite désormais de payer une prime de risque bien plus élevée. La soudaine hausse des taux d'intérêt dans des pays tels que la Grèce, le Portugal, l'Espagne ou encore l'Italie diffuse une inquiétude croissante chez les gouvernants sur la question de la soutenabilité de la dette. Alors que de nombreux économistes rejettent les politiques d'austérité en période de crise (à l'international c'est sans doute le FMI qui a le plus critiqué les thèses promouvant l'austérité, travaux empiriques à l'appui. En France, c'est peut-être l'OFCE qui s'est exprimé de la façon la plus claire sur le sujet), les gouvernements de gauche comme de droite, pense qu'il est plus responsable de hausser les niveaux de taxation.... La commission européenne et la BCE partage de plus cet avis comme en témoigne ce point de vue de JC Trichet soutenant que l'austérité peut être expansionniste car elle rétablit la confiance dans la capacité des Etats à tenir leurs engagements.... En moyenne le recours à une hausse de la TVA a été continu.

En France on s'est écharpé sur la TVA sociale (politique visant à abaisser les cotisations sociales et à compenser la perte de recette par une hausse de la TVA) en 2012, le débat avait finalement été gagné par la gauche, cette politique, ayant pour but officiel de créer des emplois en élevant le coût du capital et en diminuant celui du travail, n'a finalement pas été adoptée compte tenu de la faible élasticité de substitution entre capital et travail sur le court terme, laissant présager un coup d'épée dans l'eau (voir Carbonnier pour une discussion informée). Puis le vent a tourné et il est redevenu "responsable" de baisser les cotisations et d'augmenter la TVA... En 2014, la TVA a été augmentée passant de 19,6 à 20% pour le taux normal et de 7% à 10% pour le taux intermédiaire.

Impact de la TVA

La TVA est régressive, que l'on soit riche ou pauvre, on paye le même taux. Pour limiter cet effet sur le pouvoir d'achat des plus modestes, plusieurs taux sont appliqués et suivant les pays certains produits sont exonérés de taxe. Par exemple en Australie, au Canada et au Japon, où la mise en place de la TVA a été particulièrement difficile, de nombreux aménagements ont été réalisés (d'après James, 2011). Aux Etats-Unis, les démocrates se sont souvent opposés à la mise en place de la TVA principalement pour cette raison de justice sociale et pour les risques d'échec politique qu'une telle taxe pouvait représenter (les républicains s'y opposent craignant que cette taxe renforcent les ressources et la puissance de l'Etat).

L'autre effet de la TVA, souvent mis en avant par les journalistes, est son impact sur la compétitivité des entreprises. En effet, puisqu'elle touche les produits importés, mais qu'elle peut-être déduite par les exportateurs il semble logique qu'elle ait un impact favorable sur la balance commerciale. Pour les économistes en économie internationale, ce raisonnement est un raccourci erroné. Feldstein et Krugman (1990) ont ainsi des mots durs à l'encontre de ce raisonnement:

In large part, the belief that VATs are trade-distorting policies reflects a failure on the part of noneconomists to understand the basic economic arguments.

En effet, le raisonnement basique conduit à considérer que le taux de change va s'ajuster à l'introduction ou à la modification d'une TVA dans un pays. Cependant dans une zone monétaire non harmonisée l'impact d'un différentiel de TVA peut avoir des conséquences économiques. Voir aussi Desai et Hines (2005) ont réalisé une étude sur la question pointant d'autres raisons expliquant l'impact de la TVA sur le commerce (les déductions de TVA pour les exportateurs sont parfois incomplètes, les différences de TVA sur les biens exportés et non échangés ont aussi un impact etc). 

En guise de conclusion, quelques mots sur une taxe européenne

Le traité de Rome établit que l'Europe doit évoluer vers un système de ressources propres (article 201: "without prejudice to other revenue, the budget shall be financed wholly from own resources") mais les Etats s'y sont toujours opposés et l'histoire de la TVA européenne ne fait pas exception à cette règle. Avec la chute des recettes des droits de douane et l'augmentation des dépenses européennes, il a fallu trouver de nouvelles recettes dans les années 60, la TVA ne tarde pas à être au cœur des discussions. Deux méthodes de prélèvement sont proposées par la commission une première dite déclarative, mais que je qualifierais de "désagrégée" où les TVA européennes et nationales sont prélevées sur chaque produits (avec un décompte sur chaque ticket de caisse identifiant les deux taux) et une autre méthode, dite statistique où une part de la TVA récoltée par les Etats est transférée vers l'Europe. La première méthode avait l'avantage d'être transparente mais politiquement elle rendait l'Europe un peu trop indépendante. Officiellement, le coût administratif d'une telle procédure a fait la voie belle à la méthode statistique (aujourd'hui avec l'informatique le coût administratif serait bien moindre, mais l'idée semble appartenir au passé).
Initialement le taux est fixé à 1% et la base fiscale ne peut excéder les 55% du PIB. Puis de multiples négociations ont eu lieu, à commencer par le Royaume-Uni qui obtient une ristourne dès 1984 (le fameux "juste retour"), puis l'Allemagne, la Suède etc... Depuis 2007 le taux a été revu à la baisse passant à 0.3% (avec les exceptions précédemment citées, l'Allemagne 0.15% par exemple). Au final, ce transfert n'est pas vraiment une taxe européenne sur la valeur ajoutée, elle n'est guère différente d'une contribution directe des Etats ce qui explique pourquoi elle est supplantée par ce mode de financement (contribution basée sur le Gross National Income, GNI, sur le graph ci-dessous et VAT pour TVA. Source: European commission).

La TVA européenne pourrait-elle cependant renaître sous une forme nouvelle? C'est l'idée d'une Taxe sur le Carbone Ajouté (TCA), défendue par Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux il y a déjà fort longtemps ici, qui comme son nom l'indique s'inspirerait de la TVA mais sur le contenu en carbone. Trois oppositions sont souvent avancées, la première est qu'il faudrait une comptabilité du carbone et que nous ne l'avons pas... Avec une telle critique la TVA n'aurait jamais été mise en place (il est intéressant de se rappeler que la TVA semblait par exemple inapplicable pour le commerce de détails et qu'il a fallu des années pour que le système soit généralisé). La deuxième critique considère qu'une telle politique serait du protectionnisme caché et qu'elle aboutirait à des représailles de la part des partenaires commerciaux. Enfin, le consommateur le plus pauvre verrait son pouvoir d'achat fortement réduit, d'où l'idée de compenser cette perte par des allègements fiscaux. Je dois avouer que je trouves l'idée de la TCA à la fois attirante et inquiétante, il n'empêche qu'elle constitue à n'en pas douter une véritable réforme fiscale au sens d'Edgar Faure, je vous remets la citation là dès fois que vous l'ayez lu trop vite en intro:

"La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore"

F.C.

Biblio (partielle)
  • Desai, Hines, 2005. Value-Added Taxes and International Trade: The Evidence.
  • Feldstein, M, P Krugman, International trade effects of value-added taxation, in Assaf Razin and Joel Slemrod eds., Taxation in the global economy (Chicago: University of Chicago Press, 1990), 263-278.

31 mai 2014

Nationalisme, démocratie et élection européenne

Le résultat du FN aux européennes me fait songer au triangle d'incompatibilité de Dani Rodrik: est-il impossible d'avoir simultanément de l'intégration économique, des Etats nations et de la démocratie? L'intégration économique conduit à une compétition entre Etats providences visant à favoriser les facteurs mobiles au détriment des facteurs immobiles (concurrence fiscale et sociale etc). La démocratie offre donc une résistance naturelle à de telles politiques et demande un retour à l'Etat Nation. Pour poursuivre l'intégration européenne, il y a alors deux solutions:

1) refuser la démocratie. C'est un peu la piste poursuivie jusqu'ici au niveau européen. Par exemple la BCE, qui est sans conteste l'organisme européen le plus puissant, n'est pas une institution qui brille par une gouvernance de jure très démocratique. Elle a pour seule obligation de présenter au parlement ses politiques monétaires. Le parlement, seule institution démocratique de la zone, n'a que peu d'influence. En fait ce parlement a un pouvoir réduit sur tout ce qui est véritablement important. Par exemple les recettes de l'UE, sont quasi-exclusivement reliées aux contributions des Etats (et à tous les "justes retours" qu'elles impliquent), le parlement plaide depuis plus de 20 ans pour obtenir des ressources propres (une dizaine de propositions d'impôts ont été faîtes, TVA, taxe environnementale, impôt sur le sociétés, les transactions financières etc) et n'a jamais rien obtenu. On pourrait même aller plus loin que cette description en soulignant que l'Europe qui se construit en refusant parfois les politiques menés par les gouvernements nationaux (qui ont parfois été élu sur ces engagements) discrédite la démocratie nationale en la négligeant.

2) dépasser les Etats Nations et créer une union politique européenne (voir ce manifeste) à même de régler les problèmes d'intégration. C'est l'illustration du processus Monnet et de sa logique de réactions en chaîne où l'Europe se construit par déséquilibres et crises. Dans les années 90 la mobilité des capitaux liés à l'intégration a conduit à une crise de change. Cette crise a été résolue en créant l'Euro. Avoir une monnaie unique, avec plusieurs niveaux de dettes devait inévitablement engendrer des crises de la dette. Elles ont débuté en 2011. La solution évidente, dans cette logique fonctionnaliste, est de créer plus d'Europe en allant vers une intégration politique. Si la démocratie reste au cœur de ce système, il est à noter que l'autonomie des nations sera inévitablement réduite (les politiques de l'Europe seront peut-être vu comme un dictat par une proportion, certes non majoritaire, mais non négligeable des populations).

Enfin certains français pensent que la situation économique serait meilleure en renonçant à l'union européenne. Envoyer massivement les FN au parlement, c'est effectivement ne plus croire du tout en l'Europe, ni en la politique d'ailleurs, car ces élus empocheront les salaires européens mais ne siègeront jamais, ou alors simplement pour faire les singes dans l'assemblée et produire leurs petits buzz qui alimenteront leurs réseaux sociaux "anti-systèmes" sur Facebook. Bravo donc, la France sera représentée par le sommet (du triangle) de la bêtise, celui où le nationalisme s'illustre bassement et où la démocratie est guidée par le populisme. 

05 avril 2014

La BCE dans une trappe d'inactivité

Résumons, on approche des européennes, la zone euro est au bord de la déflation et la BCE ne fait rien. C'est sans surprise. La BCE ne dépend pas des citoyens, elle est indépendante des gouvernements et des peuples qu'ils représentent...mais alors, elle roule pour qui exactement?

Janet Yellen, dans un discours du 31 mars (retranscrit en partie ci-dessous, version complète ici), écrit que la FED ne travaille pas pour Wall-Street mais pour Main-Street. L'inverse est-il vrai pour la BCE? Non, mais l’obsession de la BCE contre une inflation fantôme peut laisser perplexe.

Dans les missions de la FED il y a deux objectifs: l'inflation ET l'emploi. A l'inverse, traumatisée par l'inflation, l'Europe a construit la BCE avec une mission unique: la stabilité des prix. L'objectif est d'atteindre un taux de 2% d'inflation sur le moyen terme. Or la BCE considère que la reprise est là et que les prix vont repartir à la hausse sur le moyen terme, donc circulez, il n'y a rien à voir, la BCE remplira sa mission ce mois-ci en ne faisant rien.

Que fera t-elle dans les prochains mois? Comment pourrait-elle intervenir?
Elle pourrait injecter des liquidités dans l'économie en rachetant des titres de dette des Etats. Elle s'y refuse car elle ne veut surtout pas faciliter l'endettement des pays Européens qui est déjà élevé. Elle pourrait aussi injecter des liquidités dans les banques, mais pas sûr que ces banques prêteraient davantage pour au moins deux raisons a) l'offre de crédit est rationné, les banques sont sans doute plus frileuses que par le passé, b) la demande de crédit est faible, face à un avenir incertain les agents ne sont pas prêt à s'endetter. Enfin, elle pourrait utiliser des politiques non conventionnelles comme celles employées par d'autres banques centrales qui permettrait de directement prêter aux entreprises et aux ménages (on parle depuis des lustres des Asset Backed Securities). Si ce type de politiques non conventionnelles peuvent permettre de résoudre le problème de l'offre de crédit, ils n'affectent en rien la demande.

En d'autres termes, si l'UE se situe dans une trappe à liquidité, alors peu importe, les agents ont peur de l'avenir, vous pourriez imprimer des billets et les mettre directement dans les poches des gens... ils y resteraient! Les banques, les investisseurs, les consommateurs sont figés dans leur comportements économiques, ils ne prêtent plus, n'investissent plus et ne consomment plus. Davantage de liquidité, ne relancerait peut-être pas l'économie....

La BCE pourrait cependant jouer davantage sur les anticipations d'inflation en affichant une vraie volonté de lutter contre la déflation/dépression à laquelle l'Europe fait face. Une telle politique de forward guidance permettrait de réduire (faiblement) le taux réel et d'aider (mollement) l'activité. C'est le genre de politique basée sur des postures qui ne rapporte pas grand chose mais qui ne coûte rien. La BCE pense sans doute avoir fait un pas dans cette direction en affirmant que ses membres étaient prêts, à l'unanimité, à valider des mesures non-conventionnelles. Mais quasiment dans la même phrase, Mario Draghi annonçait que pour l'instant il n'en était pas question. Pourtant seuls des taux d'intérêt réels négatifs pourraient contrer les tendances déflationnistes en résorbant l'excès d'épargne et en stimulant l'investissement.

Décidément, la BCE semble être dans une trappe d'inactivité, elle ne veut pas agir et même parler clairement en faveur d'une politique monétaire expansionniste lui est difficile. Est-ce un aveu d'impuissance? ou à l'inverse un excès de confiance? Je pencherais pour l'excès de confiance (et un zest d'idéologie). La BCE pense sans doute qu'il suffit de murmurer à l'oreille des marchés (avec du  "whatever it takes") pour que tout baigne. D'ailleurs, certains experts sur BFM commentaient cette semaine que si l'Euro était autour des 1,38 c'était grâce à Mr Draghi, sans lui l'euro seraient à 1,50. Il y a donc des gens sur les marchés qui pensent que l'Euro aurait pu monter à 1,5 (!) et que la BCE a habilement sauvé l'Euro, voire l'Europe. Avec les taux de chômage actuels et un taux d'inflation qui s'éloigne de l'objectif, il est cependant difficile de voir le verre à moitié plein.
Les règles/objectifs de la BCE devraient être revues, si l'emploi faisait partie de ses objectifs, peut-être des décisions de QE auraient-elles été prises depuis longtemps.

En comparaison, voici le derniers discours de J. Yellen, un discours volontaire sur les politiques à mener dans le futur en contraste frappant avec la présentation hésitante de Draghi. Evidemment les situations sont différentes, aux USA la transmission à l'économie réelle fonctionne (à titre d'exemple et de caricature: les retraites sont sur le marché, alors quand le marché va mieux, on se sent plus riche et on consomme (effet richesse, fonctionne aussi en sens inverse...)), mais tout de même, dire que tout va mieux en Europe et penser que l'on peut "laisser faire" est très problématique.

The past six years have been difficult for many Americans, but the hardships faced by some have shattered lives and families. Too many people know firsthand how devastating it is to lose a job at which you had succeeded and be unable to find another; to run through your savings and even lose your home, as months and sometimes years pass trying to find work; to feel your marriage and other relationships strained and broken by financial difficulties. And yet many of those who have suffered the most find the will to keep trying. I will introduce you to three of these brave men and women, your neighbors here in the great city of Chicago. These individuals have benefited from just the kind of help from community groups that I highlighted a moment ago, and they recently shared their personal stories with me.

It might seem obvious, but the second thing that is needed to help people find jobs...is jobs. No amount of training will be enough if there are not enough jobs to fill. I have mentioned some of the things the Fed does to help communities, but the most important thing we do is to use monetary policy to promote a stronger economy. The Federal Reserve has taken extraordinary steps since the onset of the financial crisis to spur economic activity and create jobs, and I will explain why I believe those efforts are still needed.
The Fed provides this help by influencing interest rates. Although we work through financial markets, our goal is to help Main Street, not Wall Street. By keeping interest rates low, we are trying to make homes more affordable and revive the housing market. We are trying to make it cheaper for businesses to build, expand, and hire. We are trying to lower the costs of buying a car that can carry a worker to a new job and kids to school, and our policies are also spurring the revival of the auto industry. We are trying to help families afford things they need so that greater spending can drive job creation and even more spending, thereby strengthening the recovery.

When the Federal Reserve's policies are effective, they improve the welfare of everyone who benefits from a stronger economy, most of all those who have been hit hardest by the recession and the slow recovery.[...]

The recovery still feels like a recession to many Americans, and it also looks that way in some economic statistics. At 6.7 percent, the national unemployment rate is still higher than it ever got during the 2001 recession. ... It certainly feels like a recession to many younger workers, to older workers who lost long-term jobs, and to African Americans, who are facing a job market today that is nearly as tough as it was during the two downturns that preceded the Great Recession.

In some ways, the job market is tougher now than in any recession. The numbers of people who have been trying to find work for more than six months or more than a year are much higher today than they ever were since records began decades ago. We know that the long-term unemployed face big challenges. Research shows employers are less willing to hire the long-term unemployed and often prefer other job candidates with less or even no relevant experience.

[...]
And based on the evidence available, it is clear to me that the U.S. economy is still considerably short of the two goals assigned to the Federal Reserve by the Congress. The first of those goals is maximum sustainable employment, the highest level of employment that can be sustained while maintaining a stable inflation rate. Most of my colleagues on the Federal Open Market Committee and I estimate that the unemployment rate consistent with maximum sustainable employment is now between 5.2 percent and 5.6 percent, well below the 6.7 percent rate in February.

The other goal assigned by the Congress is stable prices, which means keeping inflation under control. In the past, there have been times when these two goals conflicted--fighting inflation often requires actions that slow the economy and raise the unemployment rate. But that is not a dilemma now, because inflation is well below 2 percent, the Fed's longer-term goal.


...

Pour le côté "faucon" de la dame (auquel je ne crois guère) voir ici et pour une vision plus optimiste du QE de la BCE voir .
Enfin ce graphique (source ici) montre le bilan des deux banques.
 
Enfin pour conclure, c'est en peu de temps la deuxième fois que la BCE montre un entêtement problématique. En effet en 2011, anticipant une reprise et de l'inflation, elle augmente les taux deux fois d'affilés avant de reconnaître son erreur. Il aura fallu attendre 5 ans pour arriver à des taux identiques à ceux de la FED... 

 Edit du 14/05/14: Antonio Fatas a une analyse similaire à celle développée ici.


26 mai 2010

Grèce et crise européenne

Débordé par notre quotidien, nous n'avons pas réagi sur la crise qui secoue l'union européenne. Beaucoup de chose ont été écrites, aussi nous proposons ici un bref tour d'horizon.

Un pays en crise doit-il sortir de l'union monétaire?

Felstein rappelle les conditions d’une union monétaire réussie (mobilité des travailleurs, union politique et fiscale avec la possibilité d’opérer des transferts d’une région à l’autre).